‹ Le Cardinal de RichelieuChapitre 41 sur 203 · Lettres et papiers d'État, V · texte numérisé non relu

Lettres et papiers d'État, V

Gaule partout où a été l'ancienne », c'est-à-dire donner à la France ses limites naturelles du Rhin, des Alpes et des Pyrénées.

Pour y arriver, Richelieu s'allia avec les Hollandais, devant partager avec eux les Pays-Bas espagnols '. S'il ne réussit pas complètement sur ce point2, il réunit au moins à la France l'Artois, la forte place d'Arras et quelques villes du Hainaut (Landrecies, Maubeuge), qui couvrirent notre vieille frontière de la Somme ; — à l'Est, avec les guerres de Lorraine, il s'empara de la Lorraine dite allemande, la réunit aux trois évèchés de Metz, Toul et Verdun, et relia le tout à l'Alsace, qui amena la France jusqu'au Rhin; — sur les Alpes, il nous donna Pignerol et avec cette ville une bonne entrée en Italie ; — au Sud, il s'empara du Roussillon et compléta ainsi notre frontière des Pyrénées.

Quand on commença cette longue guerre qui ne devait finir qu'en 1659, l'armée était mal organisée et indisciplinée. Louis XIII et Richelieu, à force de volonté et de sévérité, la transformèrent et en firent l'armée de Rocroi, qui enfin écrasa l'armée espagnole et mit la nôtre au premier rang. Les sept années de guerre contre l'Espagne, pendant le ministère de Richelieu, sont peu connues. Guerres de sièges et d'opérations

1. La France devait aVoir l'Artois, le Hainaut, le Tournésis, la Flandre française (Lille), la Flandre flamande (Dunkerque, Ostende), le Narnurois et le Luxembourg [Lettres et papiers d'Etat, IV, 424).

2. A la paix des Pyrénées (1659), Mazarin rendit à l'Espagne une si grande quantité de villes dans les Pays-Bas que les contemporains en furent indignés.

sans importance stratégique, elles n'intéressent pas l'art militaire et ne figurent pas dans l'enseignement des écoles militaires; on les laisse de côté et on arrive à Rocroi, comme si Rocroi eût été possible sans ces dures années de préparation, sans ces sièges et ces nombreuses batailles, dans lesquels l'armée a acquis les qualités qui font les bonnes troupes ; — comme si ces armées n'avaient pas été commandées par de grands généraux : Gassion, Guébriant, Rantzau, Fabert, Turenne, Sirot, le cardinal de la Valette, Rohan, La Meilleraye, le comte d'Harcourt.

La victoire d'Avein, dans le Luxembourg, due aux maréchaux de Chàtillon et de Brézé, inaugura brillamment la guerre, et les contemporains se rendirent bien compte de la gravité et du caractère de la lutte qui s'engageait. Renaudot , dans sa Gazette ', écrivait : « Bref, tout s'apprête par mer et par terre pour décider de l'esclavage ou de la liberté de l'Europe ».

Pendant qu'on se battait dans les Pays-Bas, les Espagnols recommencèrent leurs attaques contre la Valteline. Richelieu voulait être le maître de ces passages, qui rendaient la France l'arbitre de l'Italie, dit-il dans ses Mémoires; il envoya le prince de Rohan occuper et défendre ce pays. Le prince y fit de belles campagnes, restées des modèles de la guerre en pays de montagnes, et battit plusieurs fois les Impériaux et les Espagnols ; mais la peste et le manque d'argent le forcèrent ensuite à l'inaction. Les Grisons se soulevèrent contre nous et si-

gnèrent avec les Impériaux un traité par lequel ceuxci s'engageaient à laisser les Grisons maîtres de la Valteline à la condition d'en chasser les Français.

4636. Les Espagnols, profitant de la retraite des maréchaux de Chàtillon et de Brézé en Hollande, avaient assiégé et pris Corbie, et, la Somme franchie, notre seule défense au Nord, Paris se trouvait menacé. Louis XIII et le Cardinal, aidés par le patriotisme des Parisiens, formèrent rapidement une armée et allèrent reprendre Corbie. Quoique malade, Richelieu se rendit au siège, et y déploya une prodigieuse activité.

Le gouverneur de Corbie avait lâchement capitulé, malgré la garnison qui voulait se défendre1. En même temps, les commandants de la Capelle et du Càtelet avaient aussi honteusement rendu leurs places. Le Cardinal résolut de punir ces officiers et de faire un nouvel exemple ''; ils furent condamnés à mort et écartelés en effigie"'. Après la fuite hors du royaume des trois coupables, qui étaient parvenus à s'échapper, on rasa leurs châteaux ou leurs maisons. Les capitulations honteuses cessèrent à partir de ce jour *.

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