‹ Le Cardinal de RichelieuChapitre 6 sur 203 · Nom de l'une des terres de la famille du Plessis · texte numérisé non relu

Nom de l'une des terres de la famille du Plessis

et à se faire chartreux', la famille du Plessis obtint d'Armand qu'il renonçât à la carrière des armes et à se faire évêque, afin de conserver cet évêché dans la famille.

Dès lors, Armand du Plessis se livra aux études théologiques avec l'ardeur et la volonté qui faisaient déjà le fond de son caractère ; ses efforts opiniâtres et le travail d'esprit furent tels que sa santé commença à s'altérer et resta depuis fort délicate. Ce travail excessif dura deux années, au bout desquelles Henri IV nomma le jeune Armand à l'évèché de Luçon (1606).

La cour de Rome ne se hâtait pas de confirmer le nouvel évêque, à cause de sa jeunesse. Henri IV pressait le cardinal du Perron et son ambassadeur à Rome d'obtenir du Pape la dispense d'âge nécessaire à Armand du Plessis pour tenir son évêché. Las d'attendre, Armand alla à Rome et mit tant de grâce à sa demande que le pape Paul V la lui accorda. Tel fut le succès de la harangue latine qu'il fit au Saint-Père, enchanté de la capacité et de la maturité du jeune prélat, qu'il fut sacré à Rome par le cardinal de Givry, le 17 avril 1607. Il avait alors vingt-deux ans. Revenu en France, il prit avec éclat ses degrés en Sorbonne, et fut reçu docteur le 29 octobre 1607.

Henri IV l'aimait beaucoup et ne l'appelait que

1. Alphonse de Richelieu resta chartreux pendant vingt et un ans; en 1626, malgré lui, il fut nommé archevêque d'Aix; eu 1628, il devint archevêque de Lyon et, en 1629, cardinal. En 1632, Louis XIII le fit grand-aumônier de France. Il mourut en 1653, laissant une réputation méritée d'austérité et de charité.

« mon évêque » ; il aimait à l'entendre prêcher ; il causait avec lui volontiers, de l'exécution du maréchal de Biron, par exemple. Richelieu aurait pu rester à la Cour, mais il comprit qu'il était trop jeune pour y jouer un rôle important; il quitta Paris à la fin de 1608 et alla prendre possession de son évêché. Il y remit l'ordre, releva les églises détruites pendant les guerres de religion, menant une vie sévère, que sa pauvreté rendait assez dure, et réfléchissant aux moyens qui lui permettraient de revenir à la Cour et d'y faire fortune. Il avait été précédé à Luçon par sa réputation de théologien fort savant et de prédicateur distingué. En prenant possession de son évêché, le 21 décembre 1608, il fit cette « petite harangue au peuple » :

Messieurs, venant pour vivre avec vous et faire ma demeure ordinaire en ce lieu, il n'y a rien qui me puisse être plus agréable que de lire en vos visages et reconnaître par vos paroles que vous en ressentez de la joie; je vous remercie du témoignage que vous me rendez de votre bonne volonté, que je tâcherai de mériter par toutes sortes de bons offices, n'y ayant rien que j'aie en plus grande affection que de vous pouvoir être utile à tous en général et en particulier.

Je sais qu'en cette compagnie il y en a qui sont désunis d'avec nous quant à la croyance; je souhaite en revanche que nous soyons unis d'affection; je ferai tout ce qui me sera possible pour vous convier à avoir ce dessein, qui leur sera utile aussi bien qu'à nous et agréable au Roi (Henri IV), à qui nous devons tous complaire.

Le temps vous donnera plus de connaissance de l'affection que je vous porte que mes paroles; c'est ce qui fait que je me réserve aux effets pour vous faire paraître que toutes mes intentions ne tendent qu'à ce qui est de votre bien.

Nous venons de dire que Richelieu était alors fort pauvre. Les détails authentiques publiés par M. Avenel1 nous le montrent réellement pauvre, sans maison, sans carrosse, sans meubles convenables à sa position, sans vaisselle plate, sans autres vêtements sacerdotaux que des tuniques et des dalmatiques en mauvais état. Cette pauvreté devait être pénible à un prélat de vingtcinq ans, qui écrivait en 1610 : « Etant un peu glorieux, je voudrais bien, étant plus à mon aise, paraître davantage ». Pour arriver à Luçon dans un équipage convenable, il avait été obligé d'emprunter à un ami voiture, chevaux et cocher. On le voit bientôt acheter <( de rencontre » le lit de velours de sa tante. Il ne peut se procurer une tapisserie de Bergame qu'en donnant en échange la pente du lit de défunt M. de Luçon, de soie et d'or, il mettra cinq années à se procurer la vaisselle d'argent dont il a envie « pour relever sa noblesse ».

On a de lui plusieurs lettres adressées à une Madame de Bourges, amie de la famille, qui faisait ses affaires à Paris. C'est avec cette correspondance adressée à une amie, et écrite en toute franchise, que l'on peut pénétrer dans l'intérieur du futur cardinal, qui mourra au milieu d'une splendeur capable de satisfaire son «besoin de paraître » .

Voici une lettre écrite par l'évêque de Luçon à Madame de Bourges, à la fin d'avril 1609 :

1. Lettres, instructions diplomatiques et papiers il' État du cardinal de Richelieu, 8 vol. in-ï°, publiés dans la Collection des documents inédits sur l'histoire de France. Nous avons largement puisé dans cet excellent travail.

Madame, j'ai reçu les chappes que vous m'avez envoyées, qui sont venues extrêmement à propos. Elles sont extrêmement belles et ont été reçues comme telles de la compagnie à qui je les devais. Je vous ai un million d'obligations, non pour cela seulement, comme vous pouvez penser, mais pour tant de bons offices, que ce papier n'en peut porter le nombre. Je suis maintenant en ma baronnie1, aimé, ce me veut-on faire croire, de tout le monde, mais je ne puis que vous en dire encore, car tous les commencements sont beaux, comme vous savez. Je ne manquerai pas d'occupation ici, je vous assure, car tout y est tellement ruiné qu'il faut de l'exercice pour le remettre"2. Je suis extrêmement mal logé, car je n'ai aucun lieu où je puisse faire du feu, à cause de la fumée; vous jugez bien que je n'ai pas besoin de grand hiver, mais il n'y a remède que la patience3. Je vous puis assurer que j'ai le plus vilain évèché de France, le plus crotté* et le plus désagréable, mais je vous laisse à penser quel est l'évêque. Il n'y a ici aucun lieu pour se promener, ni jardin, ni allée, ni quoi que ce soit, de façon que j'ai ma maison pour prison.

Quelque temps après, il lui écrit encore :

Nous sommes tous gueux en ce pays, et moi le premier, dont je suis bien fâché, mais il y faut apporter remède si on peut.

Un curieux document publié récemment8 nous ap-

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