‹ Le Cardinal de RichelieuChapitre 113 sur 203 · M, de Sourdis · texte numérisé non relu

M, de Sourdis

chaient sa personne; 18 mulets, avec 6 charrettes à 4 chevaux chacune pour mener son bagage ; un fourgon et 6 chevaux de somme pour les ustensiles de la cuisine et de l'office. Il y avait à l'office 3 chefs, avec 6 garçons, et à la cuisine aussi 3 chefs et 12 garçons, qui avaient chacun leurs emplois.

Sa musique le suivait partout, et était composée des plus rares personnes de cette profession qui fussent en France, tant pour les instruments que pour les voix, au nombre de douze, auxquels on fournissait les chevaux qu'il fallait pour les voyages, où ils étaient aussi défrayés.

Mais il n'y avait rien, sans doute, qui rendît son train plus majestueux et plus auguste que le grand nombre de gardes et de personnes armées pour sa défense.

Le Roi lui permit presque d'abord, ou au moins incontinent après la conspiration de Chalais, 100 gardes à cheval, commandés par un capitaine, un lieutenant, un enseigne, deux maréchaux des logis et quatre brigadiers, — auxquels furent ajoutés, en l'année 1632, 200 mousquetaires à pied, commandés pareillement par un capitaine, un lieutenant, un enseigne, quatre sergents et d'autres bons officiers que le Roi choisit lui-même dans son régiment des gardes. Et la crainte de perdre un si grand ministre croissant tous les jours de plus en plus, S. M. lui ordonna encore depuis d'avoir auprès de lui pour sa conservation une compagnie de gendarmes et une de chevau-légers, de six-vingt (120) maîtres chacune, avec les officiers ordinaires, qui étaient des plus qualifiés et des plus braves du royaume.

Lesquels gardes à cheval et à pied étaient payés tous les mois par son argentier ordinaire et employés sur la dépense de sa maison. Ceux même à cheval, qui étaient en garde au nombre de soixante, étaient nourris et avaient leurs tables servies par des gens préposés pour cela dans leur salle des Gardes.

Et enfin, n'y ayant rien où la magnificence se remarque mieux que dans les bâtiments, il a aussi été touché de

cette passion louable, qu'on a toujours considérée comme un moyen fort propre pour rendre les personnes célèbres, et qui grave effectivement leur mémoire et leur nom sur la pierre et sur le marbre.

Son hôtel de Paris, maintenant le Palais-Cardinal, passe dans le sentiment d'un chacun pour l'un des plus beaux et plus superbes bâtiments qu'il y ait. Et ce qui est plus considérable, est qu'il soit si achevé, nonobstant la contrainte du lieu auquel il s'est assujetti, ayant voulu bâtir sur l'ancien fond, et orner ou agrandir seulement l'hôtel paternel où il avait pris naissance. Il lui a fallu, pour cet effet, abattre les remparts et reculer les anciens murs de la ville qui le bornaient, et a changé effectivement l'un des plus vilains quartiers en l'un des plus beaux et des plus magnifiques.

Le bâtiment de Richelieu est encore très magnifique, et la seule basse-cour pourrait faire honte à quantité de belles maisons que l'on estime. Il a fait accompagner le château d'une nouvelle ville, dont les singuliers édifices et les grandes immunités la font beaucoup considérer, nonobstant sa situation assez désavantageuse et ingrate. Et ce qui semble digne de remarque, est qu'il ne s'est jamais soucié de le voir, et qu'étant un jour vivement sollicité d'y aller, et d'avoir autant de curiosité que les étrangers, que la passion de voir cette merveille faisait sortir de leur pays, il s'en excusa et dit que quand même il ne serait qu'à dix lieues de Richelieu, et que les affaires du Roi l'appelassent ailleurs, il n'aurait pas la moindre tentation d'y aller.

Mais de tous ses bâtiments, celui de Sorbonne mérite sans doute plus d'admiration et de louange, et doit infailliblement être considéré pour le chef-d'œuvre de sa magnificence, non moins que de sa piété ou de son zèle pour la religion. Aussi est-ce celui pour lequel il a témoigné plus de passion et qu'il a honoré des dernières preuves d'affection et de bienveillance, par le choix qu'il y a fait de sa sépulture.

Page 1