Lettres et papiers d'État, III
agréables, contribuait encore beaucoup à son divertissement. Il savait toutes les intrigues de la Cour et de la Ville, et les lui racontait d'une manière si bouffonne, que tout son grand sérieux en était déconcerté, et qu'il ne pouvait s'empêcher de rire de tout son cœur. Sortant de ces entretiens, il se sentait une nouvelle vigueur pour reprendre le travail ».
Le Cardinal aimait le séjour à la campagne. L'air de Ruel était favorable à sa santé. Il se promenait volontiers aux Tuileries où, à une époque, selon Tallemant, il faisait une partie de ballon avec ses courtisans.
Il plaisantait volontiers, souvent avec M. de Guron1: ses plaisanteries quelquefois étaient de mauvais goût. En 1634, il écrit à M. de Bouthillier, et l'appelle capitaine et gouverneur du bois de Vie saine 2. Or, le bois ou château de Vincennes était une prison d'État. « Les prisonniers, dit-il encore, n'y sont plus en mauvais air ».
Malgré l'élévation de son génie, Richelieu partage avec ses contemporains quelques-uns de leurs travers. « Ce grand esprit, dit M. Avenel, n'était pas exempt de quelque penchant aux superstitions vulgaires : les pressentiments, les présages, les pronostics l'occupent ; il ne laisse pas de prêter quelque attention à l'accomplissement de certaines prédictions, au sens de certains songes; il ne s'étonne pas de la foi à l'influence des planètes, des jours heureux ou malheureux; et