I. Près de Fontainebleau
retirer du ministère; mais Louis XIII refusa de lui accorder sa demande et lui écrivit (9 juin) .
Mon cousin, j'ai vu toutes les raisons qui vous font désirer votre repos, que je désire avec votre santé, plus que vous, pourvu que vous la trouviez dans le soin et la conduite principale de mes affaires. Tout, grâce à Dieu, y a bien succédé (réussi) depuis que vous y êtes; j'ai toute confiance en vous, et il est vrai que je n'ai jamais trouvé personne qui me servîtàmon gré comme vous. C'est ce qui me fait désirer et vous prier de ne point vous retirer, car mes affaires iraient mal. Je veux bien vous soulager en tout ce qui se pourra, et vous décharger de toutes visites, et je vous permets d'aller prendre du relâche de fois à autres, vous aimant autant absent que présent. Je sais bien que vous ne laissez pas de songera mes affaires. Je vous prie de n'appréhender point les calomnies, l'on ne s'en saurait garantir à ma Cour. Je connais bien les esprits, et je vous ai toujours averti de ceux qui vous portaient envie, et je ne connaîtrai jamais qu'aucun ait quelque pensée contre vous que je ne vous le die. Je vois bien que vous méprisez tout pour mon service.
Monsieur et beaucoup de Grands vous en veulent à mon occasion ; mais assurez-vous que je vous protégerai contre qui que ce soit, et que je ne vous abandonnerai jamais. La Reine, ma mère, vous en promet autant. Il y a longtemps que je vous ai dit qu'il fallait fortifier mon Conseil; c'est vous qui avez toujours reculé de peur des changements, niais il n'est plus temps de s'amuser à tout ce qu'on pu dira ; c'est assez que c'est moi qui le veux. Au reste, si ceux que j'y mettrai n'ont habitude avec vous, ils ne suivront pas vos avis, principalement vous étant quelquefois absent à cause de vos indispositions.
Ne vous amusez pointa tout ce qu'on en dira; je dissiperai toutes les calomnies que l'on saurait dire contre vous.
faisant connaître que c'est moi qui veux que ceux qui sont dans mon Conseil aient habitude avec vous. Assurez-vous que je ne changerai jamais, et que quiconque vous attaquera, vous m'aurez pour second l.
Joignant les actes aux paroles, Louis XIII se dirigea sur Nantes pour aller châtier ses frères de Vendôme, qui se hâtèrent de venir au-devant de S. M. à Blois. Le Roi donna l'ordre de les arrêter et les fit mettre à la Bastille2.
L'arrestation des Vendôme, loin d'effrayer les conspirateurs, les décida à précipiter les événements. Gaston et Chalais oublièrent leurs promesses et se préparèrent à prendre les armes. La lâcheté de Gaston fit avorter la prise d'armes, et le comte de Louvigny alla tout dévoiler au Cardinal. Cette fois les conjurés se proposaient d'assassiner Louis XIII et de marier Gaston à Anne d'Autriche, pendant qu'ils accusaient Richelieu de préparer la mort d'Anne d'Autriche afin de pouvoir faire épouser madame de Combalet par Louis XIII.
Chalais fut arrêté à Nantes (8 juillet) et mis en jugement. Pendant ce temps, Gaston, qui était alors l'héritier présomptif de la Couronne et qu'à ce titre il fallait ménager, fut pardonné encore une fois ; il dénonça ses complices, épousa mademoiselle de Mont-
i. Le P. Griffet, Histoire de Louis XIII, I, oOO.
2. Le Grand-Prieur y mourut en 1629. César fut relâché, en 1630, en renonçant au gouvernement et à l'amirauté de Bretagne qui furent donnés plus tard à Richelieu.
pensier et reçut pour prix de ses trahisons envers ses amis un riche apanage.
Le 19 août, Chalais fut décapité à Nantes. L'individu chargé de l'exécution était un misérable condamné à être pendu, auquel on avait promis sa grâce pour prix de la besogne qu'il allait faire. Les amis de Chalais avaient obtenu du bourreau, à force d'argent, qu'il se cachât, espérant ainsi retarder le supplice du condamné. Le maladroit exécuteur donna plus de trente coups d'épée et de hache à sa victime avant de parvenir à lui couper la tête.
Le maréchal d'Ornano, à la nouvelle de ce supplice, mourut de saisissement à Vincennes, et échappa ainsi à une condamnation assurée (27 septembre). La duchesse de Chevreuse fut exilée de la Cour. Le comte de Soissons se réfugia en Savoie. La reine Anne d'Autriche fut citée par Louis XIII devant le Conseil pour se justifier d'avoir « voulu deux maris en même temps ». Elle répondit qu'elle aurait trop peu gagné au change, de Louis à Gaston, pour avoir voulu se noircir d'un crime pour un si petit intérêt. Louis XIII lui infligea une humiliation publique ; il lui fut défendu de recevoir des hommes chez elle en l'absence du Roi. En même temps il donnait au Cardinal la permission d'avoir une garde de 50 mousquetaires pour veiller à la sûreté de sa personne.
La précaution n'était pas inutile; car, en juillet, on avait projeté d'assassiner Richelieu lorsqu'il passait à Vendôme, au retour du voyage de Nantes : on voulait « lui faire un mauvais parti en quelque logement sur
le chemin, où il était peu accompagné, ne pouvant aller aussi vite que le Roi à cause de ses incommodités ». Le Roi lui écrivit (9 septembre) pour lui témoigner la peine qu'il éprouvait de cette nouvelle tentative, et le prier de prendre garde à lui et de se mettre en état qu'ils ne lui pussent faire un mauvais tour '. Dès lors Richelieu eut une garde de 100 hommes à cheval, qui, plus tard, s'éleva jusqu'à 500 hommes, mousquetaires, chevau-légers et gendarmes.
L'année 1626 ne s'acheva pas encore tranquillement. Dans les dernières semaines, le favori de Louis XIII, M. de Baradas, forma une cabale contre le Cardinal et fut chassé de la Cour.
La guerre contre la Rochelle semble avoir suspendu les intrigues et complots. Mais, dès 1629, Marie de Médicis, qui ne paraît pas avoir joué un rôle dans l'affaire de Chalais, reprenait la lutte contre Richelieu et s'efforçait de décider Louis XIII à le chasser. La Reine- Mère était encore très puissante à la Cour ; elle prenait part à tous les actes du gouvernement ; on lui rendait compte de tout ; le Cardinal lui écrivait sans cesse et était fort humble dans ses lettres. D'abord menée sourdement, la guerre éclata au grand jour en 1630, pendant la campagne de Savoie. La cabale espagnole, menée par Marie de Médicis et par l'ambassadeur d'Espagne5, rallia autour d'elle les Grands, toujours prêts à se révolter ou à remuer, et les nombreux enne-