‹ Le cardinal de Retz et l'affaire du chapeauChapitre 2 sur 218 · A MONSIEUR MIGNET. Y · texte numérisé non relu

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bénéBces, le tout d'un revenu de deux cent mille livres.

A partir de ce jour, la transformation de Retz est complète ; il ne reste plus en lui aucun levain de la Fronde. On voit apparaître un homme nouveau, inconnu à Thistoire. Il s'étudie incessamment à prouver au Roi que, s* il a fait la guerre, c'est uniquement à son premier ministre et non à la Royauté. Désormais il se montre le plus dévoué, le plus respectueux des sujets; il oublie absolument qu'il a été le chef d'un grand parti, il oublie même parfois son caractère de cardinal et d'homme d'église, pour obéir aveuglément aux ordres du maître, comme lé ferait un de ses lieutenants.'

Louis, sachant par expérience tout le parti qu'il pourra tirer d'un homme de cette trempe, si habile, si rompu aux intrigues de toutes sortes, lui confie auprès de la Cour de Rome plusieurs missions secrètes, aussi difficiles que délicates, et à la bonne issue desquelles il at* tache la plus grande importance. Retz les mène toutes à bonne fin, avec une habileté, une pru-^ dence et une science consommées. .

' Tantôt le Rbi le consulté sur la terrible affairé de la garde corsé, qui faillit amener l'ihva**

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sion des États pontificaux par l'armée française ; et c'est Retz qui, dans un mémoire, conseille d'imposer au Pape les conditions les plus dures et les plus humiliantes que Ton voitfîg^urer dans le traité de Pise.

Tantôt le Roi l'envoie auprès d'Alexandre VII pour engag^er le Pontife à ne pas donner suite à une bulle dans laquelle il afBrme son infaillibilité comme un dog^me, et Retz, à l'aide d'argiiments théolojB^iques et de menaces dég'uisées, manœuvre si bien, qu'il finit par effrayer le Pape et pariui persuader de garder le silence, afin de ne pas provoquer une explosion de l'Égplise giallicane contre la doctrine de l'infaillibilité. Cette importante mission de Retz fut en quelque sorte la Préface de la fameuse Déclaration des quatre articles.

Ce n'est point à son ambassadeur que le Roi s'adresse, dans certaines affaires des plus graves, pour obtenir des éclaircissements utiles, c'est au CSardinal de Retz. Un jour, il le consulte sur les meilleurs moyens de composer le Sacré-CoIlége., afin que l'Église universelle soit plus dignement représentée, et le savant prélat lui envoie un long mémoire , chef-d'œuvre d'érudition , ^ de critique, de bon sens, et plein des considéra-

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tions les plus élevées. Une autre fois, le Roi lui confie le soin d'étudier la question des droits de la Reine de France sur le Royaume de Naples, et Retz la traite au point de vue du droit des Couronnes avec sa science et sa dextérité habituelles.

Je passe sous silence plusieurs autres missions épineuses desquelles il se tira avec autant de bonheur que de prudence; je rappellerai seulement le rôle considérable qu'il joua dans les conclaves où furent élus Clément IX, Clément X et Innocent XI. Il fut assez heureux pour faire triompher successivement les candidats désignés par Louis XIV.

Les précieux documents que j'ai consultés me permettront de Taire connaître à fond le Car^ dinal de Retz en tant que diplomate, et il ressortira de cette étude qu'au jugement unanime du Roi, de ses ministres et du Collègue des Cardinaux, il déploya toutes les qualités d'un homme vraiment extraordinaire.

Je montrerai ensuite le vieux Frondeur, dans sa retraite de Commercy, rendant la justice à ses vassaux, philosophant et dissertant avec des disciples de Descartes, et poursuivant en secret la rédaction de ses. immortels Mémoires;

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puis, dans les salons de Paris, chez son amie M"*de Sévigné, chez M"* de Lafayette, chez sa nièce la duchesse de Lesdiguières, faisant admirer, au milieu du plus grand monde, son merveilleux talent de causeur.

Enfin, je dirai le peu de compte qu'il faut faire de la prétendue conversion de ce gprand pécheur, qui, au fond, ne tenait qu'à une seule chose, à mourir décemment, en honnête homme, comme on mourait alors. A cette époque, les esprits forts n'étaient plus à la mode, et Retz était de ceux qui savent toujours se conformer au godt du temps.

Dans cette première étude sur le chef de la Fronde, deux méthodes de composition s'offraient à moi : un récit historique serré et non interrompu, ou bien un récit entremêlé de citations neuves, d'intéressantes révélations, suivant Tusag^e des meilleurs auteurs de Mémoires. C'est cette dernière méthode que vous m'avez conseillée, Monsieur, et que, de son côté, m'avait indiquée Sainte-Beuve, qui daignait s'intéresser à mes recherches et m'aider de ses conseils avec la plus affectueuse bienveillance. Je ne pouvais choisir pour guides deux maîtres d'un goût plus sûr. C'est donc la méthode que

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j'ai suivie. Si elle nuiC un peu à la rapidité de Ja narration, elle a d*incontestables avantages: tout en donnant plus de liberté à l'historien, elle lui permet de mettre souvent en scène les acteurs, de leur céder la parole, de faire mieux comprendre leur jeu. Et quels interlocuteurs plus dignes d'être écoutés que Retz et Mazârin!

Que vous dire, Monsieur, de la corréspon* dance de Retz avec Tabbé Charrier, que j'ai découverte et que je publie* pour la première fois? Improvisée et dictée d'un seul jet, dans le feu des passions qui Tag'itaient au milieu de la Fronde, elle n'est pas moins curieuse à étudier au point de vue littéraire qu'au point de vue historique. La langpue de Retz n'est pas la langue des érudits, des beaux esprits du temps, des écrivains de profession ; elle ne ressemble en rien à celle de Balzac et de Voiture. C'est une langue parlée, qu*il n'a point apprise dans les livres, mais par l'oreille, dans les salons ,' dans les conversations du monde, une langue courante, vivante, naturelle, incorrecte parfois,

mais pleine de vigueur, de précision, de souplesse et de tours originaux. Dans le gfenre épistolaire, elle est jusque-là sans pré^*'^

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Ces lettres de Retz sont de la même famille que les Provinciales j sinon par la pureté du style, du moins par la vivacité, la clarté, l'élégance, comme aussi, plus d'une fois, par la hauteur, par la véhémente éloquence, et elles ont le mérite d'élre de cinq ans leurs aînées.

Veuillez agréer, Monsieur, l'hommage de mon respect et de mon immuable reconnaissance.

CHANTELAUZB.

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