Lettres et papiers d'État, IV
maître, mais on se trompa1. Le comte de Guiche, depuis maréchal de France, épousa la troisième cousinedu Cardinal, mademoiselle du Plessis-Chivray.Les fiançailles eurent lieu clans la chambre de la Reine, et les mariages furent célébrés, le 26 novembre, dans la chapelle du Petit-Luxembourg, par l'archevêque de Paris.
1635. Après s'être allié avec la Hollande et quelques petits princes italiens, LouisXIII déclara solennellement la guerre à l'Espagne. Le vieux cérémonial usité pour une déclaration de guerre fut employé pour la dernière fois en cette circonstance.
Un héraut d'armes fut envoyé à Bruxelles auprès du cardinal-infant, gouverneur des Pays-Bas, et se présenta, avec le trompette ordinaire du Roi, à la porte de la ville. On lui fit mille difficultés pour lui permettre de voir le cardinal-infant; enfin, voyant qu'il ne pouvait obtenir l'audience qu'il demandait, notre héraut se décida à jeter sa déclaration sur la place publique, couverte de peuple. La déclaration de guerre était ainsi conçue :
Le héraut d'armes de France au titre d'Alençon soussigné, certifie à tous qu'il appartiendra, être venu aux Pays-Bas pour trouver le cardinal-infant d'Espagne de la part du Roi son maître, son unique et souverain seigneur, pour lui dire : Puisque vous n'avez pas voulu rendre la liberté à M. l'archevêque de Trêves, électeur de l'empire, qui s'était mis sous la protection de S. M., lorsqu'il ne la pouvait recevoir de I Empereur ni d'aucun autre prince, et que, contre la
t. Trois mois après il fallut mettre Puylaurens à Vinçennes,
dignité de l'empire et le droit des gens, vous retenez prisonnier un prince souverain qui n'avait point de guerre contre vous, S. M. vous déclare qu'elle est résolue de tirer raison par les armes de cette offense qui intéresse tous les princes de la chrétienté.
Les hérauts du cardinal-infant défendirent à la foule de toucher au papier, et le héraut d'armes de France s'en alla. Arrivé sur la frontière des Pays-Bas, au village de Rouilly, il y planta un poteau, y attacha sa déclaration et signifia à un paysan d'aller chercher le mayeur du village. Celui-ci étant venu, le héraut lui dit ce que contenait le placard attaché au poteau, et l'ayant vu aller, avec d'autres personnes, lire la déclaration de guerre, il fit faire au trompette les chamades accoutumées et rentra en France1.
Richelieu mit sur pied huit armées et eut sous les armes 154,880 hommes, dont 30,000 pour les garnisons. On comptait 134,000 fantassins, 16,680 cavaliers et 4,200 dragons5 : jamais la France n'avait eu de pareilles forces militaires et n'avait fait un pareil effort: mais le but à obtenir en valait la peine, et il y avait dix ans que le Cardinal se préparait à l'œuvre qu'il entreprenait : « Le but de mon ministère, dit-il, a été de rendre à la Gaule les frontières que lui a destinées la nature, d'identifier la Gaule à la France et de rétablir la nouvelle
1. Gazette de 1633, p. 285. — Voir aussi, dans le même volume, p. 353, la déclaration du Roi sur l'ouverture de la guerre contre le roi d'Espagne, vérifiée en Parlement le 18 juin.