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politique, parce qu'elle est faite pour servir après ma mort à la police et à la conduite de votre royaume, si V. M. l'en juge digne; parce qu'elle contiendra mes derniers désirs à cet égard, et qu'en vous la laissant, je consigne a V. M. tout ce que je lui puis léguer de meilleur quand il plaira à Dieu m'appeler de cette vie. Elle sera conçue en termes les plus courts et les plus nets qu'il me sera possible, tant pour suivre mon génie et ma façon d'écrire ordinaire, que pour m'accommoder à l'humeur de V. M. qui a toujours aimé qu'on vînt au point en peu de mots, et qui fait autant d'état de la substance des choses qu'Elle appréhende les longs discours dont la plupart des hommes se servent pour les exprimer.
Si mon ombre, qui paraîtra dans ces Mémoires, peut, après ma mort, contribuer quelque chose au règlement de ce grand État, au maniement duquel il vous a plu me donner plus de part que je n'en mérite, je m'estimerai extrêmement heureux. Pour parvenir à cetle fin, jugeant avec raison que le succès qu'il a plu à Dieu donner, par le passé, aux résolutions que V.M. a prises avec ses plus fidèles créatures, est un puissant motif pour la convier à suivre les avis que je lui veux donner pour l'avenir, je commencerai cet ouvrage en lui mettant devant les yeux un tableau raccourci de ses grandes actions passées, qui la comblent de gloire et peuvent être dites, à juste titre, le fondement solide de la félicité future de son royaume1....
Le Testament politique traite du clergé, des monastères et de l'obéissance que l'on doit au Pape, des lettres et de l'enseignement, auxquels il assigne une des premières places, de la noblesse, des moyens d'arrêter les duels, du Tiers-Etat, de la justice et de ses désordres, des officiers des finances, du peuple, de l'État,
1. C'est la Succincte Narration des grandes actions du Roi, dont nous avons donné un extrait, p. :!7.
dont la raison doit être la seule règle, du Roi, de sa Maison, de ses conseillers. Viennent ensuite des chapitres consacrés à la politique proprement dite, aux frontières, à l'armée , à la marine , au commerce , à l'économie politique. Toutes les questions politiques, administratives et militaires sont abordées et résolues, au point de vue de la monarchie absolue, raisonnable et honnête, avec une hauteur et une sûreté de jugement qui étonnent par ce temps de bavardage des politiciens.
La première édition du Testament politique parut en 1688. Foncemagne en a donné une excellente en 1764, dans laquelle il réfuta l'opinion que Voltaire avait émise sur l'authenticité du Testament politique. Voltaire soutenait que ce livre n'était pas l'œuvre du Cardinal : Foncemagne prouva qu'il était son ouvrage, et l'opinion de Foncemagne a passé à l'état de certitude absolue depuis que M. Gabriel Hanoteau a publié1 les Maximes d'État et fragments politiques du cardinal de Richelieu 2.
La collection des Lettres, instructions et papiers d'État du cardinal de Richelieu, publiée par M. AveneP, est aussi à mentionner comme l'une des œuvres principales du grand ministre. On le trouve encore là tout entier : politique, diplomate, administrateur, organisa-
1. Dans la Collection des documents inédits sur l'histoire de France.
2. Voir aussi les articles du même auteur dans le Journal des Savants, juillet, août, septembre 1879.