Surintendant des financ
Au comte de Cramait*.
(Après le combat de Veillane.)
13 juillet 1630.
Moins de lignes que vous n'avez reçu de coups vous témoigneront la joie que j'ai que les ennemis aient donné plus de besogne à votre tailleur que d'emploi à votre chirurgien. Je prie Dieu qu'en pareilles rencontres vous ayez toujours plus à dépendre (dépenser) en étoffes qu'en onguents, et que, pour l'avantage du service du Roi et la gloire de ceux qui en ont tant acquis en cette occasion, il s'en trouve souvent de pareilles.
Au comte de Charost*.
(Mestre de camp du régiment de Picardie.)
13 juillet 1630.
Brave Charosl, l'honneur de ta race, ces trois mots te feront connaître l'estime qu'on fait de deçà les monts du courage qu'en ces dernières occasions tu as témoigné au champ de Mars, et te donneront lieu de faire savoir de ma part à la valeur de Rambures^ qu'il n'y a personne qui en fasse plus de cas que moi, ni qui désire plus vous témoigner à tous deux que je suis véritable esclave de votre vertu martiale.
1 . Le comte de Cramail ou de Carmaing se mit bientôt à cabaler avec les ennemis du Cardinal et fut. embastillé en 1631, après la journée des Dupes.
2. On devait la victoire de Veillane à rincouiparablr bravoure de M. de Charost et de son régiment.
3. Le régiment de Rambures et celui de Normandie s'étaient également battus avec le plus grand courage à Veillane.
Portrait du duc d'Enghien, en 1639.
(Le duc d'Enghien, le futur Grand Condé, est alors âgé de dix-huit ans. Le Cardinal, en écrivant au prince de Condé, lui fait de son fils le portrait suivant '.)
Je commencerai cette lettre par les bonnes qualités de M. le duc d'Enghien, qui sont telles que vous en devez demeurer content. Il a beaucoup d'esprit, de discrétion et de jugement. Il est crû de plus de deux doigts et croîtra encore, autant qu'on peut juger, de beaucoup. Le respect qu'il a pour vous parait en toutes ses actions. Je crois qu'il sera de votre prudence de lui choisir cet hiver un vieux gentilhomme bien expérimenté en la guerre2, et lui donner avec lui plus de liberté en sa conduite. Pour la campagne qui vient, ma pensée est que vous ne voudrez pas qu'il la passe sans la voir, et que vous devez lui permettre de la voir avec le plus vieux maréchal de France qui commande les armées du Roi, afin qu'il sache mieux l'instruire en ce que doit savoir un prince de sa qualité.
Les Mémoires du cardinal de Richelieu sont, avec sa correspondance, 1 1 source principale de l'histoire du règne de Louis XIII, bien qu'ils ne soient pas toujours d'une scrupuleuse exactitude et exempts de partialité. Ainsi, dans la première partie des Mémoires, intitulée Histoire de la Mère et du Fils, Richelieu est souvent et volontairement injuste envers le connétable de Luynes. Malgré tout, leur ensemble constitue une œuvre trop importante pour ne pas en parler avec détail.