CHAPITRE X
Instructions secrètes du coadjuteur à Tabbé Charrier. — Bien ou mal qu'il peut faire à la cour de Rome suivant le traitement qu'il y recevra. — Insinuations qu'il se fera janséniste si on lui refuse le chapeau et qu'il sera aussi uitramontain que le cardinal du Perron si on le lui accorde. — Le cardinal du Perron. -- Ce que peut faire le coadjuteur pour ou contre le pape dans les États généraux.— Comment l'abbé Dubois devint cardinal.—
— Insinuations menaçantes contre la cour de Rome glissées par le coadjuteur à l'oreille du nonce en France. — Lettres pressantes du coadjuteur à l'ambassadeur de France à Rome, au grand-duc de Toscane et au bailli de Gondi , premier secrétaire d'état de ce prince. — Conduite présumée des Espagnols dans l'affaire du chapeau. — Position respective de Condé, de Mazarin et du coadjuteur. — Condé en Guyenne. — La guerre civile. — Opérations de l'armée royale. — Déclaration de la cour contre les princes. — Double rôle du coadjuteur : son extrême habileté à jouer MaxariUi
— Aveux de Maiarin sur ce point. — Pourquoi la nomination de Retz au cardinalat ne fut pas révoquée. — Envoi à Rome par Condé de deux pères jésuites, du poëte Montreuil et de l'abbé de Sillery pour faire échouer la promotion du coadjuteur. — Tentative d'enlèvement sur la personne du coadjuteur exécutée par les ordres de Condé. — Félicitations et conseils adressés au coadjuteur par Matarin. ^
Le coadjuteur, aprës avoir mis à la disposition de Tabbé Charrier toutes les sommes dont il pouvait disposer pour acheter le chapeau, lui envoyait dans chacune de ses lettres des instructions détaillées sur la conduite qu'il avait à tenir. En premier lieu, Tabbé devait faire valoir tous les services réels ou imagi*^
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jésuite, qu'il avait envoyé à Rome pour lui faire obtenir le chapeau. En voici un échantillon : « Je ne vous répète rien, lui disait Dubois \ de ce que je me ferai une gloire et un plaisir de faire, non-seulement à regard de SaSainteté, mais même de M. le cardinal Albani. Soins, offices, gratifications, estampes, livres, bijoux, présents, toutes sortes de galanteries (le mot y est, conmie dans les lettres de Retz) ; chaque jour verra quelque chose de nouveau et d'imprévu pour plaire et pour surprei^dre : c'est le fond de mon naturel : c'est ainsi que je me suis conduit toute ma vie ; les plus grandes puissances de l'Europe l'éprouvent. Si Sa Sainteté le veut, il n'y aura jour de sa vie qu'elle ne reçoive de moi quelque consolation et quelque amusement qui lui fera attendre chaque poste avec impatience ; ses désirs n'iront pas si loin que mon industrie... »
Mais hâtons-nous de revenir à l'affaire de Retz. « Je ne puis m'empêeher de vous prier encore, écrivait-il à Charrier, de faire sentir à Rome, si vous le jugez à propos, et fort adroitement, que je ne suis pas homme à traiter comme l'abbé de La Rivière, et que, si les longueurs de la cour de Rome m'empêchaient d'être cardinal par quelque changement qui pourrait
1 Lettre du 22 juin 1720. — Lorsque Dubois reçut le chapeau, oo fit courir dans Paris des couplets dont voici un spécimen :
Que chacun i^en réjouisse I
Admirons Sa Sainteté,
Qui transforme en écrevisse
Un vilain crapaud crotté.
Après un si beau miracle,
Son infaiUibiUté
Ne doit plut trouver d'obstacle
Dana aucune Faculté...