CHAPITRE XIV
Entrée en France de Mazarin à la tète de son armée. — Vain& efforts du Parlement pour arrêter sa marche. — Caresses et promesses de Mazarin au coadjuteur; ce qu'il pense de lui au fond.
— Retraite du marquis de Châteauneuf. — Le siège d'Angers. — Formation d'un tiers parti proposée par Retz. — Attitude hostile du duc d'Orléans à i égard de la cour. — Son traité d'allianco avec Condé. — Stipulations en faveur du coadjuteur. — Danger auquel il échappe. — Sa correspondance chiff'rée avec 1* abbé Charrier. — Retz, afin de hâter sa promotion, ordonne à Tabbé de faire peur au pape du retour de Mazarin. — Entrevue du coadjuteur et du nonce en France. — Parole sévère de Retz sur Condé.
— Conseil formé par Monsieur. — Botte portée à Chavigny par le coadjuteur. — Arrestation du conseiller Bitault par les troupes de Mazarin. — Irritation causée dans le Parlement par cette nouvelle. — Nouveaux arrêts contre Mazarin et le maréchal d'Hocquincourt. — La guerre de Guyenne. — Inquiétudes du coadjuteur sur Taffkire du chapeau. — Son refus de se réconcilier avec Condé.
Cependant le cardinal Mazarin, à la tète de sa petite armée et entouré de ses fidèles amis les maréchaux de La Ferté-Senneterre et d'Hocquincourt, le duc de Noailles et le comte de Broglio, s'avançait à petites journées, non dans Fattitude d'un homme dont la tète avait été mise à prix, mais en triomphateur. Le 3 janvier il était à Épernay ; le 6, à
4ââ RENTRER KN FRANCF! DR MAZARIN.
Arcis-s.ur-Aube ; le 9, à Pont-sur-Yonne ; le 16, à Châteaurenard ; le 18, à Gien ; le 22, à Vierzon. Des deux conseillers qui avaient été envoyés par le Parlement pour s'opposer à sa marche, l'un avait été pris, l'autre mis en fuite. De là grande rumeur au sein de cette compagnie ; on y réclame à grands cris le prisonnier, on y renouvelle les défenses de contrevenir aux déclarations contre le cardinal : on v suspend tous les arrêts contre M. le Prince ; on déclare le maréchal d'Hocquincourt responsable, lui et sa postérité, de ce qui pourra arriver au conseiller arrêté; enfin on envoie une députation au roi. Le jeune monarque la reçut d'un air sévère. Il blâma énergiquement l'arrêt par lequel la tête d'un cardinal avait été mise à prix*. « Mes officiers ignoraient alors, dit-il, que le cardinal Mazarin revenait en France avec des troupes par notre ordre exprès ; maintenant que je leur en fais part, je m'assure de n'être plus troublé par eux dans l'exécution de mes desseins pour remettre le royaume en paix. » Et, sur cette ferme réponse, il avait congédié les députés. Le Parlement n'en tint compte, et, le 25 janvier, il ordonna de nouvelles remontrances par écrit et une nouvelle publication des arrêts rendus conti*e Mazarin, avec invitation aux autres Parlements de se joindre à celui de Paris. Les Parlements de Rouen et de Toulouse n'avaient pas attendu cet appel pour se déclarer hautement contre Mazarin. Le cardinal, sans se soucier le moins du monde des arrêts de tous ces légistes, qui n'osaient les appuyer par des
* Le 29 décembre, le roi avait fait causer cet arr^t^du ParleineDC pnrun arrêt de son Conseil.