‹ Le Cardinal de RichelieuChapitre 183 sur 203 · Gazette, \h octobre · texte numérisé non relu

Gazette, \h octobre

est d'une grande élévation et atteste combien le Cardinal se faisait une idée juste de l'importance d'une école militaire. Il voulait former dans son Académie un certain nombre de jeunes gentilshommes parfaitement instruits et capables d'être à la fois de bons généraux et d'habiles diplomates, comme l'avait été M. de Guron. Il déclare « qu'ayant fait réflexion sur une chose de grande considération: que les armes et les lettres étant germaines et comme inséparables, toutes deux également requises à l'établissement et confirmation (affermissement) des grands empires, les unes pour régir et civiliser le dedans, les autres pour le défendre au dehors », il a créé une Académie royale pour élever de jeunes gentilshommes destinés à devenir officiers et leur donner l'instruction nécessaire.

Le programme des études, qui devaient durer deux ans, consistait à apprendre les mathématiques et les fortifications, les principes de la logique, de la physique, de la métaphysique et de la morale, le tout en langage français et non en latin, qui était encore la langue de l'enseignement, la carte géographique, des notions générales sur l'histoire universelle, et tout au long l'histoire romaine et l'histoire française, enfin Téquitation et l'escrime. Les élèves devaient, au sortir de l'Académie, servir deux ans dans les régiments des Gardes du Roi, ou sur ses vaisseaux, pour compléter leur instruction1.

En 1640, Richelieu obtint de Louis XIII des lettres

{. Mercure françois, XXI, 278. — Aubery.

patentes portant création, dans la nouvelle ville de Richelieu, d'une Académie et d'un Collège royal en faveur de la noblesse française et étrangère. Le Collège était établi pour y enseigner notre langue par règles ; les sciences devaient aussi, comme à l'Académie militaire, être enseignées eh français, ce qui ne se faisait pas encore, malgré les essais tentés par Louis XI, François Ier et le chancelier Michel de l'Hôpital. On y enseignait aussi les langues grecque et latine, les exercices des armes et autres propres à la noblesse1.

Les idées du Cardinal, en matière d'enseignement, sont assez d'accord avec celles des meilleurs esprits d'aujourd'hui. Les lettres, pensait-il2, ne doivent pas être enseignées à tout le monde : l'étude des lettres ferait grand tort au commerce, à l'agriculture, au recrutement des soldats, et remplirait la France de chicaneurs. Il faut dans un Etat plus de maîtres es arts mécaniques que de maîtres es arts libéraux pour enseigner les lettres. Il n'y a besoin que de quatre à cinq collèges littéraires dans Paris et deux dans chaque ville archiépiscopale.

En effet, l'enseignement des lettres est un enseignement aristocratique, qui ne s'adresse qu'à la partie de la jeunesse destinée à recruter certaines professions et certaines fonctions. N'y a-t-il pas trop de bacheliers aujourd'hui, trop de chicaneurs et de politiciens?

Richelieu trouvait qu'il y avait trop de collèges litté-

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