RETZ ACCUSA DR JANSÉNISME
dont se servait le coadjuteur pour hâter sa promotion ne manquaient assurément pas d'habileté. Il se défendait d'être janséniste, il soutenait même qu'il ne s*était jamais occupé de ces matières ; mais il faisait glisser à Toreille du pape^ sans que eelui-ci pût se douter que cela venait de lui, qu'il ne serait pas prudent de lui faire essuyer un refus. Le pape était dûment averti que, dans toutes les questions qui, selon toute probabilité, devaient s'agiter au sein des États pour ou contre la cour de Rome, la conduite du coadjuteur y dépendrait uniquement de la tournure que prendrait son affaire du chapeau. Si Retz le recevait avant l'ouverture des États,il s'y montrerait le vigoureux défenseur des intérêts de Rome, à l'égal du cardinal Du Perron ; s'il entrait dans les États sans la pourpre, la cour de Rome n'y trouverait pas contre elle de plus fougueux gallican. On a tout le secret du jeu.
Dans sa fiévreuse impatience de recevoir le chapeau et dans la crainte perpétuelle d'une révocation, il envoyait à l'abbé courrier sur courrier, lettres sur lettres : « L'on a reçu dès dimanche dernier les nouvelles de l'arrivée du premier courrier, écrivait-il à son confident le 27 octobre, par une lettre de M. l'ambassadeur et une autre de l'abbé de Barclay (un autre agent que Retz avait envoyé à Rome bien avant l'abbé Charrier). A ce que l'on peut juger de leurs discours, on espère le succès tout entier de votre négociation. Si elle traînait en longueur, vous ferez tout ce que vous aviserez pour la faire réussir sans rien épargner, et de ce côté-ci Ton suivra ponctuellement vos ordres et les avis que vous donne-
COMPLIMENTS DE BETZ A CHARRIER. S9t
rez... » — a ... J'attends dimanche avee impatienee^ lui écrivait-il le 3 novembre, pour savoir de vont des nouvelles assurées. Je n*ai rien à vous recom-o mander de nouveau, sachant bien que vous ne peiv drez pas un moment de temps, et que vous avez autant de passion pour ce qui me touche que moimême... » — « Je ne vous fais point de compliment de toutes les peines que vous prenez pour moi, lui disait-il le 7 novembre. Vous savez que notre amitié est au-delà de toutes les paroles, et si je vous en disais beaucoup sur ce sujet, je suis assuré que vous vous moqueriez do moi. Il ne se peut rien ajouter à votre conduite, et je ne vous mande point les sentiments que j'ai sur celle que l'on doit tenir dans mon affaire de ma nomination, parce que je m'en remets absolument aux vôtres, et parce que j'ai toute et parfaite confiance en vous. Son Altesse Royale est satisfaite au dernier point de vous, et il n'est pas imaginable avec quelle impatience il attend la nouvelle de la promotion. Je ne vous fais celle-ci que d'un mot, parce que tout le particuliec de toutes choses est dans la lettre chiffrée. Je suis à vous de tout mon cœur... »
Comme on vient de le voir, le coadjuteur avait envoyé à Rome, bien avant de recevoir sa nomination au cardinalat, un certain abbé de Rarclay. C'était un homme avide, dangereux, compromettant, plus brouillon qu'habile. Rarclay prit ombrage de l'arrivée à Rome de l'abbé Charrier, et , lorsqu'il le vit nanti d'aussi grosses sommes , il s'imagina qu'il pourrait bien aussi avoir part à la curée. Il devint grondeur, chercha querelle à l'abbé Charrier et se
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répandit en sourdes menaces contre le coadjuteur, en vue de tirer de lui le plus d*argent possible. Le coadjuteur, averti de ce contre-temps, écrivit à Charrier : « S'il ne tient qu*à quelque somme qui ne soit pas trop considérable pour contenter cet esprit intéressé, il vaut mieux la lui donner que de lui laisser faire quelque sottise, qui serait toujours fâcheuse, parce qu^il a paru à Rome que je Tavais employé en quelque chose dont je me repens fort... » En conséquence, Tabbé Charrier, pour faire taire Barclay, s'empressa de suivre le conseil du coadjuteur et réussit pleinement.
La correspondance de Retz devenait de plus eu plus pressante, (c Je vous envoie, écrivait-il à Charrier le 7 novembre, des lettres de M. le duc d'Orléans au même sens et aux mêmes personnes que vous les avez souhaitées. Je vous puis assurer que ses intentions ne paraissent pas encore si expresses sur ce sujet qu'elles le sont dans son cœur. La pasjsion qu'il a de cette affaire est au-delà de l'imagination. Je n'«i point rendu à Monsieur la lettre du cardinal Orsino, parce que j'ai mieux aimé la réserver jusqu'à ce j'aie reçu les réponses des autres à qui il a écrit. » En même temps, Retz écrivait à l'ambassadeur de France, au grand-duc de Toscane et au bailli de Gondi, premier secrétaire d'État de ce prince et qui était quelque peu son parent. Il suppliait le grand-duc d'empêcher les Espagnols de seconder les mauvaises intentions des princes de Condé et de Conti pour troubler son affaire, et il adressait la même prière au bailli de Gondi, en lui mandant d Savoir toute confiance en l'abbé Charrier. Il calculait