LA CONSULTATION 'DES DEUX MÉDECINS
même intérêt à Tégard de M. le Prince, de façon que jamais il n*y eut lieu de faire une plus étroite liaison... Je vous conjure de dire au coadjuteur que je le servirai sincèrement, que j'en embrasserai toutes les occasions et qu'il n'aura jamais à se plaindre de moi... L'intelligence bien établie entre le coadjuteur et Mazarin, le roi se remettra en très-bon état, particulièrement si le coadjuteur vient à bout de son dessein sur le duc d'Orléans, comme j'étais résolu d'y travailler... » Mazarin voulait dire par là qu'il était nécessaire que le coadjuteur détachât à tout prix le duc d'Orléans de son étroite union avec le prince de Condé et s'emparât de toute l'influence pour ramener Gaston à la reine. On sait que Retz s'attacha précisément à faire tout le contraire. Mazarin, dans la suite de sa lettre, compare Tentrevue qu'il souhaite avec le coadjuteur à une consultation de deux médecins appelés à sauver la France malade. « La consultation qui a été proposée^ dit-il, des deux médecins, guérirait beaucoup de maladies; mais je crains qu'elle ne produise pas les effets que je voudrais, à cause de quantité d'autres médecins qui se mêleront là-dedans, et malaisément on le pourra empêcher si le coadjuteur et la princesse palatine ne trouvent quelque expédient. »
 la fin de cette lettre , Mazarin s'ouvrait entièrement à la palatine et au coadjuteur de son projet de retour, protestant cependant qu'il ne ferait aucun pas sans leur assentiment. Et comme Retz n'eut garde de donner son adhésion à un tel projet, Mazarin, sans se soucier aucunement de tenir ses promesses et d'y subordonner sa conduite, prit bien-
358 DUCMVIHAT OFFKHT A RETZ.
tôt la résolution do passer outre. Eu atteudaul, il assurait à la palatine qu'il ne précipiterait rien pour rentrer en France, afin, disait-il, « de ne pas exposer ses bous amis, et principalement le coadjuteur». i< Cependant il agira secrètement pour préparer sou retour avec Taide de celui-ci. La navigation sera pénible, mais il espère qu'avec le conseil d*un si bou pilote et si expérimenté comme est le coadjuteur, jl prendra port heureusement... Plutôt que de fiumquer au solide, il faut donner quelque chose au hasard. Si Mazarin ne peut voir \v. coadjuteur, il ue manquera pas de l'avertir de sa résolution par le moyen de la princesse palatine... »
Mazarin revenait avec la dernière insistance sur la nécessité d'une entrevue avec le coadjuteur pour s'entendre avec lui sur la conduite qu'ils devaient tenir l'un et l'autre afin de sauver la royauté en p^ril. Cette sorte de duumvirat qu'il offrait à Retz pour le séduire, mais dont celui-ci n'eut pas de peine à voir le peu de fonds et de consistance, est certainement un des faits les plus curieux et les moins» connus de l'histoire delà Fronde.. Mazarin avait bieu moins envie de consulter le coadjuteur que de le compromettre sans retour aux yeux des Frondeurs par une visite qui bientôt n'aurait plus été un secret pour personne. Le coadjuteur ne donna pas dans le piège. En vain Mazarin épuisait toutes les ressources de son génie artificieux, en vain il s'efforçait de montrer au coadjuteur l'abîme ouvert sous ses pieds, s'il tardait davantage à se déclarer en sa faveur ; en vain il lui faisait offrir un de ses neveux pour une de ses nièces , le coadjuteur ajournait toujours leii-