Lettres et papiers d'État, II
de la question. Une fois son parti pris, il mène l'affaire avec vigueur, tout en sachant attendre, dans certains cas, un moment d'agir plus opportun. Pour lui une difficulté n'est pas une impossibilité. « En toute affaire, disait-il, il y a des difficultés, mais il faut agir en les surmontant ' », et il les surmontait. « En matière d'État, dit-il encore, il faut prévoir et pénétrer de loin les affaires, et ne pas appréhender tout ce qui paraît formidable aux yeux* ».
Il fait connaître les causes auxquelles il a dû ses succès. «Je dois les bons succès que j'ai eus en ma vie, premièrement à la bénédiction de Dieu, et en second lieu au soin que j'ai eu de prévenir les accidents, et à une certaine prudence, peut-être timide, mais utile3 ».
L'une des meilleures qualités du Cardinal est le désintéressement. Quand il devint grand maître de la navigation, il renonça, au profit de l'État, à une somme de 100,000 écus qui lui revenait en vertu de sa charge. Plusieurs fois, pour les besoins de l'armée, il envoie de l'argent; il engage sa vaisselle pour s'en procurer4. Sa fortune est énorme ; mais il doit son revenu aux grandes abbayes et aux nombreux bénéfices dont il est pourvu, aux émoluments de ses charges, aux libéralités du Roi. C'est un parfait honnête homme, à l'abri de tout soupçon.
Il aime rordre^il-veut-^rdre partout : dans l'État,