ENTBEVUE DEMANDÉE A RETZ PAR MAZARIN
irevue. Bariet, dans un de ses précédents voyages, avait, au nom de Mazarin, prié le coadjuteur de se rendre au pays de Liège, à quoi celui-ci avait répondu qu'il serait bien plus à propos que Ton choisit Charleville. Mazarin ayant pris le coadjuteur au mot, celui-ci éluda la question en disant que, réflexion faite, Charleville ne valait pas mieux que Liège ^ Malgré tant de faux-fuyants, Mazarin n'en persistait pas moins à espérer ou à feindre d'espérer que Retz, dans la crainte de perdre le chapeau, finirait par céder. « Agissant de concert avec le coadjuteur, disait-il à la palatine, j'ai bonne opinion de mon affaire, à laquelle je travaille de mon côté comme je dois, car d*une façon ou d'autre, étant pressé comme je suis, il faut que je prenne aussitôt mes résolutions. Je vous conjure donc de faire en sorte que je sache comme le coadjuteur est d'avis que je me conduise, entrant en France avec des troupes, et de ne perdre pas un moment de temps à l'envoyer quérir et lui faire son instruction bien particulière. Je vous réponds que je publierai après ce que le coadjuteur aura jugé à propos. Il faut prendre hardiment une bonne résolution, et le coadjuteur sera bien secondé des mazarins, qui ne sont pas en si petit nombre, ni si peu considérables qu'ils ne soient capables de quelque chose de grand... » Le 27 novembre, il revenait à la charge pour que le coadjuteur donnât des signes éclatants de sa bonne volonté. « Il s*est déjà passé
1 Le Teilier à M, de Viliacerf, le 22 novembre 1651. Bibl. nat., m8. fr. 4230. ~ Il s'agit d'Edouard Colbert, marquis de Villacerf, de Payen et de Saint-Mesmin, conseiller du roi en son conseil d'État et maître d'hôtel de la reine mère.
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plus d'un mois, et toutes choses sont dans le même état, et par là mes résolutions sont arrêtées ; car la pensée deMazarin a été toujours, comme elle est présentement, de vouloir agir de concert avec les Frondeurs, mais particulièrement avec le coadjuteor. D a autant d'intérêt que moi de ne différer davantage de concerter avec moi la conduite que je devrai tenir pour me rapprocher de la reine, auprès de laquelle il y a de grandes cabales, qui sont aussi bien contre le coadjuteur que contre moi. Croyez que c'est la pure vérité, et que la reine m'a fait dire dernièrement qu'elle craignait d*être forcée de faire des choses contre son intention... (c'est-à-dire de révoquer malgré elle la nomination du coadjuteur au cardinalat)... Je persiste à vouloir concerter ma conduite avec les Frondeurs et particulièrement avec le coadjuteur... Ce qui est plus à craindre, c^est raccommodement avec M. le Prince ; mais enfin, il nV a rien de plus certain qu'on ne saurait rien faire contre moi que le coadjuteur n'en reçoive du préjudice, et puisque nous sommes tout à fait liés, le coadjuteur doit, à mon avis, incessamment travailler pour aplanir le chemin que je dois faire pour être en état de me garantir des malintentionnés, et tirer du roi et de la reine les sûretés nécessaires pour moi et le coadjuteur et ses amis. » Puis Mazarin s'attachait à colorer d'un honnête prétexte son projet de rentrer en France, et il voulait que le coadjuteur y prit ostensiblement part, afin évidemment de le ruiner à tout jamais dans l'esprit du public comme parmi les Frondeurs. « Il me semble, poursuivait-il, que, la déclaration étant passée, Feutrée de Mazarin avec
DERNIÈRE TENTATIVE d'aCCOMMODEMENT. 361
des troupes pour servir le roi contre M. le Prince sera fort plausible, le coadjiiteur agissant avec ses amis au même temps, et particulièrement pour disposer le duc d'Orléans en s'entendant de toutes choses avec moi, comme de ma part je ferai avec le coad* juteur... »
Le 5 décembre, Mazarin tentait un dernier effort pour rattacher enfin Retz à sa cause. Protestations d*amitié, offres, séductions, doux reproches, caresses, il mettait tout en œuvre pour le gagner dans une lettre pleine d'éloquence qu'il écrivait à la princesse palatine : « ... Mes lettres auront confirmé le coadjuteur, lui disait-il, dans la croyance que je ne souhaite rien avec plus de passion que de lier une amitié indissoluble avec lui. Je n'ai vu encore personne de sa part ; et il se peut faire que, la princesse palatine ayant reçu mes lettres, on aura changé de mesures et songé à gagner du temps, puisque les moments dans les conjonctures présentes sont précieux. Souvenez-vous que j'ai deux nièces et que parce moyen on peut ajuster tout, si le coadjuteur a plus d'inclination pour une de celles-là que pour celle du duc de Bouillon. Pour moi, je vous avoue que je le voudrais ainsi, et je réponds que, de la manière que je ferais la chose, le coadjuteur en serait content, et toucherait de plus en plus au doigt que mes intentions sont telles qu'il peut souhaiter. » Il en revenait toujours à cette entrevue qu'on n'avait cessé de lui promettre et que l'on avait toujours éludée. « Quarante jours se sont passés sans que j*en aie entendu parler ; et, ainsi que je vous ai écrit, il est impossible que je diffère davantage à prendre mes résolu-
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lions, si je ne veux me perdre sans aucune ressource : de quoi je vous ai entretenue au long, et Le Tellier l'aura pu faire de vive voix, voyant le coadjuteur... Sur quoi j attends à tout moment de vos nouvelles, n'y ayant plus aucune raison de prudence ou de bienséance qui puisse me permettre de rester les bras croisés, ni au coadjuteur de prendre une bonne résolution, devant être assuré de Mazarin comme de lui-même. J'appréhende fort que la reine ne soit forcée, par l'artifice de beaucoup de personnes qui sont auprès d'elle, à faire quelque chose qui soit entièrement préjudiciable au coadjuteur (c'est-à-dire à signer la révocation de sa nomination au cardinalat). Enfin le cardinal ajoutait que, si le coadjuteur ne pouvait venir le voir en personne, il lui envoyât au moins un de ses confidents, tel que M. de Caumartin, <' homme de probité et de mérite ».
Mais Paul de Gondi n'entendait nullement prêter les mains en quoi que ce fût à la rentrée de Mazarin ; car il n'ignorait pas que le triomphe du ministre serait le signal de sa propre ruine. Loin de là, il travaillait dans l'ombre avec une activité sans égale à empêcher son retour. Le duc d'Orléans, à l'instigation du prélat, donna avis au Parlement, le 9 décembre, de l'arrivée prochaine du cardinal. « Les conclusions des gens du roi furent de députer surle-champ vers Sa Majesté pour l'informer de ce qui se passait sur la frontière et la supplier très*humUement, de la part de la compagnie, de vouloir donner sa parole royale d'éloigner d'auprès d'elle tous ceux qui adhéreraient au cardinal Mazarin, conformément à la déclaration vérifiée le 6 septembre dernier.
AHRÊT C03STEE MAZARIN. 363
même qu'il lui plût informer par ses ambassadeurs les princes étrangers de la résolution qu'elle avait prise de ne s*en plus servir. Ces conclusions furent suivies presque tout d'une voix \ »
Le eoadjuteur eut ce jour-là une vive altercation avec un conseiller, Machault-Fleury, qui avait fait un discours contre le clergé, que le prélat taxa « de basses et lâches inventions » . Machault soutint que « c'était autant de vérités constantes et publiques ». Le eoadjuteur Payant interrompu, il s'éleva dans la salle une grande rumeur contre lui. Il fut interpellé par les présidents, qui lui dirent qu'il ne devait interrompre personne, et il fut obligé d'adresser des excuses à la compagnie. Machault ayant repris la parole sur le même ton et nommé cette fois le eoadjuteur, le tumulte redoubla. Enfin le président Mole ayant fait signe à l'orateur d'achever son discours, Machault y mit fin sans nommer personne, mais en lançant à Retz une sanglante allusion : « Oui, messieurs, s'écria-t-il, il est vrai, c*est l'ambition d'une seule personne qui nous a jetés dans la guerre civile et qui la fomente par un désir violent qu'elle a d'être honorée du cardinalat et du ministère.' »
Un conseiller. Camus de Pontcarré, demande un arrêt semblable à celui qui fut rendu autrefois contre l'amiral de Coligny, condamné h mort en 1HH9 paï* contumace. Durant de Croissy dit qu'il est de l'avis de Pontcarré et demande que la tête du cardinal Mazarin soit mise à prix. Ce jour-l/i, il n'y eut
^ Journal inédit (Cun Parisien pendant ta Frantle.
36i ALTERCATION DK RRTZ ET DE KACHAULT.
perionne dans le Parlement qui ne bl&mât et ne traitât d*extrayagante cette proposition, qui devait être accueillie quelques jours après à Tunanimité par ce même Parlement. L'arrêt qui intervint faisait défense « à tous gouverneurs de donner passage ni retraite au cardinal Mazarin ; injonction à tous les sujets du roi, qui étaient avec lui, de le quitter dans un mois, et invitation aux autres Parlements du royaume à rendre arrêt semblable. »
Voici comment le coadjuteur, dans une lettre à Fabbé Charrier, en date du 15 décembre, cherchait à colorer son rôle dans la séance du Parlement où il avait été si malmené par Machault-Fleury. c< J'étais, lui dit-il, présent à Tarrêt du Parlement que je vous envoie. Vous trouverez ici une copie de mon a\is, qui fut fort bien reçu, duquel vous vous servirez, si vous le jugez à propos, et pourtant secrètement. Le parti de M. le Prince voulut m*entreprendre, et, dans la suite des opinions, M. de Machault-Fleury ayant fait un long discours contre les ecclésiastiques, qui tournait directement contre moi, ayant aussi été averti qu'il voulait se déterminer plus particulièrement, je fus obligé de l'interrompre , ce qui fit d'abord quelque bruit; mais, ledit Machault ayant voulu reprendre et s'attacher personnellement à moi sur le sujet du chapeau, il se fit une huée épouvantable sur lui qui fut reprise à trois diverses fois, parce qu*il voulait toujours recommencer. M. le duc d*Orléans ajouta, à tout ce qui fut dit dans la compagnie contre lui, qu'il poursuivait le chapeau pour moi depuis dix-huit mois et qu'il s'étonnait qu*i] en voulût par- Um*. En sorte que ledit sieur de Machault fut obligé