Où Richelieu était indisposé
4. La Gazette nous dit en effet que le Roi alla à Ruel, avec Gaston, voir le Cardinal, le jeudi 16 août.
DE RICHELIEU. Ml
trouvé par le passé pour ne pas les suivre à l'avenir en tout et partout comme j'ai fait jusques ici. Vous vous pourrez assurer que si j'ai eu jusques à cette heure de l'affection pour vous, qu'à l'avenir elle augmentera toujours, et n'aurai point de plus grande joie que quand je vous la pourrai témoigner, attendant quoi je prierai le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous donne une santé parfaite avec une longue vie et vous tienne toujours en sa sainte garde. Louis. A Chantilly, ce H août 1635, à huit heures du soir.
En 1637, Louis XIII, dont le cœur fut toujours très chaste, s'éprit d'une affection vive mais pure pour une des filles d'honneur de la Reine, Mademoiselle de la Fayette. Les ennemis de Richelieu essayèrent aussitôt d'exploiter ces nouveaux sentiments du Roi pour, à l'aide de mademoiselle de la Fayette, renverser le Cardinal qu'elle n'aimait pas. On espérait peut-être le remplacer par le père Joseph, parent de mademoiselle de la Fayette. Le Roi et la demoiselle d'honneur étaient trop purs l'un et l'autre pour laisser cette amitié devenir une passion coupable. Mademoiselle de la Fayette se fit religieuse. Le 9 mai 1637, au moment où elle allait entrer au couvent, Richelieu écrivit à Louis XIII la lettre suivante :
Je ne saurais représenter à S. M. le déplaisir que m'apporte l'affliction qui la travaille, mais j'en porte par souhait la moitié pour le moins pour la soulager, et ne doute point que Dieu, pour la gloire duquel elle supporte patiemment ce qui la travaille, ne la console promptement. Les rois qui se soumettent à sa volonté et préfèrent sa gloire à leur contentement n'en reçoivent pas seulement récompense en
l'autre monde, mais en cestui-ci, et en vérité je n'espère pas peu de bénédiction temporelle pour V. M. pour la façon avec Laquelle elle se conduit en l'occasion dont il est question.
En 1642, le maréchal de Guiche, qui avait épousé une cousine du Cardinal, se fit battre à Honnecourt. Richelieu fut atterré de cette défaite, que ses ennemis prétendirent être volontaire, le maréchal s'étant laissé battre, disaient-ils, afin de faire naître un grand péril pour la France et une nouvelle occasion au Cardinal de conjurer le danger.
Averti du chagrin de Richelieu, Louis XIII lui écrivit aussitôt (3 juin 1642) et envoya en même temps M. de Chavigny lui confirmer de vive voix tout ce que contenait sa lettre.
J'envoie M. de Chavigny vous trouver sur le malheur arrivé au duc de Guiche. Nous avons fait un mémoire des choses qui se peuvent faire là-dessus ; sur quoi me remettant, je finirai en vous assurant que, quelque faux bruit qu'on fasse courre, je vous aime plus que jamais et qu'il y a trop longtemps que nous sommes ensemble pour nous séparer jamais, ce que je veux bien que tout le monde sache.
Arrivé au terme de son existence, malade, à peine délivré de la conspiration de Cinq-Mars, le Cardinal devint plus que jamais inquiet et soupçonneux; malgré les protestations d'amitié de Louis XIII, il craignait encore d'être renvoyé; il devint d'une exigence excessive envers le Roi. Un des personnages de la Cour que le Roi affectionnait le plus était M. de Tréville, lieute-
nant de la compagnie des mousquetaires de la garde, que le Roi voulait nommer capitaine de ses gardes. Richelieu s'y opposa résolument. M. de Tréville était entré assez avant dans la conspiration de Cinq-Mars, et s'était même offert à Gaston pour « le débarrasser du Cardinal1 ».
Le Cardinal déclara que si le Roi nommait M. de Tréville capitaine de ses gardes, il s'en irait; il envoya à S. M. mémoire sur mémoire et plusieurs lettres pour décider le Roi à le renvoyer de la Cour, ainsi que MM. de Tilladet, des Essarts et de la Salle, autres officiers des gardes, tous amis de Cinq-Mars et fort hostiles au Cardinal. Le Roi fut obligé de céder, et les renvoya le 24 novembre. Quelques jours après cette dernière victoire, Richelieu mourut, et le Roi rappela ses officiers \
Après la mort de son ministre, Louis XIII ne chan gea rien au système de politique intérieure et extérieure qui avait été suivi jusqu'alors. Donc Louis XIII n'avait subi en quoi que ce soit la volonté du Cardinal, car il eût pu s'en affranchir à la mort du despote. C'étaient bien les idées de Richelieu qui étaient mises à exécution, c'étaient aussi celles de Louis XIII, et il les conserva après la mort de son ministre. Il déclara hautement que cette mort n'apporterait aucun changement. « Le Roi, écrit un contemporain % témoigne être im-