Edition de 1755, t. I, p
2. M. de Montchal dit, dans ses Mémoires : « L'évèque de Chartres y avait paru rangeant les chaises, donnant les places aux dames, et s'était enfin présenté sur le théâtre à la tête de
bal, quand la Reine y eut pris place sur le haut dais. Son Émineuce, un pas derrière elle, avait un manteau long, de tafetas couleur de feu, sur une si marre de petite étoffe noire, ayant le collet et le rebord d'en bas fourré d'hermine. Le Roi se retira aussitôt que la comédie fut finie.
Un autre témoin, l'abbé Arnauld, dit dans ses Mémoires : « Il est facile déjuger si l'ouvrage d'un premier ministre, représenté dans son palais, sous ses yeux, au milieu de tous les courtisans, dut avoir du succès. Au bruit des applaudissements qui retentissaient dans la salle, Richelieu, plein de joie, s'agitait, se levait, s'avançait en dehors de sa loge pour se montrer à l'assemblée ».
« Richelieu, dit aussi Pellisson, témoigna des tendresses de père pour cette pièce.... J'ai ouï dire que les applaudissements que l'on donnait à Mirante, ou plutôt à celui que l'on savait qui y prenait beaucoup d'intérêt, transportaient le Cardinal hors de lui-même : que tantôt il se levait et se tirait à moitié le corps hors de sa loge pour se montrer à l'assemblée, tantôt il imposait silence pour faire entendre des endroits encore plus beaux ».
Mirante, selon les frères Parfait, n'est plus des Cinq- Auteurs, mais de Desmarets1. On prétend que le Gar-
vingt-quatre pages qui portaient la collation, lui étant vêtu de velours, eu habit court, disant à ses amis qui trouvaient à redire à cette action, qu'il faisait toutes sortes de métiers pour vivre. 1. Desmarets, seigneur de Saint-Sorlin, mort en 1676, membre de l'Académie, contrôleur général de l'extraordinaire des guerres, secrétaire général de la marine du Levant, auteur de nombreux ouvrages (Voir Kerviler, brochure sur Desmarets, 1879, chez Dumoulin).
dinal prit une part importante à la composition de cette pièce, qui est médiocre, bien qu'on y trouve çà et là quelques beaux vers.
« Mirame, fille du roi de Bithynie, aime Arimant. Ce dernier, qui commande la flotte du roi de Colchos, forme l'audacieux dessein d'obtenir la princesse par la voie des armes. Il succombe et est fait prisonnier. Réduit au désespoir, il ordonne à un esclave de lui passer son épée au travers du corps. Mirame, apprenant cet accident, se résout à suivre son amant au tombeau : elle feint cependant de consentir à l'hymen d' Azamor, roi de Phrygie, h qui son père la destine, et engage secrètement Almire, sa confidente, à lui trouver du poison qu'elle prend. Le roi, qui ignore ce malheur, félicite Azamor sur l'heureux changement de Mirame. On vient annoncer que cette princesse n'est plus. Almire ne laisse pas le temps à ces deux princes d'étaler leurs regrets, elle leur apprend que Mirame n'est qu'endormie. Pour surcroît de bonheur, Arimant, qui n'a reçu de l'esclave qu'une légère blessure, est reconnu frère du roi de Phrygie et déclaré héritier de celui de Colchos. Azamor et le roi de Bithynie achèvent son bonheur en consentant à son mariage avec Mirame » .
Quelques-uns ont cru que Richelieu faisait allusion, à l'aide de Mirame, à l'amour de la Reine pour Buckingham.
Je nie sens criminelle, aimant un étranger Qui met, pour mon amour, cet État en danger.
Arimant, dans cette hypothèse, représenterait Buckin-
gham, et Mirame, Anne d'Autriche. Mais la ressemblance n'existe que dans ce simple fait, et qui peut croire un instant que Richelieu aurait pu avoir la pensée d'insulter la Reine en public, et devant le Roi?
Un des premiers qui ait jeté cette accusation contre le Cardinal est l'archevêque de Toulouse, M. de Montchal, adversaire déclaré de Richelieu. Il n'hésite pas à dire dans ses Mémoires' :
« Peu de jours auparavant, on avait joué la grande comédie de Y Histoire de Buckingham,et dansé le célèbre ballet au Palais-Cardinal, auxquels les prélats2 furent invités, et quelques-uns s'y trouvèrent. L'appareil en fut si magnifique qu'on l'estima des sommes immenses, et il fut dit que le Cardinal, ayant voulu que les prélats y fussent invités par les agents, entendait qu'elle fût jouée aux dépens du clergé ».
M. de Montchal n'y va pas de main morte : l'histoire de Buckingham ! Il faut convenir que, sous prétexte d'accuser Richelieu de manquer de respect à la Reine, on se montrait fort irrespectueux envers Anne d'Autriche, et que M. de Montchal était bien maladroit de réveiller de vieux souvenirs, alors oubliés, et surtout de les faire revivre d'une façon aussi brutale.
Le 7 février 1641, à propos du mariage de mademoiselle de Brézé, nièce du Cardinal, avec le duc d'Enghien, on dansa le ballet de la Prospérité des armes de