‹ Le Cardinal de RichelieuChapitre 70 sur 203 · Lettres et papiers d'État, VII, 663, note · texte numérisé non relu

Lettres et papiers d'État, VII, 663, note

mis du ministre. « Ce m'est gloire, disait-il à cette époque comme il le répétera au moment de mourir, d*être en butte à tout le monde pour le service du Roi ; grâces à Dieu, ce qui me console est que je n'ai pas un seul ennemi pour mon particulier, que je n'ai jamais offensé personne que pour les services de l'État, en quoi je ne fléchirai jamais, quoi qu'il me puisse arriver ' ».

1630. Louis XIII, accompagné de son minisire, était allé à Grenoble prendre le commandement de l'armée destinée à faire la guerre au duc de Savoie, allié des Espagnols. Marie de Médicis avait suivi le Roi, mais elle s'arrêta à Lyon et s'obstina à ne pas vouloir aller plus loin; au contraire, prétendant que la peste qui sévissait dans les pays que nos troupes allaient traverser, était dangereuse pour Louis XIII, elle voulut qu'il revînt à Lyon, et accusa hautement le Cardinal de compromettre la vie de son fds (juin et juillet 1630). Ce fut le prétexte d'une nouvelle cabale ayant un double but : renverser Richelieu et sauver la Savoie, alliée de l'Espagne.

Sur ces entrefaites, Louis XIII revenu à Lyon y tomba malade, et si gravement, que tout le monde le crut perdu : il souffrait d'un abcès, dont l'existence avait échappé à l'ignorance de son médecin. Marie de Médicis, Anne d'Autriche et Gaston se crurent un instant maîtres de la France. Gaston allait enfin être roi ; Marie de Médicis allait de nouveau diriger la politique

i. Lettres et papiers d'État, 111, 547.

et traîner la France à la remorque de l'Espagne. Autour d'elle se groupaient l'ambassadeur espagnol , M. de Mirabel, qui ne bougeait de chez Marie de Médicis et voyait sans cesse la Reine, le maréchal de Bassompierre, MM. de Guise et de Créqui, la dame d'honneur d'Anne d'Autriche, madame de Fargis, dont la beauté et l'esprit d'intrigue étaient fort utiles à la cabale, un certain Vauthier, médecin et astrologue de Marie de Médicis, etc.

Le Roi fut sauvé par la nature; l'abcès creva, et Gaston ne devint pas roi. Marie de Médicis n'en fut que plus furieuse contre Richelieu, et à force de « vacarmes » elle finit par obtenir de son fils encore souffrant qu'il renverrait le Cardinal à la paix. De retour à Paris, Louis XIII fut instruit par Richelieu de ce qui s'était passé à Lyon ' et ne tint nullement la promesse qu'on lui avait arrachée de renvoyer son ministre.

Exaspérée, la Reine-Mère éclata (11 novembre); elle chassa le Cardinal de chez elle: il était le surintendant de sa maison; elle chassa sa nièce, madame de Combalet, qui était sa dame d'atours ; elle chassa son cousin, M. de la Meilleraye, capitaine de ses gardes ; elle voulut ensuite forcer le Roi à chasser Richelieu du ministère, et, devant l'immobilité de son fils, résolu à garder son ministre et à ne pas céder aux violences de sa mère, elle lui reprocha d'être assez dénaturé

1. Journal de M. le cardinal duc de Richelieu qu'il a fait durant le grand orage de la Cour en l'année 1630 et 1631, tire' de ses mémoires cfu'il a écrits de sa 'main, 1648, in-12.

pour « préférer un valet à sa mère. » Le « vacarme » terminé, Louis XIII s'en alla à Versailles, et Marie de Médicis se crut un moment victorieuse.

Mais LouisXllI avait appelé Richelieu auprès de lui, et le lendemain (12 novembre), tout pliait sous leur volonté. La monarchie s'était transportée à Versailles1 pour y reprendre son sang-froid et sa liberté.

Le 12 novembre, le Cardinal rendait compte à sa sœur, madame de Brézé, de ce qui s'était passé la veille :

Ma sœur, je n'ai pas voulu différer à vous mander comme la Reine m'ayant fait connaître qu'elle ne voulait plus se servir de moi, de ma nièce de Combaletetde mon cousin La Meilleraye, nous avons dû obéir à ses volontés. Je ne doute point que celle nouvelle ne vous apporte de l'étonnement, et toutes fois je vous conjure, autant que je puis, de ne vous en point affliger, puisqu'elle n'a pour fondement que noire malheur2. Il me reste cette consolation en cet accident, que le Roi, auprès de qui je suis3, témoigne en avoir un particulier déplai sir. Le temps fera voir à la Reine que, quelque traitement que je reçoive d'elle, je publierai toujours les grandes obligations que je lui ai, qui m'astreignent à vivre et mourir son serviteur. En votre particulier, je vous conjure de croire qu'en quelque état que je sois, vous me trouverez toujours avec la même affection pour vous que vous sauriez désirer

1. Expression d'un serviteur du Cardinal, M. de La Barde. {Lettres et papiers d'État, IV, 12.)

2. Et non aucune faute que nous ayons commise. — Mots effacés sur la minute de la lettre.

3. À fait ce qu'il a pu pour l'empêcher, et n'en ayant pu venir à bout, — mots effacés sur la minute.

d'une personne qui est, ma sœur, votre très affectionné frère et serviteur.

En même temps, il écrivait au Roi la curieuse lettre qu'on va lire:

12 novembre 1630.

Il m'est impossible de ne témoigner pas à V. M. l'extrême satisfaction que je reçus hier de l'honneur de sa vue. Ses sentiments sont pleins de générosité, et d'autant plus estimables qu'elle les soumet à la raison et aux justes considérations du bien et du salut de son État. Je la supplie de ne craindre jamais de les communiquera ses créatures, et de croire que, de plus en plus, elles s'étudieront à les faire réussir à son contentement et à son avantage. Je souhaite votre gloire plus que jamais serviteur qui ait été n'a fait celle de son maître, et je n'oublierai jamais rien de ce que j'y pourrai contribuer. Les singuliers témoignages qu'il mus plut hier me rendre de votre bienveillance m'ont percé le cœur. Je m'en sens si extraordinairement obligé, que je ne saurais l'exprimer. Je conjure, au nom de Dieu, V. M. de ne se faire point de mal à elle-même par aucune mélancolie ; et moyennant cela, j'espère que, par la bonté de Dieu, elle aura tout contentement. Pour moi, je n'en aurai jamais qu'en faisant connaître de plus en plus à V. M. que je suis la plus fidèle créature, le plus passionné sujet et le plus zélé serviteur que jamais roi et maître ait eu au monde. Je vivrai et finirai en cet état, comme étant cent fois plus à V. M. qu'à moi-même.

Les principaux complices de la Reine-Mère furent exilés ou emprisonnés : le chancelier Michel de Mar-illac fut mis en prison1 ; son frère, le maréchal de Ma-

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