LA GUERRE CIVILE
prendre aucun avantage dans le inonde, que vous voyez bien que par cette raison ma conduite me tient en grande faveur à la cour de France et dans le public.
« Faites voir (dans Tentourage du Pape) que je suis tout à fait emporté contre le Mazarin. »
Dans la lettre suivante, en date du 26 janvier, le coadjuteur donnait à Tabbé des nouvelles fort importantes relatives à Condé et à Mazarin : « Nous n'avons point eu de vos nouvelles, lui disait-il, par cet ordinaire, le courrier n'étant pas encore arrivé, quoique nous soyons à la fin de la semaine. J'ai toujours impatience de vous faire savoir des miennes, parce que je suis assuré que, dans le chagrin où vous êtes de mes intérêts, elles vous servent de consolation; je sais qu'ils vous touchent plus que moi-même. Si elles vont bien, elles vous donneront pour le moins autant de joie ; si elles vont mal, je vous conjure de ne vous en inquiéter pas plus que moi, qui ne suis pas, comme vous savez, fort touché de la fortune, et à qui je vous [assure] que les événements sont fort indifférents. Je crois, selon les apparences, que celui de mon affaire ne sera pas mauvais, puisque je ne vois pas qu'il y ait de révocation par la raison que je vous ai dit, au moins les nouvelles que vous allez voir dans cette lettre vous marqueront suffisamment que ce n*estpas par la considération de M. le Prince qu'elle peut être traversée.
« Je crois vous avoir déjà mandé l'enlèvement de deux quartiers de l'armée de M. le Prince par Bougy, maréchal de camp dans l'armée de M. le comte d'Harcourt. Depuis lequel temps M. le Prince s'étant
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voulu retirer et ayant mis dans Barbésieux et dans Pons quelques-unes de ses troupes pour menacer M. le comte d'Harcourt, il a toujours continué dans le premier dessein de sa retraite, dans laquelle M. le comte d'Harcourt lui étant tombé sur les bras, une partie de son armée a été taillée en pièces, ayant perdu dix-huit cents chevaux et plus de douze cents hommes de pied, même toutes les places dans lesquelles il avait laissé des troupes. L'on Ta suivi jusques à Bourg, où Ton tient qu il s'est embarqué pour Bordeaux. On ne sait pas s'il y aiu'a été reçu. En tout cas, Tarmée de M. le comte d'Harcourt, qui est à présent trës-forte, ne manquera pas de Fy suivre, et ainsi Ton croit qu'il y a peu de ressource, les troupes qui ont été amenées par le cardinal ayant ordre d'aller joindre Saint-Luc, qui est dans la Haute-Guyenne , pour prendre toutes ensemble Bordeaux par l'autre côté, en cas qu'ils s'obstinent à vouloir défendre M. le Prince.
« Cependant le cardinal avance fort à la cour. On tient qu'il y doit arriver dans deux ou trois jours. Les députés du parlement de Paris en sont revenus cette semaine. L'on a opiné au Parlement sur la réponse qui leur a été faite par le roi, qui leur a dit qu'il voulait croire que, lorsque le Parlement avait donné ses arrêts contre le cardinal, il n'avait pas sa que ce fût sa volonté qu'il revînt avec les troupes levées par lui pour le service de Sa Majesté. Sur quoi la compagnie ayant délibéré, on a arrêté que très-humbles remontrances seraient faites au roi par écrit, et cependant que tons les arrêts contre le cardinal seraient exécutés, de quoi il serait donné avis
TRAITÉ SFXRRT DE MONSIKUR ET DE GONDÉ. 441
aux autres parloments. Quant à Targent et aux troupes, ces messieurs s'en rapportent à Son Altesse, sans vouloir même donner d'arrêt pour cela, d
Ce que dit le coadjuteur du traité secret de M. le Prince avec le duc d'Orléans n'est pas moins digne d'intérêt. A en juger par sa correspondance avec Charrier, Retz n'était nullement disposé à s'accommoder alors avec M. le Prince, comme l'ont prétendu quelques historiens.
« M. de Nemours, mandait-il à l'abbé, est en cette ville depuis cinq ou six jours; il s'en va commander un corps sur la frontière de Champagne que l'on dit être composé du reste des troupes de Tavannes et d'autres que les Espagnols lui ont donné. Le comte de Fiesque est aussi arrivé depuis trois jours, qui a apporté à Son Altesse un traité de la part de M. le Prince pour leur union. D'abord Monsieur y a fait une grande résistance, les amis de M. le Prince voulant l'obliger d'entrer dans le traité d'Espagne, ce qu'il n'a point voulu faire, quoi qu'ils lui en aient pu dire, et ainsi il a fallu ôter cette clause, après quoi Son Altesse a signé ce traité portant seulement une union contre le cardinal, renonçant au surplus à toute sorte d'intérêts particuliers et à toutes alliances avec les étrangers. M. de Chavigny a eu ordre d'aller àlacour tenir sa place de ministre; on dit qu'il n'y obéira pas, non plus que M. de Longueil, auquel la reine a commandé par une lettre de sa main d'aller faire sa charge de chancelier. L'un et l'autre accusent le coadjuteur de leur avoir fait jouer cette pièce ; il en est pourtant fort innocent.
(< Si la promotion n'était pas faite avant la seconde