Le duc de Luynes
qui sont auprès de V. M., pour par après me mettre en votre disgrâce. Dès lors, par leurs artifices, divers bruits s'épandirenl que V. M. n'avait pas agréable que je fusse davantage près de la reine votre mère ; ce qu'ayant entendu je la suppliai de me permettre de faire un tour chez moi pour quelques jours, afin d'avoir lieu d'apprendre particulièrement votre volonté.
Depuis ce temps-là, Sire, j'ai vécu en ma maison, priant Dieu pour la prospérité de V. M., et recherchant parmi mes livres une occupation convenable à ma profession. On m'a toujours témoigné que la volonté de V. M. était que dedans quelque temps je retournasse près de la reine votre mère, même il lui a plu me mander qu'elle en était assurée de bonne part : sur cela, j'ai attendu l'honneur de vos commandements. Je croyais, Sire, qu'en me gouvernant de la façon, non seulement demeurerai-je exempt de blâme en la bouche de tout le monde, mais même que mes actions seraient approuvées de ceux qui me voudraient le moins de bien. N'ayant pas eu ce bonheur que je me promettais, je tâcherai de l'acquérir à si bien faire, que ceux qui me rendent de mauvais offices se ferment la bouche d'eux-mêmes. C'est, Sire, le but que je me propose, suppliant Dieu ne me point faire de miséricorde si j'ai jamais eu aucune pratique ni pensée contraire à votre service, et s'il y a chose au monde que j'aie en plus particulière recommandation que de vous donner sujet, par toutes mes actions, de me tenir de V. M., Sire, le plus obéissant et fidèle sujet et serviteur.
Malgré ses protestations de fidélité, on continuait d'accuser Richelieu de donner des conseils dangereux à Marie de Médicis et de recevoir chez lui de fréquentes visites qui attestaient la part secrète qu'il prenait encore aux affaires de la Reine-Mère, toujours en lutte contre son fils. Aussi, le 7 avril 1618, il recevait l'ordre de se retirer à Avignon , c'est-à-dire de quitter la
France, et de partir sans délai, « sans quoi il y aurait sujet d'y pourvoir par autre voie ».
En 1619, Marie de Médicis, internée àBiois, se sauva à Angoulêtne et rassembla une armée dont le commandement fut donné au duc d'Épernon. La guerre civile allait recommencer, quand le P. Joseph engagea Louis XIII et le duc de Luynes à rappeler d'Avignon Richelieu, et à le charger de réconcilier Marie de Médicis et son fils. L'évêque de Luçon fit faire la paix, mais elle dura à peine un an, et la guerre recommença. L'armée de la Reine vaincue aux Ponts-de-Cé (1620), Richelieu fit enfin conclure une paix durable (10 août), qui se fortifia par le mariage de la nièce de Richelieu1 avec le neveu du duc de Luynes, M. de Combalet \ En même temps, Louis XIII, satisfait des services de Richelieu, consentait à demander au pape Paul V le chapeau de cardinal pour le protégé de sa mère.
Le mariage de M. de Combalet fut célébré' (26 novembre) dans la chambre de la reine Anne d'Autriche; le contrat avait été signé dans le cabinet de la Reine- Mère, au Louvre; Marie de Médicis et le Roi avaient donné de très grosses sommes aux nouveaux mariés. L'accord semblait être établi solidement entre le Roi et sa mère, et entre leurs ministres, Luynes et Riche-
1. Marie-Madeleine de Vignerot, fille de M. du Pont-de-Courtay et d'une sœur de Richelieu. (Madame de Combalet devint en 1638 duchesse d'Aiguillon.) Elle fut nommée dame d'atours de Marie de Médicis en 1625.