RÉPRIMANDES ADRESSÉES AU BAILU
hier fut ici apportée Theureuse nouvelle de la promotion, faite par Sa Sainteté, du coadjuteur de Paris au cardinalat, laquelle a répandu une joie incroyable dans le cœiu* de tous les gens de bien, qui ne pouvaient croire les grandes vertus de ce docte prélat assez dignement honorées que par la pourpre^ puisque, à les regarder avec les yeux de la plus sévère censure, on n*en saurait faire autre juge* ment, sinon qu'il ne les possédait que comme autant d'illustres degrés par lesquels il devait monter à cette sublime dignité de TÉglise. »
Pendant que Mazarin prodiguait au coadjuteur des marques publiques d'une satisfaction qu'il était si loin d'éprouver, il donnait Tordre à Brienne de témoigner au bailli tout son mécontentement pour ne s'être pas conformé aux instructions qui lui enjoignaient d'entraver par tous les moyens la promotion. Brienne s'empressa d'administrer au bailli une verte réprimande et de lui demander en même temps si les nombreux courriers que le coadjuteur avait expédiés à Rome n'avaient pas eu pour but de lier quelque union secrète du prélat avec le pape contre les intérêts du cardinal Mazarin et le service du roi de France.
Voici comment le bailli se disculpait sui' le premier chef dans une lettre qu'il adressait à Mazarin le 1" avril suivant :
« ... Le point le plus considérable de la dépêche de M. le comte de Brienne est touchant ce que je devais faire pour le retardement ou la presse de la promotion de M. le cardinal de Retz... et, quoique la conclusion de cette affaire me pût dispenser d'en
EXPUGATIONS DU BAILLI. 463
parler, je dirai néanmoins à Votre Ëminence, pour sa satisfaction, que, quand elle s'est faite, il n'était plus en mon pouvoir de la retarder, et que toutes les voies d'y mettre obstacle m'avaient [manqué. » Il ajoutait que la princesse de Rossano 'ayant été assurée que son cousin Aldobrandini entrerait dans la promotion, rien n'eût été capable de la faire consentir à un ajournement, et que monsignor Chigi ayant reçu pour lui-même une promesse semblable, c'eût élé aussi perdre son temps que de le prier d'eu retarder l'exécution... a L^Ëspagne, disait enfin le bailli, ayant eu si peu d'avantage en cette promotion, je n'avais plus aucun prétexte d'en procurer le retardement, à moins que de déclarer ouvertemeiil que le roi ne voulait point le coadjuteur, et, pour ce, il fallait s'adresser directement au pape et eîi avoir un ordre exprès de Sa Majesté'! »
Ce dernier passage prouve avec la dernière évidence que le bailli avait seulement reçu l'ordre de retarder la promotion du coadjuteur et qu'il n'avait en main aucun acte^de révocation, ainsi que l'a supposé le cardinal de Retz dans l'intérêt de sa justification.
« Je me suis conduit en cette affaire, disait le bailli en terminant sa lettre, en sorte que M. le cardinal de Retz n'a pu reconnaître dans mon procédé qu'un désir très-ardent de Leurs Majestés et de Votre Ëminence pour sa promotion. L'abbé Charrier en a parlé partout en cette sorte, et M. le cardinal de Retz m'a écrit une lettre de sa main par laquelle il me témoigne de grands ressentiments d'obligation. J'avoue que, s'il manquait après cela à ce qu'il doit,
4t>4 LETTRE DE RETZ AU BAILLI.
j*ai en maiu de quoi le convaincre de la plus haute ingratitude du monde \ » Le même jour, le bailli donnait à Brienne les mêmes' explications qu'à Mazarin, et il ajoutait ces lignes caractéristiques, qui ne sont pas sans intérêt, puisqu'elles nous font connaître quelles étaient alors les véritables dispositions de Retz à Végard de l'ambassadeur. Le bailli, en trompant l'abbé Charrier, avait du même coup donné le change au coadjuteur sur les véritables dispositions de la cour de France envers lui et sur les instructions secrètes qu*il avait reçues d'elle. Le cardinal de Retz avait d'abord été si pleinement convaincu de la bonne foi du bailli à son égard et en même temps de son zèle, qu'à deux reprises il lui avait écrit pour le remercier. Retz se garde bien de nous dire cela dans ses Afemorres, car il lui eût été trop pénible d'avouer qu'il avait été dupe d'un homme d'un esprit si peu délié. Le cardinal de Retz, poursuit l'ambassadeur, a reconnu la sincérité de mes diligences pour bâter sa promotion. « C'est ce que cette Éminence m*a fort ouvertement déclaré par une lettre qu'elle m'a écrit de sa main avant même que d'avoir reçu celle que je lui ai écrite en conjouissance de son cardinalat... L*abbé Charrier dit hautement que M. le cardinal de Retz ne pourrait jamais se laver de la tache d'une ingratitude sans pareille, s'il ne sacrifiait vie et fortune pour le service de Leurs Majestés et de MM. les ministres et n'avait des reconnaissances fort pressantes de la sincérité avec laquelle j'ai conduit et porté la
1 Le bailli de Valançay à Mazarin. Arch, du min. <ies aff. tlf^nf/cè'es. Rome, t. CXX.