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CHAPITRE Ier

LA JEUNESSE. — l'ÉVÊCHE DE Lt'ÇON. — LES ÉTATS DE 1614. (1585-1616)

« Armand-Jean du Plessis, cardinal-duc de Richelieu, la terreur de l'Europe, le fléau de la Maison d'Autriche, et le plus grand homme d'État de notre siècle, et peut-être même de la monarchie », dit Sauvai, naquit à Paris en 1585.

On lisait dans les registres de la paroisse de Saint- Eustache de Paris :

Le cinquième jour de mai fut baptisé Armand-Jean, fils de messire François du Plessis, seigneur de Richelieu, chevalier des ordres du Roi, conseiller au Conseil d'Étal, prévôt de son hôtel et grand prévôt de France, et de dame

Suzanne de la Porte, sa femme, demeurant en la rue du Bouloy, et ledit enfant fut né le neuvième jour de septembre 1585, les parrains, Messire Armand de Gontaut de Biron, chevalier des ordres du Roi, capitaine de cent hommes d'armes de ses ordonnances et maréchal de France, et messire Jean d'Aumont, aussi maréchal de France, chevalier des ordres du Roi, conseiller en son Conseil d'État, capitaine de cent hommes d'armes desdites ordonnances, et la marraine dame Françoise de Rochechouart, dame de Richelieu, mère dudit François de Richelieu1.

François du Plessis, seigneur de Richelieu, père de l'enfant qui venait de naître, était un serviteur dévoué de Henri III, qui lui avait donné la charge de grandprévôt de France et le collier de l'ordre du Saint-Esprit. Il servit Henri IV avec le même zèle, déploya une grande bravoure à Arques et à Ivry, et devint l'un des capitaines des gardes du Roi. François du Plessis mourut en 1590, laissanttrois fils et deux filles : Henri du Plessis, seigneur de Richelieu, devenu maréchal de camp et qui fut tué en duel en 1619, — Alphonse du Plessis, d'abord évêque de Luçon, puis cardinal de Lyon, — Armand-Jean, évêque de Luçon, devenu cardinal et premier duc de Richelieu, — Françoise du Plessis, mariée en secondes noces à René de Vignerot, seigneur du Pont-de-Gourlay, — Nicole du Plessis, ma-

1. 3\L,Dict. eritiq. de biographie et d'histoire. — Le Cardinal est donc né le 9 septembre et non pas le 5, comme le dit le P. Anselme ; il est donc né à Paris et non pas au château de Richelieu, en Poitou, comme le prétendent Tallemant des Réaux, Perrault, Mlle de Montpensier et La Fontaine, les deux derniers disant qu'on leur avait montré, à Richelieu, la chambre où était né le Grand Cardinal.

riée à Urbain de Maillé, marquis de Brézé, capitaine des gardes de la Reine-Mère, puis des gardes du Roi, et maréchal de France.

Quand Armand du Plessis perdit son père, il n'avait que cinq ans. Sa mère l'éleva sérieusement, et après lui avoir fait commencer ses études sous la direction du prieur de Saint-Florent, elle le mit au collège de Navarre, à Paris, et lui fit faire sa philosophie au collège de Lisieux.

Destiné aux armes, le jeune seigneur du Chillou4, tel était le nom que portait alors le futur cardinal de Richelieu, entra à l'académie pour s'y instruire dans les exercices militaires, tout en continuant cependant l'étude des lettres qu'il aimait déjà. Tout à coup, des événements de famille lui firent abandonner l'épée, et il devint évêque de Luçon. Mais il conserva toujours un goût prononcé pour les choses militaires, et plus d'une fois on verra le Cardinal commander en personne les armées avec une allure qui attestait que le gentilhomme se souvenait encore de ses études à l'académie.

L'évêché de Luçon, auquel Armand du Plessis fut nommé en 1606, semble avoir été, à cette époque, une sorte de propriété de sa famille. Jacques du Plessis, aumônier de Henri III, grand oncle d'Armand, avait été pourvu de cet évêché et remplacé, à sa mort, par Alphonse du Plessis, frère puîné d'Armand. Mais le mépris des grandeurs et le besoin de la solitude ayant décidé Alphonse du Plessis à abandonner son évêché

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