‹ Le Cardinal de Retz et ses missions diplomatiques à RomeChapitre 27 sur 41 · MEMOIRE SUR LA PROMOTION · texte numérisé non relu

MEMOIRE SUR LA PROMOTION

l'Ail LE CAHbtNAL liE RETZ

*« Le coBcile de Trente déclare si positivomeot *ï**« le sacré collège doit être composé de loules les ^tioiis, quo ce serait manquer de respect au\ cqn- ^*^o» infaillibles de l'Eglise que de chercher des ^*"«*i%-es de celte vérité ailleurs que dans leurs décidions.

«■ Que le sotirerain Pontife c/ioisisse parmi toutes ^■^ nations, et, autant que faire se pourra, ceux qu'il ■'•*^*rfl les plus riipables'. »

Celte proposition est fondée sur la raison qui veut ^ 'Ue toutes les nations du christianisme entrent **^iQ3 an corps qui élit, par un droit universellement *~^5çu dans l'Église, le chef spirituel de loules ces ^-^•aLions, et d'où ce même chef est, pour l'ordinaire, **"é par une coutume qui, depuis plusieurs siècles, **- «at guère moins établie.

Xa conduite des plus grands papos a répondu fort ^*^s.tement à la décision et à la raison; ot, pour ne Ij**inl chercher des lumières dans des temps dont ^l.<iignemenl no peut être sans obscurité, je me

'^''^•alenlenii do remarquer ici qui

Areliite* do minûitr* de* affairée êtrangirei. Rome, Hplcm- * 1«*, T. XXVIJ de la Correipondanet de Lianat.

Quoi uactiMimu* romsau» jiontifei «t umnîbiu chrialianiUUis *ÀutubD«, quanliiiD eomiDode Scrî polcrît. prout idoneot repéra»' -> UMiiii«t. (Cond/ii Triil*ntini leaiio XXIV, up. 1.)

402 LE CARDIKAL DE KETZ.

Martin Y a fait dix cardinaux nationaux S q qu'il n'en ait créé en tout que dix-huit dans le c de son pontificat;

Eugène IV, treize sur vingt-sept;

Nicolas V, neuf sur douze ;

Calixto III, cinq de neuf ;

Pie II, cinq de quatorze ;

Paul II, quatre sur onze;

Sixte ly, onze sur trente-quatre ;

Innocent YIII, deux de huit ;

Alexandre YI, vingt-neuf sur quarante-trois ;

Jules II, neuf sur vingt-sept ;

Léon X, dix de quarante-deux ;

Adrian YI, un seul qui était national;

Clément VII, dix-sept sur trente-trois;

Paul III, vingt-six sur soixante et onze ;

Jules III, deux sur vingt ;

Paul rV, cinq sur dix-neuf;

Pie IV, sept sur quarante-cinq ;

Pie V, six sur vingt et un ;

Grégoire XIII, seize sur trente-quatre ;

Sixte V, sept sur trente-deux; sur quoi il es remarquer qu'il trouva beaucoup de nationaux core vivants lorsqu'il fut élevé au pontificat.

Deux circonstances méritent d'être observées cet endroit : La première, qu'il y a peu de ces po» tificats où le nombre des nationaux n'ait excédé la troisième ou la quatrième partie du collège, seconde, que l'Eglise et les princes n'ont pas la

* Le cardinal de Retz entond par là des cardinaux choisi? les diverses nations de la chrétienlc.

rai.

} CDLLteli DES CABOINAOX. iU3

faire do {^aiides plaintes dos promolioDs mêmes '^^i ce nombre a été observé.

Oui ne sait, par exemple, le bruit qui s'éleva sur

^^tl« matière sous Pie II, parce qu'il n'avait promu

■^V-ie cinq nationaux, de quatorze cardinaux qu'il

^■"^^ait créés? Qui iguore la mauvaise satisfaction que

*-**Us les rois liront paraître do lu conduite de

^— éon X sur le m(îme sujet? Qui n'a point lu ce qui

^^^2 jiasstt, au temps du concile de Treute, touchant

l«3 xnème point, à l'égard de Jules III et de Pie IV?

ï>~«3fi il s'ensuit clairement que les papes, qui se sont

l^ moins éloignés des règles de la juste proportion,

«1 ui est ordonnée par les conciles et par la discipline

«&o VËglise, en ont toujours re^u des éloges, et que

o^ux d'entre eux qui no les out pas observées ue su

sont jamais attiré que dos reproches. Ce quinyant

<il6 Irfes-judicieu sèment remarqué par Sixte V, obH-

(çea ce grand pape d'en renouveler la mémoire à ses

successeurs d'une manière qui leur fit connaître

^u'iU ne pourraient jamais se dispenser de cette

^ple inviolable sans contrevenir expressément aux

occrets du concile do Trente. Voici les tenues de sa

"Ullo : CI Afin i/uf les cardinaux puissent uiiientcnt

"*"<« asmtrr dam l'administration de t Église tmiver-

**"•?, ft en tout temps, et pour git'ih puissent donner

P''omptement et fidèlement, suivant C opportunité des

"/foires (fui peuvent surgir, des re)iseignemenls cer-

j"^ ïlir tous le^ royaumes, sur toutes les provinces

^ 'a chrétienté, sur leurs mœurs, sur leurs intérêts

^His affaires, nous, souverain Pontife, adhérant

*iécrct du concile de Trente, ïmjws staluoiia gue

■£tB cardinaux seront choisis parmi toutes tes na-

iO^ Le CAHUtKAL Dl! RICTZ.

tiotu, autant que faire se pourrai » Et r« méma pape, en doDoitot la raison pour laquelle il fixe le nombre des cardinaux à seplanle-deux, s'cxpli<]ue ainsi : « C'est ufm, dit-il, que, conformément au décret du concile général de Trente, toutes les nations de la chrétienté soient représentées*. »

Oui est l'homme de bon sens qui n'infère, par ' une conséquence infaillible de celle clause, quCy selon la pensée de Sixte, il serait à propos de res- i Ireindre ce nombre, si l'on n'y observait avec e\aclitude k juste proportion qui est due aux nations?

Tavoue que les successeurs de ce grand pape n'ont pas suivi ses sentiments et ses maximes aussi exactement qu'il aurait été & souhaiter, mais on ne peut nier qu'ils n'aient toutefois observé, dans une infiuité de rencontres, une partie des égards auxquels ils étaient obligés, et la déférence qu'ils ont eue pour les couronnes mômes, dans les occasions où elles leur ont donné des personnes peu agréables, en est un témoignage convaincant. Le pape Urbain VIII, ayant peine à se résoudre à donner le chapeau à l'abbé PeiTctti et à M«' Mazarin, dont l'un était nommé par ia France et l'autre par l'Espagne, parce qu'il était persuadé qu'on ne les lui

' " Ul autem ipsi cnrdinales in regimina univeraalis eecleaùR, nobU, et pro lempore eiialcnli, roumno ponliâci utililer asiûtcre TBleant, ac île ommbua chrialianorum regaonuo, provinciammqne, moribui, rébus et Degotiis prompte el fideJiter certa ab eit notiiû pro remm emergeotiua opparlUDÎtate hnbeatur, predicti Concilii TrideDtiai decreto inbicrentes, atatuimua ut et omnibus ohriatianilaiis nalionibUE, quantum commode lleri poterit,

* <i Ut juxta generalis Concilii Tridentioi decretum cbristiioiiAtia oationum ratio hnbfatur. ■•

ri.lN DE BÉFORMR DU COLLÈGE DES CARDINAUX. 40S

ivail proposés qufi pour choquer son iDclination,

ïui ne leur était pas favorable, pril le parti de dif-

/i^rer la promotion tout pnUi>re. et il aima mieux la

suspendro neuf ans entiers que de remplir les places

^'acantes sans donner au\ couronnes la satisfaction

«ïti'eUes souhaitaient et qu'il leur accorda à la fin.

Et If, pape Innocent X, quoique fort aigri du refus

^«Je l'Espagne faisait do nommer au chapeau qu'il

' ■-* i offrait pour lui dounor satisFaction à l'égard de

*^*»lui quel» France avaitobtcnu pour le cardinal de

^«»i nie-Cécile ', ne laissa pas d'avoir la considération

t*<»ur le roi catholique do lui confcrer une place va-

•^•^nle dans la promotion de 1647.

Nous croirions manquer au respect que nous do- ^^^ns à la prudence et à la piété du pape, si nous ** étions persuadés que la dernière réserve qu'il a ■^■ilc iii petlo des quatre chapeau.\ n'est qu'un effet ^^ la mémo considération, ou plutôt de la même J ■Jstice, qu'il veut rendre aux couronnes, à laquelle * * txe 80 peut qu'il ne se croio encore plus obligé que "•■^^ prédécesseurs par trois raisons que nous dédut- ^"^^Kïs ici en peu de lignes :

"•• Il n'y a peut-être jamais eu d'affaires plus im- **** «lames, ni pour le spirituel, ni pour le temporel, ^t ■■« celles que notre siècle nous a fait voir, et il n'y ?■ «^prtaioement jamais eu de siècle où les affaires *** portantes aient été moins communiquées au sa- *^*"^ collège, et particulièrement aux cardinaux uatio- ^^U5, dont la fonction pourtimt n'est, selon la bullo '^^ Sixte V, que « ifassisler /e soweraiii ponlifr pour

Uichel Muaria. le Trire du curiJin»! Juipt UainHii.

rédairer pomptemcnl et fidèJement, selon Vopporlimité des affaires qui surgissent, sur les mœurs, ks intérêts et les araires de tous les royaumes et de toutes les provinces de la chrétienté'. »

N'esUl donc pas de grande conséquence au pape de faire connaitro à toute la lerrc l'amour el le zèle qu'il a pour le rétablissement de l'ordre, en Faisant uno promotion qui efface, en quelque façon, les soupçons, que le peu de part qu'il a donné jusquea î<-i des affaires de l'Église auConsisloire, a pu faire naître dans les esprits?

2° Il n'y a que quatre nationaux présentement dans tout le monde, dont l'un, qui est le (ordinal d'Aragon, est attaché h la résidence de Tolède, l'autre, qui est le cardinal de Harach, est obligé à celle de Prague ; il n'y a personne qui ne sache que le cardinal de Relz est forcé, par l'incommodité qu'il a aux yeux, de s'éloigner de l'air de Rome, de sorte «^»-^ —

qu'il n'y reste que lo cardinal do liesse pour in -^c::^

former le pape des qualités el des besoins de toutes .^s > ' » les nations différentes de la chrétienté. Joigneï à-^fc -^ ces circonstances que Sa Sainteté n'a fait, en douze ^^ ^^B ans de pontifical, que trois nationaux de vingt et-* *^-*" six cardinaux qu'elle a créés, et vous avouerez qu'il-t*- -*

n'y a peut-être jamais eu de pape qui ait eu des rai -^c-*

sons si pressantes de faire une promotion pour les -^^ ^^ couronnes.

3° S'il y balançait dans la conjoncture présente, .^ *— ^ dans laquelle il n'y a personne qui ne convienne ^ï^-*^

que les intérêts de l'Église demandent, par une in-- *-^*

Tmilé de raisons, que l'on satisfasse les princes,. queUes considérations pourrait-Kin alléguer.

Xi -

PUM DE RËFOnUE DU COLLÈGE DES CARDINAUX. J07

I^lutAl de quel prétexte se pourrait-on couvrir pour jusUSer cette irrésolution? Quq répondrail-on aux C^omaina mêmes qui demanileraicnl pourquoi l'on observe religieusement de mettre dans la rôle, qui i»*ost qu'un tribunal de matières légales, quatre auditeurs nationaux, quoiqu'il n'y en ait que douze ^n toot, et qui s'étonneraient avec raison que de t-oul un collège, que l'on peut appeler le Sénat «chrétien, il n'y eût que la dix-huiliême partie qui fût nationale? Que répondrait-on à ces mêmes Roxxuûns, qui voient, à toutes les promotions, passer de la Cornera au Consistoire doux ou trois officiers d'un corps dont les charges sont vénales, et qui n'esi eoraposé que de quatorze personnes ? Que répondroit-un aux réllexlons que ces spéculatifs pourraient faire sur la priSférent^e qu'il semble que l'on donne k ces sortes de gens au préjudice de tant de grands évèques, illustres par leur naissance, recomi^nandables par leur savoir, fameux par leur sain- ^M, et dont la réputation, présente h. nos yeus, "'Ppelle la mémoire de Thomas de Villeneuve et de ■^•"ançois de Sales, à la canonisation desquels il n'y * point de cardinal qui puisse penser sans avoir du '^Çrot que ces grands hommes n'aient pas sanctifié ^ pourpre dans le cours do leur vie? Que répon- "■"fUt-ou à ceux qui remarqueraient que les villes ^^ tienne et de Gènes ont chacuue plus de cardinaux 9U© tout le reste des nations chrétiennes? Et n'est-il I*** vrai que Sa Sainteté a grand intérêt de faire *^«»iialtre à toute la terre que celte préférence, si ****t-oJ)l© et si sensible, do deus villes assez médiocres, '^ ^st ni la suite de rattachement à la cl^air et au

par le dessein de réduire loulcs les forces du davo à. la seule faction des Chigi, et de faire f veur d'une seule famille une espèce de juspal du vicariat de Jésus-Christ ?

Nous ne pouvons douter par ces raisons c réserve in petto ne rogardo les nations dans T et dans le dessein du grand ^Vlexandre ; mais, ce il se trouve des gens en cotte cour qui alTecle 80 persuader le contraire, et qui mf^me, pai complaisance lâche et servile, essayent d'ini à ses proches qu'ils se doivent servir de que subtilités basses et indignes pour obliger le p réserver encore ces quatre chapeaux à leurs ai il leurs créatures, nous estimons qu'il n'est pa à propos d'éclaircir CCS nuages et de porter le beau de la vérité sur le point le plus emhr mais, à mon sens, le plus certain de la questio

Ces fauv théologiens soutiennent que. si l'i lion du pape a été, comme ils le publient, do des sujets qui ne fussent pas nationaux, lor les a réservés in petto, il ne peut en cunsc changer de résolution, et nous soutenons au traire que lo pape no peut avoir eu cette pen» que, quand même ii l'auriûl euo, il serait AJ

PLAS DK RËFOBKF. DU COLLÈGE DES CAHDIBAUX. ^09

Sainteté, que de croire que, dans une conjoncture ob U promotion pour les couronnes est si nécessaire, etofii] est sijmportant à t'Lglîse de ménager les esprits des rois, elle ait voulu préférer rétablissement do quelques particuliers à la satisfact>ioQ des sQccesseurs des Pépin, des Charles el des Otfaoo; ces grands monarques s'éluient sufflsamxzieDt expliqués; la France avait fait témoigner au pape plus d'une fois qu'elle considérait le duc de Mercœur comme nommé, bien qu'elle ne l'eût d'aixird que recommandé. D. Pedro d'Aragon offrit & Sa Sainteté d'ouvrir en sa présence son paquet, <iuî portait la nomination du duc de Moolalto, et lui ne sait que l'empire s'était déclaré en faveur de ' archevêque de Salzbourg? Ces trois sujets auraient apparemment soutenu la gloire de la pourpre avec *MiUint d'éclat que quelques-uns de ceux qui ont été honorés du chapeau dans la dernière promotion.

ï" La disposition du concile de Trente est si con-

^'vire à la maxime qui veut que le pape ne puisse

*^"»a.nger ceux qu'il a une fois réser\'és in petto, que

J** ne conçois pas comme on a le front de la dé-

'^ttdre. Ce concile (au chapitre i", sess. 24, De re-

'^^*-*natione) ordonne expressément que l'on fasse

^'■e recherche trts-exacte des qualités, des mœurs

**■ de toutes les circonstances qui regardent les

^^^^ques qui doivent être créés par le pape, Il prcs-

•'^l. qu'ils soient préconisés par un consistoire et

****il9 soient proposés dans un autre, afin que le

**llége puisse délibérer plus mûrementet porter ses

^''î.s mieux digérés ù Sa Sainteté, et il ajoute ensuite

^* propres paroles : u Et totitps ces dispositions qui

ont été établies à l'égard des évêques qui noiit imlm "* tués, etc., ont été aussi exigées dans la création d^^^ cardinaux de la sainte Eglise romaine^. » D'où smlinfailliblemunlque, puisque le synodo requior pour lit création des évëques, l'examen et le co' seil du sacré collège, il l'exige de même pour création des cardinaux. Ce que nous justilions p quatrf

1" Le concile déclare lai-mème, par les paro^K^ suivantes que l'on Irouve au lieu que nous avi^»> vis déjà cité : " Enfin, le Saint Synode, ému de tmtt *aîf graves préjudices causés ei f Église, ne peut pas ^^e pas rappeler que riejt n'est plus nécessaire à fÉg^'^^e de Dieu que de voir le Souverain Pontife, qui t^^^** toute sa sollicitude et tous ses soins à cette Église, ^4H employer surtout dans le choix des cardinaux*^ fl Quelle apparence que le concile n'ait pas prête» d*^ que le consentement du sacré collège intervieno^ ^ un choix qui ne regarde que ses membres l't qui

d'ailleurs si important à l'hglisc do Dieu, qu* synode général déclare même qu'il n'y a riun * lui soit plus nécessaire, et cette première raison < truilplus que suffisamment la subtilité frivole a*^ laquelle on voudrait éluder la iorce du mot eadi

a.mn

et sio^i qute de epiicoporum p BUDt, (Icoerait «ftdem etiam i

a;nodua,iot graricùmis «ceUtia

I u Kadeta tiulem omni cicndorum, etc., canatitu tione S. R. B. cardianliui

> • PoBtrentD eodem ui commodii conitwta, non poteii non conunemomra, nibil u Mclealn Dei e«ie neoeasBriiun qunro u( s&nctiMÎmus ronikiin* j lifax, qnitm solHcitudJnem univerue eccleii» nuiterii *u) o ^ dalkel, eun poUuimnin impeudat ut l«eli«>iraos tanluni uht a nale* adscitcat, etc. > iCoHàlii Tridtnt. fs*\a XXIV, cap. 1-1

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