HABILE JEU DE RETZ
hautement. Cependant il n a envoyé aucune .personne, il ne s'est point déclaré, et il n'a pas même voulu envoyer à aucune conférence. Tout ce qui m'a paru de lui est qu'il n'a rien oublié pour exciter et fomenter la haine de Son Altesse Royale contre moi, ce qu'il me serait fort aisé de prouver en cas de besoin. »
Ce qui forçait Mazarin à prendre patience, à ne pas faire révoquer brusquement la nomination du coadjuteur, c'était lafermeetcouraf^euse attitude de ce prélat en face de M. le Prince. Mazarin n'ignorait pas que c'était le seul homme capable de lui tenir tète dans Paris. Retz se déclarait hautement l'ennemi de Condé et ne cessait d*agir, de parler et d'écrire contre lui. De son côté, Condé, dans ses lettres et dans les pamphlets qu'il lançait contre Retz, ne cessait de le traiter en ennemi, ce qui rendait celui-ci fort glorieux. Révoquer la nomination de Retz, c'eût été le jeter aussitôt dans les bras de M. le Prince. Voilà pourquoi Mazarin hésita jusqu'au bout à en venir à cette extrémité.
Les princes avaient vu d'un fort mauvais œil la nomination du coadjuteur au cardinalat. Ils s'en étaient plaints au duc d'Orléans, et, pour faire échouer la promotion, ils avaient envoyé à Rome Montreuil, secrétaire du prince de Conti, et deux pères jésuites qui étaient chargés par eux d'accuser le coadjuteur d'être janséniste.
<c Le prince de Conti se plaint de ma nomination, écrivait le coadjuteur à Charrier le 1" octobre, et en a écrit à M. le duc d'Orléans, qui est demeuré ferme pour mes intérêts... On m'a donné avis qu'il avait
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envoyé Montreuil à Rome ; mandez-en des nouvelle promptement... » — « Puisque M. le duc d'Orléans a pris la défense de mes intérêts, disait-il à son agent dans une autre lettre en date du 8 octobre, avant que les princes eussent pris les armes, jugez de ce qu'il fera à présent qu'ils sont déclarés contre le roi. Si vous avez besoin, après la réponse du pape, d'une réplique de Monsieur, vous n'en manquerez pas, non plus que de la cour. . . » A quelques jours de là, les princes envoyaient à Rome l'abbé de Sillery, afin d'y contrecarrer la promotion du coadjuleur; mais, comme cet abbé avait eu Timprudence, en passant par Lyon, de se vanter du sujet de son voyage, l'abbé d'Aînay l'avait fait arrêter à six lieues de la ville, et, par ordre du roi, on l'avait fait enfermer au château de Pîerre-Scise. Il n'en sortit qu'à la fin de la Fronde, en échange de la personne de l'abbé Fouquet, qui était prisonnier des princes*.
Retz, averti de toutes ces menées, engageait l'abbé Charrier à ne rien négliger du côté de la Toscane pour se faire appuyer auprès des Espagnols parle bailli de Gondi. « Prenez du côté de Florence toutes les précautions qui vous seront nécessaires pour ce qui touche l'Espagne, lui disait-il. M. le bailli de Gondi peut adroitement faire connaître à leurs ministres que j'ai beaucoup de passion pour la paix, et que, sans comparaison d'un pauvre gentilhonrune à un grand prince, j'ai plus de foi, plus de fermeté et plus de mémoire des obligations que M. le Prince."
Au milieu de sa lutte armée contre la cour, Condé
^ Lettre du coadjuteur à Tabbé Charrier, <tu 26 octobre 195 1.