‹ Le Cardinal de Retz et ses missions diplomatiques à RomeChapitre 26 sur 41 · PLAN DE RÉFORHE DU COLLÈGE DES CABDINAUX · texte numérisé non relu

PLAN DE RÉFORHE DU COLLÈGE DES CABDINAUX

A peine cette importante affaire était-elle termi*au gré du roi, grâce à Fhabileté du cardinal de ;, que le duc de Chaulnes arrivait à Rome en <iu.^té d*ambassadeur. Quel était ce personnage €(ue nous allons voir souvent en scène avec Retz ? So.int-Simon a tracé de lui un portrait fort original, qui serait une merveille achevée s'il n'avait donné de trop grandes proportions à Tintelligence de son modèle. « M. de Chaulnes, dit-il, s'était ^<^quis une grande considération et une grande ré* putation par ses négociations au dehors. C'était, •ous la corpulence, l'épaisseur, la pesanteur, la physionomie d'un bœuf', l'esprit le plus délié, le plus délicat, le plus souple, le plus adroit à prendre ®^ i pousser ses avantages avec tout l'agrément et ^ finesse possibles, jointe à une grande capacité et * Une continuelle expérience de toutes sortes d'af- ^l'es, et la réputation de la plus exacte probité, *^orée à l'extérieur d'une libéralité et d'une magni-

^ Le cardinal de Retz, dans ses Mémoires, fait la même compa- *^^n en parlant du dac de Bouillon.

.'l!H LK (LARniNAL HE BKTZ.

licence légalement splendide, bien placée et bien c^= -^tcnduu, et de beaucoup de diffnilé avec beauco- "^LJp de pulite.sso '. » Lu vt-rité est quo, sans être nn osj^^ :^1 de premier ordre, le duc de Chaulnes n'était p(to> ^ûit à coup aûr nn homme ordinaire, et que le roi «o

trouva fort bien de ses services dans trois conter— laves. Mais n'oxafïérons rien el voyons les cho- -^^ses telles quo le duc les voyait luî-tnéme, lorsq^ -^iMie. plein do défiance pour celle grande capacité, quo- lui

prête un peu trop compluisamment Saint-SinL^^^ti, il eut le bon sens et le bon goAt, dans plusi^ -^^mn atTaïres importantes, d'en confier la direction au

cardinal de Retz'. M"'° de Sévifçné, dans une de . aes

plus belles lettres' à sa fitle, et cit faisant allus>^^Son au conclave où fut élu bien plus tard Alexandre V HHSl'i lui faisait du duc de Cbaulnes, alors gouverneuir de

Bretagne, un éloge dij^ne d'c^lre cité : » Le roi ma^^^'^ de qu'il a résolu de l'envoyer h Rome, parce qu^r""«"' n'a jugé que lui capable de Faire la plus (ïranc^^, chose qui soit on Eurupo, en donnant à l'Égli un chef qui puisse également gouverner Tliglise contenter tout le monde, el la France en particn-*-* lier. La satisfaction qu'il a eue des deux autre» ^^ exaltations que M. de Chaulnes a faites, Ini faiv '

' Mémoire» de Saint-Simon, t. !•'. Voir r«xcelleiite édition d«»** IST3-1S77, ilont le regrettable H. Ailolpho Rognior, lits, n àoaat ui texte révisé avec le piu« grand eeîa sur Us ni&nu<cnti origioaut, ^ et que l'oD peut ilire déliiiitir.

* Charles d'Albert d'Aîllj devint duc de Cbaulnei el p«ir ili^ France [iw la mort de ses deuï frère», Henri-Louis et Chartei •'""^^"''j.i, Rayoeval. Il fol nommi gouverneur de Bretagne en 1670, pui^ *^» it-gêoéral en Picardie el trois fois "ni!i»"oiloiii- i Rnn» ^s^

Le lia

ru:i DE RËrnBUK OV COLLÈGK des CABMNAI'X. .tP3

iToire <ju'il n'en aura pas moias decclie-ci... " Te!

élail l'homme souple et coneilianl que Louis XIV

avait choisi pour roniplater lo duc de Créquî, dont

le caracli?rB dur ot hautain n'avait pas peu contri-

huâ à brouiller do plus en plus la cour de Rumo

«vec celle do France. Ajoutons que la duchesse de

'^baulDCs', que Saiut-Simou nous montre plus tard

*^oinnie •■ reine de Bretagne, où elle était passiumié-

"»eni aimée », complétait à merveille l'heureux

«"lioix que Louis XrV avait fuit dans la personne de

*on mari.

Le nouvel ambassadeur n'arriva à Rome qu'à la. lin do juin 1666. Ce n'était point un inconnu fkour le cardinal de Relz, et bientôt, g-râce à nue a^ménité ni à uno coudescendanco réciproques. leur» relations devinrent aussi étroites que possible. Voici comment le cardinal racontait à Lionne* la réception faite au représentant du roi : « Nous allâmes, la nuit do mercredi à jeudi, alla Grottir, qui ««t à huit milles de (tome, au-devant de M. l'amliassadcur, MM. les cardinaux .\utuino, l'rsin. Maldachini et moi; M. le cardinal Maiicini no s'y put trouver h causo de son indisposition. Je me crois obligé de vous dire, pour la vérité, que, bien que "• l'ambassadeur n'ait pus encore paru on public, "l Qe laisse pas d'avoir beaucoup d'approbation â lonjç (Je çgQ^ même qui no l'ont vu qu'en passant. * oui tous remarqué sa désinvolture. Vous con- **»8fiZ la force de ce mot. Il comprend troi» ou

. ^liïuhBih Le Fertiii, teuïe i\e J;ic<|neK île Caueiadc, Riarquit

■ as juin IB6fi. I. XXV .1* In ron-.-<powla-ire tir Uonv.

LF. CARDINAL DB RËTZ.

quatre qualités, qui, comme vous savez mieux que moi, ne sont pas moins nécessaires pour la pratique do cotte cour. » Nous passons sous silence les cérémonies auxquelles donna lieu l'arrivée du nouvel ambassadeur, mais nous ne pouvons omettre que le duc et la duchesse se rendirent au palais du cardinal de Retz, <> qui les régala admirablement, et que tout Rome passa sous leur balcon en leur faisant une révérence el même en leur marquant une joie extraordinaire'. » Ce soir-là Saint-Pierre et la place d'Espagne furent illuminés à gionto. A quelques jours de là', l'ambassadeur fit son entrée solennelle et cent trente carrosses h. six chevaux so rendirent au-devant de lui, à une lieue de Rome, pour lui faire cortège'. Le m^mo jour le duc eut une entrevue avec le pape, mais elle fui aussi brève que possible; le pontife venait do subir la ijouloureuso opération do la taille, et présentait tous les symptômes d'une fin prochaine. Louis XIV avait remis an duc de Chautnes une lettre qu'il adressait au cardinal de Retz pour le remercier de ses services et pour le prier d'éclairer son envoyé sur toutes les difficultés qui existaient ou pouvaient surgir à Rome. Cette lettre, malheureusement, ne se trouve pas même en copie dans les archives de l'ambassade. On ne la connaît que par cette dépèche de Retz : « J'ai reçu par les mains do M. l'ambassa-

< L'itbbé (le Macliaut, l'an des seerélaireB ilu du Lioane, Rome, 29 juin, 'Le 10 juillet. Le duc de Chnalnes au roi, I3jai11«l, UXXVI d^

In Corresponilnncf 'le L'mnne,

rus DE RÉFORME DU COLLÉUli ImS CARDINAUX. 397

deur, écrivait-il à Lionne le 3 août, la lettre dont il a, pin au roi de ra'hoiiorer du 14* mai', et, comme je rrois qu'il est plus respectueux de ne pas faire KAJie réponse directe à Sa Majesté, je ^)rends la liberté d.« vous prier de vouloir bien lui rendre pour moi 1^& (riis-humbles grâces que je lui dois et de l'assux'«r que je u' emploierai le peu do moments qui aaoe restent de séjour en ce lieu, qu'à chercher toutes lesuccasions d'y servir M. l'ambassadeur... »

Deux afl'aires fort importantes pour la cour de l*'rAacfi étaient en ce momeot l'objet de toute son AUontion et de ses négociations secrètes : l'une était <Wtlle de la promotion toujours ajournée du duc de V^euddmc, l'autre le choix ù faire dans lo futur conclave du successeur d'i\Jexandre VII.

I^uis de Vendûmc, duc de Mercœur, fils aîné de César do Vendôme et de Françoise de Lorraine, dovcBU duc de Vendôme, l'année précédente, pur La mort de son père, venait de perdre sa femmu -K-*aura Mancini, nièce de Mazariu, et avait embrassé la vie ecclésiastique. Depuis quelques mois, '-■ouis XIV l'avait nommé cardinal et poursuivait ^ Borne sa promotion. Mais Alexandre, comme de coutume, faisait la sourde oreille h toutes les de- ■»>«ndea du roi, et. sans tenir compte de ses ina- '^'ïces «-n faveur dii descendant d'Henri IV, il *Vail promu cardinaux, iiii mois do février Itiôli, "-M. Lilla, archevêque de Milun, Gorsiui, trésorier **^ la Chambre apostolique, Paluzzi, auditeur de <^«ll4j même Chambre, Nini, majordome du palais,

(JoiTriponrlance Je Lviniu. I. XNXt.

Conli, gouverneur de Rome, et Rasponî, son ancie nonce, celui qui avait préparé et roiirlu le traité d Pise. Le pape s'était de plii» réservé quatre autn ptaircs in petto, au détriment des nominations faiU par les couronnes, ce qui avait causé un \'if lUéciS lentement dans les cours de France, d'Espagne >< de Vienne, Les ambassadeurs do ces trois pinri sances élevèrent des réclamalions en faveur de leul candidats, l'empereur pour l 'arche vt'^q ne do Sait burg, l'Espajçne pour un prélat dont elle ne vonlal découvrir le nom qu'au dernier moment, cl I France pour le duc de Vendôme '. En ce qui coo cernait le dernier, le pape prétendait que la roï a l'avait jamais nommé et qu'il n'avait fait que li recommander'. Peut-être n'avait-il pas oublié qui Louis de Vendôme, gouverneur de Provence, pen dant la Fronde, avait fait arrfiter le nonce Corsini nommé par Innocent X, eu remplacement d«Bagni dont la cour de France avait demandé l'éloigncmen pour avoir fait causf commune avpi- b»» frondeurs En réponse aux récriminations des couroDues le cardinal Pallavtcini, directeur de consciene d'Alexandre VII, et fort versé dans les matière ecclésiastiques, avait préparé un mémoire, afii de prouver que les papes ne sont point obligéi de donner aux souverains les chapeaux qu1ls on

' Le carilinal <le Reiz k Lionne, 16 février I66G, t. XXIII d«L CorTHponilani:t de Lioiinr. I.p duc de Vendôme ne fut crét e*nL aa\ que le 7 mars 1667. Nous te Terroos t côté du cardinal de Re« dans le conclare oii Tutélu Clément IX.

• Le cardinal de Rotz k Lionne, 6 avril 1666, t. XXIV de I Corretpon'limce de Lionne.

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W retenus in petto. Jusqu'au mois de septembre, ce f inémoire avait été tenu fort secret, lorsque le car-

dinal de Retz fut informé de son existence. Peutêtre en eut-il communication par l'infidélité de quelqwie valet. Toujours est-il qu'il se piqua au jeu et ^^e, dans Tintérèt de la France, comme dans celui ^^8 États catholiques, il résolut de réfuter de fond •^M comble la thèse du cardinal Pallavicini. Soit par I «ftbbé de Bourlemont, soit par quelques cardinaux ^^ ses amis, il se procura nombre do documents istoriques, et, cette fois, s'appuyant sur un terrain ^->lîde, il rédigea un admirable mémoire, vrai chefœuvre de science, de discussion, de clarté et de ^ t.y le. A quelque temps de là, Tambassadeur le trans- ^■^^ettait au roi avec cette note : « M. le cardinal, ayant ^^ que M. le cardinal Pallavicini avait fait un méire pour prouver que les papes ne peuvent donner couronnes les chapeaux qu'ils ont réservés in la, et sur quelques autres points qui regardent la lotion, en a fait un fort curieux qu'il m'a donné, ^ 9 comme je prendrai la liberté de l'envoyer à Votre LJesté, elle jugera bientôt de la force de ses rai-

et de la beauté de son mémoire ^ » Xe cardinal de Retz s'attache d'abord à établir cju^e les décrets du concile de Trente ont décidé, ^fîn que TEglise universelle soit convenablement **« présentée au siège de la chrétienté, que les cardinaux ne seront pas uniquement choisis à Rome et ^«ns ritalie, mais dans tous les Ktats catholiques. "•*is, après avoir prouvé, l'histoire en main, que

^<^ duc de Chaulnes au roi, 7 .septembre l(H>t>.

iOO LK CAHDIHAL DE HETZ.

nombre de papes n'ont tenu aucun compte oo Fc^*^ peu de compte des décrets du concile, il entre àskn^^^ la discussion et, par des considérations de Tord "^* le plus élevé et avec une éloquence contenue et ^^^*^i n'en a que plus de force, il prouve à quel poinl t

est nécessaire de respecter les décrets du eoncilo ^^^^^V de leur donner une application immédiate. U o^^^ ^X évident que, dans sa pensée, son Mémoire deva^^J^^c. être mis sous les yeux du pape et du sai^ré colliïjje ^^^ \® dans le cas où le cardinal Pallavicini produirait le^ ^t-

sien, et ce qui le prouve, ce sont les termes resper-^ ^ ^ J\\ tueus et mfime fort élogieux qu'il emploie lorsqu'il* -ir^t vient à parler d'Alexandre VII. Retz n'a jamais rien *^ ^i écrit de plus évident, de plus lumineux. Nous ver- "^ rons bientôt avec quelle admiration Louis XIV el Lionne lurent ce mémoire si remarquable et avec quel empressement et de quelle maniiire ils récompensèrent de ses services ce diplomate accompli qui, dans la discussion des afTaires les plus difliciles, ne < perdait jamais les qualités d'un j;;rand écrivain.

Analyser ce mémoire serait une profanation. A tous les points de vue, et pour le fond et pour la-i forme, il est digne d'êti-cmis en entier sous les yeuîca^: -i du lecteur'.

' Alin d'en readre la teclurc loul n faïi l'acila &*ODs rejeté «□ noies les cïtationB latines du canlinol eo Ui plajaal dana le leiU par leur iraduolion en lettres italiquM.

'. RËfORME nu COLLÈGE nts caruihaux. 401

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