‹ Le Cardinal de RetzChapitre 47 sur 51 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Ol'ALTTKS LITTÉRAIRES DES .MÉMOIRES.

Les grands seigneurs écrivains. — La composition des Mémoires de Retz. — Dissertations et conférences politiqu-îs. — Longueurs et aridité de cette partie de i'œuvre. — Retz accorde une place trop grande aux négociations et aux intrigues de toute sorte. — Sa vivacité, son esprit. — Chacun de ses dialogues est une petite comédie

— Ses récits familiers. — Son penchant à la raillerie et à la caricature. — Le manifeste de M. de Beaufort. — Les récits dramatiques.

— Les portraits. — Ce qu'il faut penser du cardinal de Mazarin. —

— Citation extraite de l'histoire de la Conjuration du comte de Fiesque.

Quand Jes grands seigneurs se mêlent d'écrire au xvii^ siècle, ils soutiennent sans effort la comparaisonavec les gens du métier. Jeri'en veux pour preuves que Retz, la Rochefoucauld et Saint-Simon. Ces amateurs, comme on les appellerait aujourd'hui, ont atteint du premier coup et même dépassé les spécialistes. Retz, avant d'aborder ses Mémoires, avait écrit la Conjuration de Fiesque qui est une œuvre de jeunesse un peu ampoulée; des sermons dont il ne faut pas exagérer la valeur ; et surtout des Pamphlets, vigoureux de ton et serrés d'argumentation. Mince bagage après tout, mais que les Mémoires ont accru pour notre plus grand plaisir. Dieu merci, les Mémoires de Retz ne sont pas, à proprement parler, mie^BuyreJJJlémke. L'auteur ne s'y est pas soucié

QUALITÉS LITTF.RAIHES DE SON ŒUVRE 223

outremcsarcdc la composition : comme il convient au genre, le récit est lâché et flottant. On a cette illusion de se promener avec Retz et d'écouter une de ses conversations oii il se répand avec sa verve habituelle, ses propos plusque libres, qui se mêlent, dans une mesure que nous ne connaissons plus guère aujourd'hui, aux réflexions les plus graves et les plus sérieuses. Le caractère fantaisiste de l'existence de Retz se retrouve dans ses Mémoires, et je ne vois pas pourquoi nous lui en voudrions. Qu'on ne s'y trompe pas cependant, ce n'est pas là un récit bonhomme écrit à la bonne franquette, par un vieillard qui veut se consoler avec ses souvenirs et amuser en même temps ses petits-neveux. Jusque dapsles négligences de Retz il YJ»i..dg^ l'artifice et IL n'est jamais pjjLg dgjigerPiny gup. lorsgn'ij paraît tout à fait insouciant et inoff'ensif. Les Mémoires ont été écrits avec l'intention bien arrêtée de prouver qu'il avait toujours eu raison, et que la destinée, comme les hommes^ lui avait fait tort en l'écartant de la toutepuissance. Prendre la place de Mazarin et égaler Richelieu sous un maître plus soumis' encore que Louis XIII a été le rêve de sa vie, et c'est pour prouver qu'il était digne de le réaliser qu'il a pris la plume . Son moi e^liiceiitiifi-e.Lla___pLvot deljEilvre : jamais il ne l'oublie ; il ne se lasse pas de le mettre en évidence, de l'exposer sous toutes ses faces, d'en faire voir les replis les plus secrets et les ressources les plus cachées, et c'est ce qui donne à quelques

parties de son récit, malgré le brillant du style, un caractère fatigant. Quand Retz veut prouver qu'il a eu raison contre tous, et que lui seul a vu clair dans la situation, il est implacable — et insupportable. Alors les dissertations coulent de sa plume avec une abondance fâcheuse : c'est une averse d'arguments, de preuves, de maximes, d'apophtegmes sous laquelle il n'y a plus qu'à courber la tête en maudissant la manie raisonneuse des gens de ce temps-là. Je vous recommande à ce propos le discours en quatre points tenu par Gondi à M. le duc d'Orléans en février 1632. Il y en a bien d'autres ; mais celui que j'indique mérite une mention spéciale. C'est le chef-d'œuvre du genre — et d'un genre parfaitement ennuyeux ; j'en citerai au moins le commencement qui donnera une idée des parlottes du Luxembourg, oii Retz a consumé si inutilement sa verve et son esprit :

tt Monsieur n'a que quatre partis à prendre : ou à s'accommoder avec la reine, c'est-à-dire avec M. le cardinal Mazarin, ou à s'unir intimement avec monsieur le Prince, ou à faire un tiers parti dans le royaume, ou à demeurer en l'état où il est aujourd'hui, c'est-à-dire à tenir un peu de tous les côtés, avec la reine, en demeurant uni avec le Parlement qui, en frondant le cardinal, ne laisse pas de garder des mesures à l'égard de l'autorité royale, qui rompent deux fois par jour celles de monsieur le Prince ; avec monsieur le Prince en joignant ses troupes à celles de M. de Nemours ; avec le Parlement en parlant contre le Mazarin et en ne se servant pas toutefois de l'autorité que sa naissance et l'amour que le peuple de Paris a pour lui, pour pousser cette compagnie

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