LETTRES DE MAZARIN AUX AMIS DE RETZ
levées de troupes et qui avaient même défendu que Ton perçût des impôts extraordinaires à cet effet, poursuivait tranquillement sa marche. Le 30 janvier il arrivait à Poitiers, où résidait la cour, dans le carrosse du roi, qui était allé l'attendre à une lieue de la ville. On peut juger de la joie de la reine à la vue de rhomme qui avait rendu à la royauté et à la France de si grands services et dont le triomphe paraissait désormais certain.
Pendant son itinéraire, Mazarin n'avait cessé d'écrire fréquemment à la princesse Palatine, à l'abbé Fouquet, ainsi qu'à Pennacors et à Noirmoutier, les amis du coadjuteur, afin que le prélat ne se laissât pas entraîner à quelque parti extrême , tel que sa réunion avec M. le Prince, ce que le cardinal redoutait par-dessus tout. Le i*' de l'an 16SS, il avait dépêché un envoyé à la princesse Palatine et au coadjuteur. Le messager était porteur d'une lettre pour la princesse dans laquelle Mazarin lui jurait qu'il se fiait entièrement à elle et à son ami, disant qu'il les croyait gens d'honneur et que leur intérêt voulait qu'ils fussent bien ensemble et indissolublement unis... « Bien que le coadjuteur se conduise mal, ajoutait-il, et qu'il me témoigne eu toutes ses actions sa mauvaise volonté, je suis persuadé que, dans son intérêt, il fera quelque coup à mon avantage, étant impossible qu'il porte jamais Monsieur à la dernière union avec M. le Prince ; car, en ce cas, il serait perdu avec la princesse Palatine, les princes étant leurs ennemis irréconciables... Je suis ravi de ce que M"* la Palatine m'a mandé h l'égnrd du coadjuteur... Par la confiance que je prends en
Aï A LETTRE DE MAZABIN A l'ABBÉ F0UQUET<
lui, il voit bien si j'ai aucune réserve et si rien est capable de me faire douter de son amitié, nonobstant tout ce qu'on me mande au contraire, parce qu'on se fonde sur les apparences.... >r a Malgré tout ce que Ton me mande que fait le coadjuteur contre moi, écrivait-il d'Épernay, le 3 janvier, à un de ses confidents, je le crois de mes amis, et qu'il a toutes les bonnes intentions pour moi que je puis souhaiter... Il est vrai qu'il y a deux puissantes raisons qui l'obligent à cela, qui sont la parole qu'il en a donnée à la reine et son intérêt, lequel plus que jamais se rencontre avec le mien ^.. »
« ... Il faut, écrivait-il de Pont-sur- Yonne à Tabbé Fouquetle.il janvier, que M. le Coadjuteur prenne ses résolutions pour de bonne heure, et il me semble qu'ayant le roi de son côté, étant assuré que j'entreprendrai tout hardiment pour l'appuyer avec la quantité d'amis que lui et M"' de Chevreuse ont, et agissant de concert avec le prévôt des marchands, qui a bonne intention, et avec M. le maréchal de THospital (gouverneur de Paris), qui est fort zélé pour le service du roi, il se peut mettre en état de rompre aisément toutes les mesures de Son Altesse Royale... (c'est-à-dire les résultats de sa liaison avec M. le Prince).» Le 16 janvier, il écrivait de Chàteaurenard à ce même abbé : «... Le coadjuteur doit être en repos pour le secret, car je suis persuadé, aussi bien que lui, que ce serait le mettre dans l'impuissance de servir, si on en usait autrement et qu*on découvrit notre intelligence... » Le 18, il mandait au
* Àrchivti det a/faires itrmîgèrti. France Lettres de Mautrm, t. XXIX.
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même, de Gien, que M. le Prince lui avait fait proposer un accommodement et qu'il lui avait fait réponse qu'il se soumettrait aveuglément aux ordres du roi. Il ordonnait à Tabbé Fouquet d'en prévenir le coadjuteur et M"' de Chevreuse, afin de leur prouver jusqu'à la fin qu'il voulait entretenir avec eux une correspondance sincère*.
Afin de ne donner aucun soupçon au coadjuteur des instructions secrètes qu'il avait envoyées contre lui à l'ambassadeur de France à Rome, Mazarin s'efforçait de plus en plus de lui persuader qu'il avait toujours en lui une pleine et entière confiance. Dans l'espoir d'endormir cet esprit si alerte, il écrivait lettres sur lettres à son parent, M. de Peniiocors : « ... Rien n'est capable de me faire concevoir la moindre méfiance de la personne de M, le iUmd" juteur, lui mandait-il de Yierzon le 22 janvier, après les choses que la princesse Palatine m'a man« dées et celles que vous et M. l'abbé Fouquet m'av^^x dites de sa part. On a beau m'écrire, comme on fait continuellement, qu'il est ac^.ommodé avec M, de Ghavigny, tantôt qu*il l'est avec M. de Beaufort, et qu'il a donné les mains à sa réconciliation avf*c M. le Prince, et enfin qu*il est le principal instrument de tout ce que M. le duc d'Orléans fait contre moi, je vous proteste que je lis tous ces avis comme je |»rMirrais faire des romans, et je me tiens plfi% ftnnmft H plus persuadé que jamais de son nmhU% H 4\ui) w* perd aucune occasion de s'employer ($4rhii4îWHti k mon avantage '... ^
' Arch, du min* d^nff.Alr. îjfihpn /h Mf/utrin^ 9, XX M. * Ibidfm,