I. Portrait du Cardinal
Ce chapitre, presque tout entier, est emprunté à {"Histoire du cardinal de Richelieu par Aubery ', qui l'a rédigée d'après les renseignements et les documents authentiques que lui avait communiqués la duchesse d'Aiguillon. Cet ouvrage n"était pas pour satisfaire la haine des ennemis du Cardinal, qui n'ont pas manqué de lancer contre l'auteur et son livre les critiques les plus acerbes et les jugements les plus injustes. Pour eux, ce n'est qu'une apologie faite pour gagner l'argent que lui donnait madame d'Aiguillon; en réalité, c'est un livre bien fait et plein de renseignements précieux. Nous n'avons plus aujourd'hui à tenir compte des rancunes et des préjugés d'autrefois; et l'histoire d'Aubery, surtout dans la partie relative à la personne de Richelieu, à ses habitudes et à sa manière de vivre, est pour nous la source d'informations la plus sûre, car elle provient de la nièce même du Cardinal, de ses souvenirs et des documents qu'elle remettait à l'histo-
1.1 vol. in-folio, 1660, avec 2 vol. de pièces, lettres et mémoires.
rien. Nous sommes certains que tous ceux qui liront ce curieux chapitre partageront notre avis et seront bien aises de pénétrer aussi avant que possible dans la vie privée et l'intérieur du grand ministre.
Nous avons cru cependant devoir faire précéder le récit d'Aubery d'une étude rapide sur le caractère, les qualités et les défauts de Richelieu, étude rédigée d'après les données les plus exactes.
Le ministre de Louis XIII a éh^séyèirp, inflpvihlp impitoyable, dur. A-t-il eu raison? Je n'hésite pas à ré^ondreaffirmativement. En effet, comment trouvat — il la France à son arrivée an pouvoir,9 La France était vassale de l'Espagne ; Marie de Médicis, toute puissante, était soumise, depuis la mort de Henri IV, à la volonté du cabinet de l'Escurial; l'ambassadeur d'Espagne exerçait sur le gouvernement une influence omnipotente. La France était sans autorité en Europe ; le pouvoir royal était sans force, sans prestige ; les droits de l'État, l'intérêt général étaient méconnus ; l'intérêt des particuliers, celui des partis, seuls étaient pris en considération. Quand.. les gouvernements sont sans autorjté et^safts- foree^ -le* pa^ti^-d^vlejoneiit les maîtres de l'Etat ou se disputent à qui en sera le maître : c'est alors l'anarchie, la licence. Quand le gouvernement est le plus fort, c'est le despotisme. Ce n'est pas Richelieu qui est l'auteur de ces théories, ce sont les faits, et, s'il n'a pas résolu le problème, la juste conciliation des intérêts publics et particuliers, de l'ordre et de la liberté, sommes-nous bien en droit de lui en faire le reproche ? Avons-nous résolu le pro-
blême? Les uns aiment la liberté jusqu'à la licence, veulent sauvegarder l'intérêt particulier au risque de faire périr l'État, c'est-à-dire la Patrie, notre patrimoine à tous ; les autres mettent l'ordre, la sécurité, l'intérêt de l'Etat au-dessus de tout. Richelieu était de cet avis. Il fut impitoyable envers les factieux et les traîtres, et il ne pensait pas qu'on dût accorder les plus grandes libertés à ceux qui voulaient changer le gouvernement. Pour lui, la faiblesse, l'indulgence envers les ennemis de la monarchie et de l'État, étaient des crimes. Il n'a fait du reste que se conformer aux vœux des États de 1614 : le clergé et le tiers-état demandaient alors instamment que le gouvernement mît fin aux rébellions de la noblesse protestante ou catholique, aux ligues qu'elle formait, aux alliances qu'elle contractait avec l'étranger. En un mot, le pays, la haute noblesse exceptée, venait l'ordre public, la sécurité, le repos : Richelieu mit ce vœu à exécution, et obligea la haute noblesse à obéir.
Il eut à créer ou à réorganiser radminLstratiûû- intérieure, les finances, Tannée, la marine, les colonies, qui étaient en pleine désorganisation ou qui n'existaient pas. Partout il eut mille résistances à vaincre; la routine, la mauvaise volonté, l'incapacité, l'improbité à faire disparaître. Pour le service de l'État (de la France) aux armées et ailleurs, il est sévère : il faut seryjr exaçtejîient, activement et^bien. Mais^slLjnje ménage pas le blâme ou les peines, il est prodigue de louanges ou de récompenses. Après lui, il y a une rna^ rine; il y a une armée qui est victorieuse à Rocroi ; il
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y a une France qui compte en Europe et qui, aux traités de Westphalie, se met à la tête des puissances européennes. Que Dieu veuille nous donner encore quelques Richelieu !
En résumé, si le ministre est impitoyable envers les rebelles, les factieux, les traîtres, les conspirateurs, les criminels d'Etat, dans sa vie privée, l'bomme est bon, aimable, bienveillant, comble ses amis et ses serviteurs de bienfaits et de caresses.
Les mœurs du Cardinal sont pures, et sa conduite est d'une correction absolue. Les pamphlétaires, et plus tard Voltaire, ont débité bien des accusations contre lui ; aucune n'est fondée, et nous répéterons ici que Louis XIII, si religieux et si chaste, n'aurait pas eu pour le Cardinal l'affection qu'il avait pour lui si son ministre eût été un prêtre impudique.
Si Richelieu a un juste orgueil, il est exempt de toute vanité, et il sait entendre la vérité. Il est doué d'une patience prodigieuse, quand elle est nécessaire pour arriver au résultat voulu. Mais d'ordinaire il est impatient de voir ses ordres exécutés et les choses faites. En 1627, à propos du ravitaillement de l'île de Ré, il écrit à M. de Guron : « Je meurs tous les jours en attente de savoir qu'il soit entré des vivres dans Ré, et une telle nouvelle me donnera la vie ' ».Sa JV-Qrlonté^^a^rpsolntion , -sa fermeté sont inflexibles^ Il va au but sans se Jaiâàer-xlétQurner par quoi que ce soit, mais toujours après un examen et une étude approfondis