‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 159 sur 218 · BROUILLE DU BAILU AVEC LE PAPE · texte numérisé non relu

BROUILLE DU BAILU AVEC LE PAPE

romain. Cet acte d'un arbitraire sans exemple exas^ péra le bailli de Yalançay, et il déclara au pape, du ton le plus inconvenant et le plus insolent : que toutes les guerres civiles de France n'étaient pas capables d'empêcher le gouvernement français « de lui donner sur les doigts, s'il s* émancipait trop ». 11 ajouta « qu'il ne faisait nul compte de ses audiences et de sa vue », et il se retira en lançant au pontife des regards menaçants \'

Après cet éclat si impolitique et si intempestif, fort embarrassé de retourner à ses audiences, il cherchait chaque jour de nouveaux biais et de nouveaux prétextes pour les éviter. On comprendra facilement qu'une telle conduite n'était guère propre à faire accueillir favorablement par le . pontife tout ce que le bailli pouvait lui faire insinuer sous main afin de retarder la promotion du coadjuteur. Montreuil profitait de cette brouillerie pour se rendre le plus souvent qu'il pouvait aux audiences du pape, qui l'accueillait de fort bonne grâce, mais qui ne se rendait pas plus à ses sollicitations en faveur du prince de Conti qu'à ses insinuations contre le coadjuteur. Le bailli, qui était fort bien renseigné, prétendait qu'Innocent et ses émissaires ne négligeaient rien pour persuader à l'abbé Charrier que le roi de France et la reine mère ne désiraient nullement au fond que la promotion du coadjuteur eût lieu. Suivant le bailli, le but secret du pape était d'inspirer ce soupçon au factieux prélat, afin de le pousser à exciter de nouveaux troubles dans Paris. Il va sans dire que

^ Le bailli à Briemie, 27 novembre. Arch, des aff, ètr, Rome, 1. 120. TOME 1. 25

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Tambassadeur s'attachait avec le plus grand soui à détourner ce soupçon de Tesprit de Charrier. 11 ne cessait de lui protester que, s'il avait dit le moindre mot au pontife, pour l'engager à retarder la promotion, celui-ci « n'aurait pas eu de plus grande joie » que de divulguer ce secret. Il ajoutait que la meilleure preuve qu'il poursuivait trës-sinçërement la promotion, c'est que le pape n'avait pu citer à Tabbé Charrier une seule de ses paroles qui « allât au contraire d'une vive et cordiale demande de ce chapeau pour M. le coadjuteur ». — « J'ai néanmoins conseillé à l'abbé Charrier^ poursuit l'ambassadeur dans sa lettre à Brienne, de feindre quelque défiance de mon procédé pour faire venir Sa Sainteté sur le leurre et lui faire ouvrir le sac, promettant même de me faire retirer de cette ambassade, pour châtiment de cette perfidie et désobéissance aux ordres de Sa Majesté, pourvu que l'on lui mit en main, par témoin ou autre manière, quelque chose qui m'en pût convaincre et m'ôter les moyens de me justifier d une pareille accusation... »

Par ces protestations et ces serments qui, dans la bouche d'un religieux de mœurs austères, ne man« quaient pas de poids, l'abbé Charrier, tout fin q\i*il était, fut abusé et trompé jusqu'au dernier moment. Il ne cessa de croire à la bonne foi de l'ambassadeur, sans jamais pourtant se livrer à lui.

Cependant le bailli de Valançay, outré de colère contre le papc^ conseillait à la cour de France d'en venir avec lui aux mesures extrêmes. Il voulait que l'on menaçât le pontife du renvoi de son nonce et du rappel de l'ambassadeur de France^ du rempla-

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cernent des troupes romaines du comtat Venaissin par des soldats levés dans le pays, et qu'enfin Ton adressât au nonce à Paris une grave et sévère réprimande. La cour de France ne tint aucun compte de ces conseils exagérés, où il entrait bien pldl de passion que de sagesse. Le bailli, qui, depuis longtemps, ne recevait pas une obole de son traitement, demandait à cor et à cri dans toutes ses lettres à être rappelé. Il avait vu, disait-il, quelques lettres du comte de Béthune, grand ami du coadjuteur, adressées à Tabbé Charrier, et dans lesquelles il témoignait désirer avec passion d'être nommé ambassadeur à Rome. « Je serai bien obligé de dé-^ guerpir et de lui céder la place, ajoutait le bailli, si Ton continue à ne pas me payer mes appointements. ))

Peu de jours avant lo 11 décembre, il avait reçu de Brienne une dépèche delà plus haute importance dans laquelle le ministre lui donnait cette fois les instructions les plus nettes et les plus détaillées sur la conduite qu4l aurait à tenir dansTaffaire du coadjuteur. L'ambassadeur répondait à cette dépêche, le 11 décembre, par une lettre d'un intérêt capital et qui vient donner pleinement raison au cardinal de Ret2) lorsqu'il affirme dans ses Mémoires que la cour de France et Mazarin, à propos de l'afiaire du chapeau, agirent contre lui aVec la plus insigne mau-* vaise foi.

Le bailli ne doutait pas que les Espagnols ne fussent secrètement très-favorables à la promotion du coadjuteur, malgré le déplaisir que pourrait en éprouver M. le Prince, parce qu'ils calculaient aveé

388 RÉPONSE DE l'AMBASSâDEUB.

raison qu^une fois maître du chapeau, le prélat D*eii aurait que plus de force pour continuer la guerre civile. « Pour le second article (de votre lettre), poursuivait Tambassadeur, je vous ai déjà mandé, dansées précédentes, que j'avais très-bien compris de quelle sorte le roi voulait que je me comportasse pour hâter ou retarder la promotioti. Il suffit de vous assurer que je suis vos ordres très-ponctuellement et agis en conformité avec toutes les précautions nécessaires ; ce qui n'est pas une négociation fort aisée et facile, ayant affaire à un pape qui veut et voudra toujours le contraire de ce que désirera le roi . // est donc nécessaire, pour le service de Sa Majesté, ainsi que vous m'avertissez, que M. le coadjuteur ne doute point qu'il ne soit servi de moi en ses préteniiofis avec voiles et rames^ et que cependant faille procurant une procrastination (un retard) de V effet de cette grâce accordée audit sieur coadjuteur, jusques à tant quil ait donné des témoignages bien solides d'un attache-ment indissoluble aux intérêts du roi. . . La pièce est délicate, mais je n'oublierai rien pour ser\'ir en la sorte qui m'est ordonnée... » Le bailli ajoutait que le meilleur moyen de retarder la promotion, c'était que la cour de France pariit la désirer vivement, et que le moyen infaillible de la précipiter serait qu'elle témoignât y être indifférente. Il annonçait en même temps à Brienne qu'il éviterait la seule audience qui dût avoir lieu avant Noël, en alléguant quelque excuse, et qu'il n'irait voir le pape qu'après la fête des Rois. C'était déclarer nettement qu'il abandonnait au hasard l'affaire du coadjuteur. « Entre ci et là, disait-il à Brienne, je verrai s'il faut en revenir

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