Par contrat du 1 février
selle de Brézé, avec un prince du sang, le duc d'Enghien, qu'on allait bientôt appeler le grand Condé ; il lui donna en dot quatre terres valant 600,000 livres.
1642. Louis XIII et le Cardinal concentrèrent tous leurs efforts sur le Roussillon et la Catalogne, convaincus que le moyen de forcer l'Espagne à faire la paix était de « menacer la route de Madrid» . Avec le maréchal de Schomberg, Louis XIII assiégea Perpignan, qui se défendit longtemps. Dès le début des opéralions, Richelieu était tombé gravement malade à Narbonne : un de ses bras était couvert d'abcès qui se rouvraient sans cesse. Il fit son testament, et, en attendant la mort qu'il sentait proche, il déjoua la conspiration de Cinq-Mars et de Gaston, qui s'étaient alliés avec l'Espagne. Les traîtres punis, le Roi, malade aussi, quitta l'armée et se retira à Fontainebleau, donnant à Richelieu les pouvoirs les plus étendus sur les provinces du Midi; il lui écrivit :
De Bagnols, ce dernier juin 1642.
Mon cousin, étant contraint par la considération de mes affaires et par l'état auquel est votre santé de vous laisser en ce pays avec très grand regret, je vous écris celle lettre pour vous dire que, ayant une confiance entière en yous, mon intention est que vous y fassiez les choses qui regarderont mon service, avec la même autorité que si j'y étais ; que les ordres que vous enverrez soit dans les provinces de deçà, soit au dehors du royaume, à mes lieutenants généraux d'armée ou à mes ministres, soient aussi ponctuellement exécutés que les miens propres, et que vous pourvoyiez aux choses pressées sans m'en donner avis. Je suis assuré que je ne saurais jamais mettre mes affaires en meil-
leures mains et qu'elles ne vous sont pas moins à cœur qu'à moi. Je vous conjure seulement de les faire sans altérer votre santé qui m'est chère au dernier point. Je finirai en priant Dieu qu'il vous la redonne telle que je le désire.
Sur ces entrefaites, Marie de Médicis mourait à Cologne, en exil, le 3 juillet. La Gazette inséra quelques jours après les lignes suivantes, dont Richelieu seul a été l'inspirateur ou le rédacteur. Ce fut le seul éloge funèbre de cette reine de France1.
Le troisième de ce mois, sur le midi, mourut à Cologne la Reine-Mère de la très illustre maison de Médicis, qui a produit dans le siècle dernier huit cardinaux et quatre papes. Elle était fille du grand-duc de Toscane, François de Médicis, et de Jeanne d'Autriche, née reine de Hongrie et de Bohème, nièce, fille, sœur et tante de quatre empereurs ; elle était veuve de Henri le Grand et mère des rois et reines qui possèdent les principales couronnes de l'Europe. Le regret de sa mort a été accru en cette cour par celui de l'absence qu'elle s'était causée suivant le conseil de quelques esprits brouillons, auxquels la facilité du sien avait laissé prendre trop de créance.
La prise de Perpignan ne fut pas le seul succès de la campagne de 1642 ; on a encore à mentionner : la victoire de Lérida, en Catalogne, gagnée par le maréchal
1. On a dit et répété que Louis XIII avait laissé mourir sa mère dans la misère. Ce n'est pas exact : quelque temps avant sa mort Marie de Médicis avait reçu 300,000 écus. QuaDtà sa chambre nue et sans meubles, c'est une autre erreur. Marie de Médicis avait les plus belles tapisseries et les plus beaux meubles daus sa résidence de Cologne.
8'i LE CARDINAL
de la Mothe, — les victoires du général suédois Tortenson à Schweidnitz et à Leipsick; Guébriant avait pris une part importante à cette dernière bataille. — Le maréchal deGuiche seul s'était fait battre à Honnecourt.
De Narbonne, le Cardinal avait été s'établir à Tarascon, où sa maladie continuait ; il en partit enfin en bateau et remonta le Rhône pour aller prendre les eaux de Bourbon-Lancy. Il quitta cette dernière ville le 3 octobre et vint, soit en bateau, soit porté en litière jusqu'à Fontainebleau, où Louis XIII le reçut avec une grande joie (13 octobre).
Il avait fallu trouver un expédient pour pouvoir ramener à Paris, des extrémités du Languedoc, le Cardinal, qui ne pouvait se tenir autrement que couché, ni souffrir le moindre mouvement sans incommodité.
L'on s'avisa, dit Aubery, d'une nouvelle façon de litière qui fut portée par des hommes et de faire faire pour cela une machine d'ais (planches) en forme de chambre, couverte de damas et d'une toile cirée par-dessus en temps de pluie, où l'on mit un lit, une table et un siège pour une personne qui le put entretenir. Il avait résolu d'abord de faire un choix de paysans et d'autres personnes endurcies au travail du corps pour le porter: mais ses gardes crurent que ce serait douter de leur affection et de leur gratitude, et s'offrirent avec empressement pour lui rendre eux-mêmes i ne pouvant souffrir qu'autres qu'eux eussent l'honneur d'approcher sa personne qui leur était confiée. De sorte que leurs offres ayant été acceptées, on les mit dix-huit à la fois, avec ordre de se relaver les uns les autres, afin qu'ils fussent plus soulagés et qu'ils eussent d'autant moins de peine
qu'ils témoignaient plus de bonne volonté et de respect même, avant toujours marché tête nue, quel que temps qu'il fît. Entrant dans les villes et dans les autres lieux fermés, l'on abattait un pan de muraille et l'on couvrait le fossé d'un pont, afin de faire passer plus à l'aise sa machine, dans laquelle il fît ainsi près de 200 lieues, sans ressentir d'autre incommodité que ses maux ordinaires1.
Le Cardinal resta trois jours à Fontainebleau auprès du Roi; il en partit le 16 octobre et arriva, par eau, à Paris le 17. Il quitta son bateau au port Saint-Paul et fut porté dans son lit jusqu'au Palais-Cardinal1. Il alla passer quelque temps à Rueil et revint à Paris, où il mourut le 4 décembre 1642.
11 avait dit, quelque temps avant de mourir: « Il faut que l'Italie sente, aussi bien que tous les autres États de la Maison d'Autriche, que le chapelet de l'Espagne est défilé ». Quelques mois après, la victoire de Rocroi justifiait ces paroles.
1. Le voyage se fit par eau de Tarascon à Lyon; en litière, de Lyon à Bourbon et de Bourbon à Boanne ; par eau, sur la Loire, de Boanne à Briare; par eau, sur le canal, de Briare à Montargis; sur le Loiug, de Montargis à Nemours; en litière, de Nemours à Fontainebleau; en bateau, de Valvin à Paris. Une flottille, montée par les parents et les amis du Cardinal, suivait le malade : le tout escorté par deux compagnies de cavalerie marchant sur les rives.