Gazette de France. 1640, p
par Leganez, gouverneur du Milanais. D'Harcourt était donc assiégeant et assiégé à la fois. L'habile capitaine sut se dégager : il battit Leganez, s'empara de Turin et délivra la garnison qui avait vigoureusement défendu la citadelle. Nos généraux commençaient à savoir leur métier, et les troupes devenaient de plus en plus solides. Le sentiment du devoir et de l'honneur se généralisait.
Pendant ce temps, l'amiral de Brézé gagnait, près de Cadix, une grande bataille sur la flotte espagnole. Les maréchaux de Ghâtillon, de Chaulnes et de la Meilleraye, après avoir pris Arras, commencèrent la conquête de l'Artois, qu'ils achevèrent dans la campagne suivante.
C'est aussi en 1640 que le Portugal, soumis à l'Espagne depuis Philippe II, reprit son indépendance, et que la Catalogne, province turbulente et toujours disposée à l'insurrection, se révolta. En 1642, elle se donna à Louis XIII, qu'elle reconnut comme comte de Barcelone et du Roussillon. « On commençait à connaître, dit Fontenay-Mareuil dans ses Mémoires, que la puissance du roi d'Espagne, jusque-là si formidable et qui devait le porter à la monarchie universelle, n'était pas telle qu'elle paraissait, et que la France avait, tout au contraire, des ressources inépuisables et qu'on ne croyait point, provenant de l'union de toutes ses parties, de sa grande fertilité et du nombre infini de soldats qui s'y trouvent toujours ; de sorte qu'on peut dire sans exagération que la France, bien gouvernée, peut faire de plus grandes choses que tout autre royaume du monde. »
Une armée aux ordres du maréchal de la Mothe- Houdancourt fut envoyée en Catalogne afin d'en chasser les garnisons espagnoles. Tarragone fut assiégé ; mais le cardinal de Sourdis ayant laissé entrer un secours dans la place, La Mothe fut obligé d'en lever le siège. Sourdis n'avait été vaincu que par le nombre ; cependant l'inexorable Richelieu disgracia son amiral favori. 11 voulait forcer amiraux et généraux à vaincre quand même, et il le fallait, car l'enjeu était le salut ou la perte de la France.
1641. Guébriant battit Piccolomini à Wolfenbuttel, et l'année suivante remporta une grande victoire sur le fameux Mercy. — ■ Cette année, le duc de Lorraine fut contraint de signer la paix de Saint-Germain et de céder à la France une partie de la Lorraine allemande '. Richelieu, sur tout le pourtour du royaume, acquérait un à un de nombreux territoires, avec lesquels il reculait les frontières, les rendait meilleures, plus fortes, en attendant qu'il pût les porter jusqu'aux limites-naturelles.
Dès le mois d'août 1641 , Richelieu commença les négociations du traité de Westphalie, qui ne devait être signé qu'en 1648. Mazarin, dont Richelieu avait fait son collaborateur, qui lui succéda au ministère et continua sa politique, partit avec quatre-vingts personnes pour Munster où les négociations allaient s'ouvrir.
En 1641, Richelieu maria2 sa petite nièce, mademoi-
1. Ce traité fut complété par les traités de Vinceimes (1661) et deRyswick (1697).