PREMIÈREMENT
Je supplie sa divine bonté de n'entrer point en jugement avec moi et de me pardonner mes fautes par Fap-
on avait fait, à la prière du Roi, des services particuliers dans toutes les paroisses de Paris. — Voir aussi sur les funérailles du Cardinal l'Histoire de l'Université de Paris, par Jourdain, dont le récit est tiré d'un manuscrit appartenant au Ministère de l'instruction publique.
plication du précieux sang de J.-G. son fils, mort en croix pour la rédemption des hommes; par l'intercession de la sainte Vierge, sa mère, et de tous les saints, qui après avoir vécu en l'Église Catholique, Apostolique et Romaine, en laquelle seule on peut faire son salut, sont maintenant glorieux en paradis.
Lorsque mon âme sera séparée de mon corps, je désire et ordonne qu'il soit enterré dans la nouvelle église de la Sorbonne de Paris, laissant aux exécuteurs de mon testament, ci-après nommés, de faire mon enterrement et funérailles ainsi qu'ils l'estimeront plus à propos.
Je veux et ordonne que tout l'or et l'argent monnayé que je laisserai lors de mon décès, en quelque lieu qu'il puisse être, soit mis es mains de madame la duchesse d'Aiguillon, ma nièce, et de M. de Noyers, conseiller du Roi, en son Conseil d'État, secrétaire de ses commandements; fors et excepté la somme de 1,500,000 livres, que j'entends et veux être mise entre les mains de Sa Majesté incontinent après mon décès, ainsi que je l'ordonnerai ci-après.
Je prie madame la duchesse d'Aiguillon, ma nièce, et M. de Noyers, aussitôt après mon décès, de payer et acquitter mes dettes, si aucunes se trouvent lors, des deniers que j'ordonne ci-dessus être mis entre leurs mains, et mes dettes payées, sur les sommes qui resteront, faire des œuvres de piété utiles au public, ainsi que je leur ai fait entendre, et à M. Lescot, nommé par S. M. à l'évêché de Chartres, mon confesseur, déclarant que je ne veux qu'ils rendent aucun compte
à mes héritiers, ni autres, des sommes qui leur auront été mises entre les mains et dont ils auront disposé.
Je déclare que, par contrat du 6 juin 1636, j'ai donné à la Couronne mon grand hôtel que j'ai bâti sous le nom du Palais-Cardinal, ma chapelle d'or enrichie de diamants1, mon grand buffet d'argent ciselé et un grand diamant que j'ai acheté de Lopez. Toutes lesquelles choses le Roi a eu agréable, par sa bonté, d'accepter, à ma très humble et très instante supplication, que je lui fais encore par ce présent testament, d'ordonner que le contrat soit exécuté en tous ses points2.
Je supplie très humblement S. M. d'avoir agréable (sic) huit tentures de tapisseries et trois lits, que je prie madame la duchesse d'Aiguillon, ma nièce, et M. de Noyers de choisir entre mes meubles pour servir à une partie des ameublements des principaux appartements dudit Palais-Cardinal.
Comme aussi je la supplie d'agréer la donation que je lui fais en outre de l'hôtel qui est devant le Palais" Cardinal, lequel j'ai acquis de feu M. le commandeur
1. Le 25 mars 1633, le Cardinal fit présent au Roi de sa chapelle d'or. {Gazette de 1633, p. 136.)
2. La chapelle de diamants consistait en une grande croix d'or éinaillé, enrichie de diamants; plus une figure de saint Louis d'or enrichie de rubis et de quelques diamants ; plus un ciboire d'or, deux burettes d'or émaillé enrichis de rubis et de diamauts: plus une paix d'argent doré, enrichie de perles et de rubis; plus son grand buffet d'argent blanc ciselé, pesant 3,000 marcs (environ 750 kilogr.) ; et un grand diamant en forme de cœur, pesant 20 carats et plus, que le Cardinal avait acheté du sieur Lopez. {Donation de l'hôtel de Richelieu au Roi. in Adbbry, \i. G27.
de Sillery, pour, au lieu cTicelui, faire une place audevant dudifc Palais-Cardinal.
Je supplie aussi très humblement S. M. de trouver bon que l'on lui mette entre les mains la somme de 1,500,000 livres dont j'ai fait mention ci-dessus, de laquelle somme je puis dire avec vérité m'être servi très utilement aux plus grandes affaires de son Etat, en sorte que, si je n'eusse eu cet argent à ma disposition, quelques affaires qui ont bien succédé eussent apparemment mal réussi : ce qui me donne sujet d'oser supplier S. M. de destiner cette somme que je lui laisse, pour employer en diverses occasions qui ne peuvent souffrir la longueur des formes des finances.
Et pour le surplus de tous etchacuns mes biens présents et à venir, de quelque nature qu'ils soient, je veux et ordonne qu'ils soient partagés et divisés ainsi qu'il suit :
Je donne et lègue à Armand de Maillé, mon neveu et filleul, fils d'Urbain de Maillé, marquis de Brézé, maréchal de France, et de Nicole du Plessis, ma seconde sœur, et, en ce, je l'institue mon héritier pour tous les droits qu'il pourrait prétendre en toutes les terres et autres biens qui se trouveront en ma succession lors de mon décès, ce qui s'en suit.
Premièrement, je lui donne et lègue mon duché et pairie de Fronsac et Gaumont, y joint ensemble tout ce qui en dépend, et qui sera joint et en dépendra, lorsqu'il plaira à Dieu de disposer de moi.
Plus, je lui donne la terre et marquisat de Graville, ses appartenances et dépendances.
Item, je lui donne et lègue le comté de Beaufort en Vallée.
Item, je lui donne et lègue la terre et baronnie de Tresne, sise au pays d'Anjou, que j'ai acquise du marquis de Lezé, par contrat passé pardevant Parque et Guerreau, notaires au Châtelet de Paris.
Item,']e lui donne et lègue la somme de 300,000 livres qui est au château de Saumur, laquelle somme je veux et ordonne être employée en acquisition de terres nobles, en titre du moins de châtellenie, pour jouir par mondit neveu desdites terres aux conditions d'institution et substitution qui seront ci-après apposées en ce mien testament.
Item, je lui donne et lègue la ferme des Pois de Normandie, qui est présentement affermée à 50,000 livres par an ou environ.
Je veux et entends que mondit neveu Armand de Maillé laisse à M. le maréchal de Brézé, son père, la jouissance de ladite terre et baronnie de Tresne sa vie durant.
Je veux et entends que la décharge que j'ai ci-devant donnée audit sieur maréchal de Brézé, par acte passé pardevant Guerreau et Parque, notaires, le 30 août 1632, de tout ce qu'il me pourra devoir lors de mon décès, ait lieu et soit exécuté fidèlement, ne voulant pas que mondit neveu Armand de Maillé, fils dudit sieur Maréchal, ses frères et sœurs, et autres qui auront part en ma succession, puissent lui en rien de-
mander tant en principal qu'arrérages de rentes, et intérêts des sommes que j'ai payées aux créanciers de la maison de Brézé, dont j'ai les droits cédés, voulant seulement que les biens de la maison de Brézé demeurent affectés et hypothéqués au principal et arrérages desdites dettes, qui sont échues ou qui écherront ci-après, au profit des enfants dudit sieur maréchal de Brézé et de madite sœur, sa femme, et de leurs descendants, ainsi qu'il est déjà porté par le susdit acte, sans que ladite affectation et retenue d'hypothèque puisse empêcher ledit sieur maréchal de Brézé de jouir desdits biens sa vie durant.
Je donne et lègue à madame la duchesse d'Aiguillon, ma nièce, fille de défunt René de Vignerot et de dame Françoise du Plessis, ma sœur aînée, pour tous les droits qu'elle pourrait avoir et prétendre en ma succession, outre ce que je lui ai donné par son contrat de mariage, et, en ce, je l'institue mon héritière, savoir : la maison où elle loge à présent, vulgairement appelée le Petit-Luxembourg, sise au faubourg Saint-Germain, joignant le palais de la Reine mère du R.oi.
Item, ma maison et terre de Ruel, et tout le bien en fond de terre et droits sur le Roi que j'ai et aurai audit lieu lors de mon décès, tant de celui que j'avais il y a quelques années que de tout ce que j'ai acquis par échange de M. l'abbé et des religieux de Saint-Denis en France : à la charge, qu'après son décès madite maison de Ruel, avec ses appartenances et sesdits droits sur le Roi, reviendront à celui des enfants mâles de mon neveu du Pont-de-Courlay, qui sera mon héritier et
qui portera le nom et les armes de Richelieu, à la charge des institutions et substitutions qui seront ciaprès apposées, et quant à la maison, dite vulgairement le Petit-Luxembourg, elle appartiendra, après le décès de madite nièce, la duchesse d'Aiguillon, à celui qui sera duc de Fronsac, aux conditions d'institutions et substitutions qui seront ci-après apposées.
Item, je lui donne le domaine de Pontoise et autres droits que je pourrai avoir en ladite ville lors de mon décès.
Item, je lui donne la rente que j'ai à prendre sur les cinq grosses fermes de France, qui monte à 60,000 livres par an, ou environ, laquelle, après le décès de madite nièce, reviendra à mondit neveu du Pont-de-Courlay, ou à celui qui sera mon héritier, si ladite rente se trouve pour lors en nature : et en cas qu'elle ait été rachetée, les deniers en provenant ou rentes auxquelles ils auront été employés appartiendront à mondit neveu.
Item, je donne et lègue à madite nièce la duchesse d'Aiguillon, tous les cristaux, tableaux et autres pièces qui sont à présent, ou pourront être ci-après lors de mon décès, dans le cabinet principal de ladite maison dite vulgairement le Petit-Luxembourg, et qui y servent comme d'ornements, sans y comprendre l'argenterie du buffet, dont j'ai déjà disposé, qui y pourrait être lors de mon décès.
Je lui donne aussi toutes mes bagues et pierreries, à l'exception seulement de ce que j'ai laissé ci-dessus à la Couronne : ensemble un butîet d'argent vermeil, doré,
neuf, pesant 535 marcs, 4 gros', contenu en deux coffres faits exprès.
Je donne et lègue à François de Vignerot, sieur du Pont-de-Gourlay, mon neveu, et, en ce, l'institue mon héritier, savoir la somme de 200,000 livres, qui lui seront payées par l'ordre des exécuteurs de mon testament, à la charge qu'il les emploiera à l'acquisition d'une terre, pour en jouir sa vie durant, et, après son décès, appartenir à Armand de Vignerot, son fils aîné, ou à celui qui après lui sera duc de Richelieu, aux conditions d'institution et substitution ci-après déclarées.
Je donne et lègue audit Armand de Vignerot, et, en ce, je l'institue mon héritier, savoir: mon duché-pairie de Richelieu, ses appartenances et dépendances, avec toutes les terres que j'ai fait ou pourrai faire venir à icelui avant mon décès.
Item, je lui donne la terre et baronnie de Barbezieux, que j'ai acquise de M. et madame Vignier.
Item, je lui donne la terre et principauté de Mortagne, que j'ai acquise de M. de Loménie, secrétaire d'Etat.
Item, je lui donne et lègue la comlé de Cosnac, les baronnies de Goze, de Saugeon et d'Alvert.
Item, je lui donne et lègue la terre de la Ferté-Bernard, que j'ai acquise, par décret, de M. le duc de Villars.
1. L'ancienne livre était de 2 marcs. Le buffet pesait donc environ 140 kilogrammes.
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Item, je lui donne et lègue le domaine d'Hiers-en- Brouage, dont je jouis par engagement.
/tem, je lui donne et lègue l'hôtel de Richelieu, que j'ai ordonné et veux être bâti joignant le Palais-Cardinal, aux conditions d'institution et substitution qui seront ci-après déclarées.
Item, je lui donne et lègue ma tapisserie de l'histoire de Lucrèce, que j'ai achetée de M. le duc de Chevreuse, ensemble toutes les figures, statues, bustes, tableaux, cristaux, cabinets, tables et autres meubles qui sont à présent dans sept chambres de la conciergerie du Palais-Cardinal et dans la petite galerie qui en dépend, pour meubler et orner ledit hôtel de Richelieu lorsqu'il sera bâti, voulant et entendant que toutes les choses susdites demeurent perpétuellement attachées audit hôtel de Richelieu, comme appartenances et dépendances d'icelui.
Item, je lui donne et lègue, outre ce que dessus, tous mes autres biens tant meubles qu'immeubles, droits sur le Roi, ou de ses domaines, que je possède par engagement, et généralement tous les biens que j'aurai lors de mon décès, de quelque nature et qualité qu'ils puissent être, dont je n'aurai disposé par le présent testament; le tout aux conditions d'institution et substitution qui seront ci-après apposées.
Et, pour cet effet, je veux et ordonne qu'après mon décès, il soit fait un inventaire par mes exécuteurs testamentaires, ou par telles personnes qu'ils estimeront à propos, de tous mes meubles qui se trouveront tant en l'hôtel de Richelieu et Palais-Cardinal, qu'en ma
maison de Richelieu, dont celui qui sera duc de Richelieu se chargera.
Je veux et entends que tous les legs que j'ai ci-dessus faits audit Armand de Vignerot, mon petit-neveu, soient à la charge et condition expresse qu'il prendra le seul nom du Plessis de Richelieu, et que mondit neveu, ni ses descendants qui viendront à ma succession, en vertu de ce présent testament, ne pourront prendre et porter autre nom, ni écarteler les armes de la maison du Plessis de Richelieu, à peine de déchéance de l'institution et substitution que je fais en leur faveur.
Je veux et entends qu'Armand de Vignerot, ou celui de mes petits-neveux, enfants de François de Vignerot, mon neveu, qui viendra à ma succession en vertu de ce mien testament, donne, par chacun an, audit François de Vignerot, leur père, la somme de 30,000 livres sa vie durant, à prendre sur tous les biens que je leur ai ci-dessus légués : à la charge que ledit sieur François de Vignerot, sieur du Pont-de-Courlay, mon neveu, ne jouira desdites 30,000 livres de rente qu'aux termes et conditions ci-après déclarées, pour le temps que mes héritiers commenceront à jouir entièrement de mes biens, et que le paiement desdites 30,000 livres lui sera fait par l'ordre de ceux qui auront la direction desdits biens, en attendant que sondit fils soit majeur, ou par l'ordre de sondit fils lorsqu'il sera en âge.
Item, je donne et lègue audit Armand de Vignerot, mon petit-neveu, aux clauses et conditions des institutions et substitutions qui seront ci-après apposées, ma bibliothèque, non seulement en l'état en lequel elle est
à présent, mais en celui auquel elle sera lors de mon décès, déclarant que je veux qu'elle demeure au lieu <>ù j'ai commencé à la faire bâtir dans l'hôtel de Richelieu joignant le Palais-Cardinal : et d'autant que mon dessein est de rendre ma bibliothèque la plus parfaite et accomplie que je pourrai, et la mettre en un état qu'elle puisse non seulement servir à ma famille, mais encore au public, je veux et ordonne qu'il en soit fait vin inventaire général, lors de mon décès, par telles personnes que mes exécuteurs testamentaires jugeront à propos, y appelant deux docteurs de la Sorbonne qui seront députés par leur corps, pour être présents à la confection dudit inventaire, lequel étant fait, je veux qu'il en soit mis une copie en ma bibliothèque, signée de mesdits exécuteurs testamentaires et desdits docteurs de Sorbonne, et qu'une autre copie soit pareillement mise en ladite maison de Sorbonne, signée ainsi que dessus.
Et, afin que madite bibliothèque soit conservée en son entier, je veux et ordonne que ledit inventaire soit récollé et vérifié tous les ans par deux docteurs qui seront députés par la Sorbonne, et qu'il y ait un bibliothécaire qui en ait la charge, aux gages de 1.000 livres par chacun an, lesquels gages et appointements, je veux être pris par chacun an par préférence à toutes autres charges, de quartier en quartier, et par avance, sur le revenu des arenlements des maisons bâties et à bâtir à l'entour du Palais-Cardinal, lesquelles ne font point part dudit palais, et je veux et entends que, moyennant lesdiles !,000 livres d'appointement, il sôi(
tenu de conserver ladite bibliothèque, la tenir en bon état, donner l'entrée, à certaines heures du jour, aux hommes de lecture et d'érudition pour voir les livres et en prendre communication dans le lieu de ladite bibliothèque, sans transporter les livres ailleurs; et en cas qu'il n'y eût aucun bibliothécaire lors de mon décès, je veux et ordonne que la Sorbonne en nomme trois audit Armand de Vignerot et à ses successeurs, qui seront ducs de Richelieu, pour choisir celui des trois qu'ils jugeront le plus à propos; ce qui sera toujours observé lorsqu'il sera nécessaire de mettre un nouveau bibliothécaire.
Et d'autant que pour la conservation du lieu et des livres de ladite bibliothèque, il sera besoin de la nettoyer souvent, j'entends qu'il soit choisi par mondit neveu un homme propre à cet effet, qui sera obligé de balayer tous les jours une fois ladite bibliothèque et d'essuyer les livres ou les armoires dans lesquelles ils seront; et pour lui donner moyen de s'entretenir, et de fournir les balais et autres choses nécessaires pour ledit nettoiement, je veux qu'il ait 400 livres de gages par an, à prendre sur le même fonds que ceux dudit bibliothécaire, et en la même forme ; ce qui sera fait, ainsi que ce qui concerne ledit bibliothécaire, par les soins et par l'autorité de mondit neveu et de ses successeurs en la possession dudit hôtel de Richelieu.
Et d'autant qu'il est nécessaire pour maintenir une bibliothèque en sa perfection, d'y mettre de temps en temps les bons livres qui seront imprimés de nouveau, ou ceux des anciens qui peuvent manquer, je veux et
ordonne qu'il soit employé la somme de 1,000 livres par chacun an en achat de livres, par l'avis des docteurs qui seront députés tous les ans par la Sorhonne pour faire l'inventaire de ladite bibliothèque; laquelle somme de 1,000 livres sera pareillement prise par préférence à toutes autres charges, excepté celle des deux articles ci-dessus, sur ledit revenu des arentements des maisons qui ont été et seront bâties à l'entour du Palais- Cardinal.
Je déclare que mon intention et ma volonté est, en cas que, lors de mon décès, ledit Armand de Vignerot, ou celui de ses frères, à son défaut, qui viendra à ma succession en vertu de ce mien testament, ne soit encore majeur : que ma nièce, la duchesse d'Aiguillon, ait l'administration et conduite tant de sa personne que desdits biens que je lui donne jusques à ce qu'il soit venu en âge de majorité, sans que madite nièce, la duchesse d'Aiguillon, soit tenue d'en rendre aucun compte audit Armand de Vignerot, ni à autre personne que ce soit.
Etencas que madite nièce, la duchesse d'Aiguillon, fût décédée avant moi, ou qu'elle décédât avant la majorité dudit Armand de Vignerot, ou de celui de ses frères qui sera mon héritier, je veux et ordonne que lesdits biens soient administrés par mes exécuteurs testamentaires, sans qu'ils soient aussi tenus d'en rendre compte à qui que ce soit.
Item, je donne et lègue audit Armand de Vignerot, mon petit-neveu, la somme de quatre cent quarante et tant de mille livres, que j'ai prêtée par contrat de cons-
titution de rente à mon neveu du Pont-de-Courlay, son père, pour acquitter les dettes par lui contractées, ensemble tout ce que ledit sieur du Pont-de-Courlay, mon neveu, me devra, tant à cause des arrérages desdites constitutions de rente que pour quelqu'autre cause que ce soit, et à quelque somme que lesdites dettes se trouveront monter lors de mon décès, à la charge et condition néanmoins que mondit neveu ne pourra faire aucune demande desdites sommes, tant en principal qu'intérêt, audit sieur du Pont-de-Courlay, son père, pendant son vivant, ains se réservera à se pourvoir sur ses terres après son décès, si ce n'est que les terres et biens dudit sieur du Pont-de-Courlay, mon neveu, soient de son vivant saisis et mis en criées à la requête de ses créanciers; auquel cas je veux et entends que ledit Armand de Vignerot, mon petit-neveu, puisse s'opposer aux biens saisis, et même s'en rendre adjudicataire, s"il le juge ainsi à propos; et en cas qu'il se rende adjudicataire desdits biens, ou qu'étant vendus il soit mis en ordre sur les deniers provenant de la vente d'iceux, je veux et entends que mondit neveu du Pont-de-Courlay jouisse sa vie durant du revenu desdits biens, dont il se sera rendu adjudicataire, ou de l'intérêt des sommes dont mon petit-neveu aura été mis en ordre.
Et d'autant qu'il a plu à Dieu de bénir mes travaux et les faire considérer par le Roi, mon bon maître, en les reconnaissant par sa munificence royale au-dessus de ce que je pouvais espérer, j'ai estimé, en faisant ma disposition présente, devoir obliger mes héritiers à
conserver l'établissement que j'ai fait en ma famille, en sorte qu'elle se puisse maintenir longuement en la dignité et splendeur qu'il a plu au Roi lui donner, afin que la postérité connaisse que si je l'ai servi fidèlement, il a su, par une vertu toute royale, m'aimer et me combler de ses bienfaits
Pour cet effet, je déclare et entends que tous les biens que j'ai ci-dessus légués et donnés soient à la charge des substitutions ainsi qu'il ensuit.
Premièrement, je substitue à Armand de Yignerot, mon petit-neveu, fils de François de Vignerot, sieur du Pont-de-Courlay, mon neveu, en tous les biens, tant meubles qu'immeubles, que je lui ai ci-dessus légués, son fils aîné, et audit fils aîné, je substitue l'aîné des mâles de ladite famille, et d'aîné en aîné gardant toujours l'ordre et prérogative d'aînesse.
Et, en cas que ledit Armand de Vignerot décède sans enfants mâles, ou que la ligne masculine vienne à manquer en ses enfants, je lui substitue celui de ses frères qui sera l'aîné en sa famille, ou à son défaut l'aîné des enfants mâles dudit frère, selon l'ordre de primogéniture et gardant toujours la prérogative d'aînesse. Et, en cas que ledit frère ou ses enfants mâles, décèdent sans enfants mâles, et que la ligne masculine vienne à manquer, je lui substitue celui de ses frères ou de ses neveux qui sera l'aîné des mâles en la famille, et d'aîné en aîné, gardant toujours l'ordre de primogéniture d'aînesse, tant que la ligne masculine de François de Vignerot, sieur du Pont-de-Courlay, durera.
Je déclare que je veux et entends que celui des en-
fants mâles de mon neveu du Pont-de-Courlay, ou de ses descendants, qui sera ecclésiastique, s'il est in sacris, ne soit compris en l'institution et substitution ci-dessus faite pour jouir d'icelle, encore qu'il fût plus âgé ; mais je veux et ordonne qu'en tous les degrés d'institution et substitution, celui qui se trouvera le plus âgé et aîné de la famille, après celui qui sera ecclésiastique et in sacris, lors de l'ouverture de la substitution, jouisse, en son lieu, des droits d'institution et de substitution selon l'ordre de primogéniture.
Et, en cas qu'il n'y eût plus aucun descendant mâle de mondit neveu du Pont-de-Courlay, et que la ligne masculine venant de lui vînt à manquer en sa famille, j'appelle à ladite substitution Armand de Maillé, mon neveu, ou celui de ses descendants mâles, par les mâles, qui sera duc de Fronsac, par augmentation des biens institués et substitués, et pour sortir même nature et aux mêmes conditions, institutions et substitutions que les autres biens que je lui ai légués; le tout à la charge que mondit neveu, Armand de Maillé, et ses descendants qui viendront à ladite substitution, prendront le seul nom de du Plessis de Richelieu, avec les armes pleines de ladite maison du Plessis de Richelieu, sans adjonction d'autres.
Item, je substitue audit Armand de Maillé, en tous les biens que je lui ai ci-dessus légués, le fils aîné qui viendra de lui en loyal mariage, et audit fils aîné je substitue l'aîné des mâles issus de lui et d'aîné en aîné, à l'exclusion de ceux qui seront ecclésiastiques in sacris, ainsi que j'ai dit ci-dessus.
Et, en cas que mon dit neveu, Armand de Maillé, vînt à décéder sans enfants mâles, ou qu'il n'y eût aucuns descendants mâles de lui, et que la ligne masculine venant de lui vînt à manquer en sa famille, j'appelle à ladite substitution Armand de Vignerot, mon petitneveu, ou celui de ses descendants mâles qui sera lors duc de Richelieu; et à faute d"hoirs mâles descendants par les mâles dudit Armand de Vignerot, j'appelle à ladite substitution l'aîné des mâles de la famille de mondit neveu du Pont-de-Courlay, descendant de lui par les mâles, selon le degré de primogéniture, par augmentation de biens institués et substitués, et pour sortir même nature et aux mêmes conditions, institutions et substitutions que les autres biens que je leur ai légués.
Et, en cas que la ligne masculine de mondit neveu du Pont-de-Courlay et d'Armand de Maillé, mon neveu, vienne à manquer, en sorte qu'en toutes les deux familles il n'y ait plus aucuns enfants mâles descendant des enfants mâles en légitime mariage, pour venir à ma succession selon l'ordre ci-dessus prescrit, j'appelle à la substitution des biens auxquels j'ai institué Armand dp Vignerot, mon petit-neveu, le fils aîné de la fille aînée venant de l'aîné, ou celui qui le représentera, et puis l'aînée des fdles venant des puînés selon l'ordre de primogéniture des mâles, à l'exclusion de ceux qui seront in sacrù.
Et en cas, ainsi qu'il est dit ci-dessus, que la ligne masculine vienne à manquer tant en la famille d'Armand de Maillé, mon neveu, qu'en celle de mondit
neveu du Pont-de-Courlay, j'appelle à la substitution des biens auxquels j'ai institué ledit Armand de Maillé, mon neveu, le fils aîné de sa fille aînée, puis des puînés, ou celui des mâles qui le représentera, et de mâle en mâle, à l'exclusion de ceux qui seront in sacris, gardant toujours de degré en degré l'ordre de primogéniture des mâles, et aux mêmes charges, conditions, institutions et substitutions, ainsi qu'il est dit ci-dessus.
Et, s'il arrivait que tous les mâles descendant des filles de mondit neveu du Pont-de-Courlay décédassent sans enfants mâles, je leur substitue celui de mes successeurs qui sera duc de Fronsac, en vertu de mon testament, par augmentation d'institution et substitution ; et, en cas que tous les mâles descendant des filles, venant d'Armand de Maillé, mon neveu, décédassent sans enfants mâles, je leur substitue celui de mes successeurs qui possédera lors, en vertu de mon testament, le duché de Richelieu, par augmentation d'institution et substitution.
Je prie ceux des familles de Yignerot et de Maillé auxquels les biens que je substitue écherront, de vouloir renouveler, en tant que besoin serait, lesdites institutions et substitutions, selon mon intention ci-dessus; ce que je crois qu'ils feront volontairement, tant en considération des grands biens qu'ils auront reçus de moi, que pour l'honneur de leur famille.
Et, comme mon intention est que les terres des duchés et pairies de Richelieu, de Fronsac et Caumont, leurs appartenances et dépendances, soient conservées entières en ma famille sans être divisées, pour cette
considération, je prohibe, autant que je puis, à mondit petit-neveu Armand de Vignerot et Armand de Maillé mon neveu, et leurs descendants, et à tous autres qui viendront à la succession desdites terres, tant par institution que substitution, en vertu du présent testament, toute distraction de quarte, légitime, douaire ou autrement, en quelque manière que ce soit, sur lesdites terres, duchés et pairies, voulant que lesdites terres et seigneuries demeurent entières à celui qui se trouvera substitué en son ordre, sans qu'elles puissent être démembrées ni divisées pour quelque cause et occasion que ce soit.
Je veux et entends que mon neveu du Pont-de-Courlay se contente pour tous droits qu'il pourrait prétendre en ma succession de la somme de 200,000 livres que je lui ai ci-dessus léguées, et des 30,000 livres que je lui ai aussi léguées, à prendre par chacun an sur tous les biens que j'ai légués par ce mien testament à Armand de Yignerot, mon petit-neveu, son fils : ensemble de la jouissance des sommes de deniers qu'il me doit, ainsi que j'en ai disposé ci-dessus.
Item, je déclare qu'en cas que mondit neveu, François de Vignerot, sieur du Pont-de-Courlay, conteste celte mienne disposition, et que le duché de Richelieu lui fût adjugé, ou la part et portion dont je n'aurais pu disposer : en ce cas, je révoque ladite donation de 200,000 livres faite en sa faveur, et, en outre, je révoque toutes les institutions que j'ai faites dudit duché de Richelieu en faveur d'Armand de Vignerot, son fils, et de ceux de la famille de Vignerot, et veux et entends
qu'Armand de Maillé, mon neveu, soit appelé à la substitution dudit duché, après le décès dudit François de Vignerot, sieur du Pont-de-Courlay, mon neveu, à l'exclusion de tous les descendants de mondit neveu du Pont-de-Courlay, et qu'il jouisse lors de l'ouverture de ma succession des paris et portions dudit duché dont je puis disposer : et en tant que besoin est, en cas que ledit François de Vignerot, mon neveu, conteste ce mien testament, je donne à Armand de Maillé lesdites parts et portions dont je puis disposer, avec l'hôtel de Richelieu, que j'ai ordonné être bâti joignant le Palais- Cardinal, ensemble tous les meubles qui se trouveront lors de mon décès, tant en la maison de mon duché de Richelieu, qu'au Palais-Cardinal et audit hôtel de Richelieu, et ce, par augmentation d'institution, substitution, et pour sortir même nature et aux mêmes conditions, institutions et substitutions que les autres biens à lui ci-dessus légués, et à la charge qu'il prendra le seul nom et les seules armes de la maison du Plessis de Richelieu, ainsi qu'il est dit ci-dessus.
Et, quant aux autres biens, tant meubles qu'immeubles, dont j'ai disposé ci-dessus en faveur d'Armand de Vignerot, mon petit-neveu, je veux et entends qu'il en jouisse ainsi que j'ai ordonné ci-dessus, aux conditions d'institutions et substitutions apposées cidessus : à la charge néanmoins que cette dernière disposition n'aura lieu qu'en cas que mondit neveu, François de Vignerot, sieur du Pont-de-Courlay, conteste mon testament.
Et d'autant que dans les biens dont j'ai ci-dessus
disposé, il y en aura peut-être du domaine du Roi, et d'autres biens et rentes qui pourraient être rachetés, je veux et entends qu'en cas de rachat de tout ou de partie des biens de cette nature, soit ceux institués ou substitués, le prix en provenant soit remplacé par celui auquel le rachat sera fait, en acquisitions d'héritages, pour tenir lieu et place desdits biens rachetés, aux. mêmes conditions, institutions et substitutions auxquelles je les ai données et léguées ci-dessus, et ce dans six mois du jour du remboursement qui en sera fait, si l'on peut trouver à faire ledit remploi ; au défaut de quoi les deniers provenant desdits rachats et remboursements seront mis es mains de personnes solvables jusques à ce que le remploi en soit fait, avec le consentement de celui qui sera le plus proche appelé à la substitution desdites choses.
Je ne fais aucune mention, en ce mien testament, de ma nièce, la duchesse d'Enghien1, d'autant que, par son contrat de mariage, elle a renoncé à ma succession moyennant ce que je lui ai donné en dot, dont je veux et ordonne qu'elle se contente.
Mon intention est que les exécuteurs de mon testament et madite nièce, la duchesse d'Aiguillon, aient le maniement, durant trois ans, à compter du jour qu'il aura plu à Dieu disposer de moi, des deux tiers du revenu de tout mon bien, l'autre tiers demeurant à
1. Claire-Clémence de Maillé, duchesse de Fronsac et de Cauuiout, mariée en 1641 au Graud-Condé; reléguée au château de Chàteauroux, où elle mourut en 169 i.
raesdits héritiers, chacun en ce qui leur concerne, pour être lesdits deux tiers employés au paiement de ce qui pourrait rester à acquitter de mes dettes, de mes legs, et à la dépense que j'ai ordonné être faite et achevée, savoir de l'église de la Sorbonne de Paris, ornements et ameublements d'icelle, de ma sépulture que je veux être faite en ladite église, suivant le dessin qui en sera arrêté par ma nièce la duchesse d'Aiguillon et M. de Noyers, — du collège de Sorbonne, suivant le dessin que j'en ai arrêté avec M. de Noyers et le sieur Mercier, architecte, — à l'achat des plans nécessaires tant pour l'édification dudit collège que pour le jardin de la Sorbonne, suivant les prisées et estimations qui en ont été faites, comme encore à la dépense de l'hôtel de Richelieu, que j'ai ordonné être fait joignant le Palais-Cardinal, — et la bibliothèque dudit hôtel dont les fondations sont jetées, laquelle je prie M. de Noyers de faire soigneusement achever suivant le dernier dessin et devis arrêtés avec Tiriot, maître maçon', et de faire acheter tous les livres qui y manqueront. Je le prie aussi de faire réparer, accommoder et orner la maison des Pères de la Mission, que j'ai fondée à Richelieu, et de leur faire acheter un jardin dedans l'enclos de la ville de Richelieu, le plus proche de leur maison que faire se pourra, de la grandeur que j'ai ordonnée; comme aussi de faire achever les fontaines et autres accommodements commencés et nécessaires
\. Qu'on retrouve aussi dans les constructions de la ville de Richelieu.
pour la perfection de mes bâtiments et jardins de Richelieu, le tout sur lesdits deux tiers du revenu de mondit bien, comme dit est, sans que, de toutes les dépenses ci-dessus, madite nièce, ni M. de Noyers soient tenus de rendre compte à qui que ce puisse être.
Et, bien que j'aie déjà suffisamment fondé audit Richelieu lesdits Pères de la Mission pour entretenir vingt prêtres afin de s'employer aux missions dans le Poitou, suivant leur institut, je leur donne encore la somme de GO, 000 livres, afin qu'ils aient d'autant plus de moyens de vaquer auxdites missions et qu'ils soient obligés à prier Dieu pour le repos de mon âme; à la charge d'employer ladite somme de 60,000 livres en achat d'héritage pour être de même nature que les autres biens de leur fondation.
Je défends âmes héritiers de prendre alliance en des maisons qui ne soient pas vraiment nobles, les laissant assez à leur aise pour avoir plus d'égard à la naissance et à la vertu qu'aux commodités et aux biens.
Et d'autant que l'expérience nous fait connaître que les héritiers ne suivent pas toujours la trace de ceux dont ils sont successeurs : désirant avoir plus de soin de la conservation de l'honneur que je laisse aux miens que de celle de leur bien, je recommande absolument auxdits Armand de Vignerot et Armand de Maillé, et à tous ceux qui jouiront après eux desdits duchés et pairies et biens que je leur ai ci-dessus substitués, de ne se départir jamais de l'obéissance qu'ils doivent au Roi et à ses successeurs, quelque prétexte de mécontentement qu'ils puissent prendre pour un si
mauvais sujet, et déclare en ma conscience que si je prévoyais qu'aucun d'eux dût tomber en telle faute, je ne lui laisserais aucune part en ma succession.
Je donne et lègue au sieur du Plessis de Civray,
mon cousin, la somme de 60,000 livres, qui m'est due par M. le comte de Charost, capitaine des gardes du corps du Roi; auquel j'entends que ledit sieur du Plessis de Civray, ni aucun de mes héritiers, ne puisse demander aucune chose pour les intérêts de ladite somme de 60,000 livres, mais seulement que ledit sieur de Civray se puisse faire payer du principal d'icelle dans l'an de mon décès.
Pour marque de la satisfaction que j'ai des services qui m'ont été rendus par mes domestiques ' et serviteurs, je donne au sieur Didier, mon aumônier, 1,500 livres. — Au sieur de Bar2, 10,000 livres. — Au sieur de Manse, 6,000 livres. — Au sieur de Bel-Eshat, parce que je ne lui ai encore rien donné, 10,000 livres. — A Beaugency, 3,000 livres. — A Estoublon, 3,000 livres.
— Au sieur de Marsal, 3,000 livres. — Au sieur de Palvoisin, parce que je ne lui ai jusques ici rien donné, 12,000 livres. — A Genillé, 2,000 livres. — Au sieur Cytois, 6,000 livres. — Au sieur Renaudot, 2,000 livres.
— A Bertereau, 6,000 livres. — A Blouyn, 6,000 livres.
1. Gens, officiers de la maison, et non pas valets et autres gens de service à qui l'on donne aujourd'hui le nom de domestiques. — Valets sont devenus domestiques; — portiers, concierges; — pratiques, clients; — garçons, commis; — gages, appointements, etc.