II. Son zèle pour l'État
La comparaison qui se fait d'ordinaire des ministres d'Etat, et des autres personnes publiques, aux flambeaux qui se consument eux-mêmes en servant aux autres, convient particulièrement au cardinal de Richelieu, qui a indubitablement prodigué sa santé et sa vie au service de sa patrie et du public. Aussi disail-il ordinairement qu'il aimait beaucoup mieux l'État que sa propre, vie.: et l'on a effectivement remarqué qu'il semblait n'être animé que de ce zèle, et qu'il se portait bien ou mal selon le bon ou mauvais état des affaires.
C'est pourquoi M. de Noyers écrit dans quelque dépèche au maréchal de Chàtillon, pendant le siège de Saint-Omer : « L'amour de l'État brûle Son Éminence et consume sa santé, en sorte que le déplaisir de vous avoir vu avec deux
armées un mois durant devant Saint-Omer sans ouvrir la tranchée, lui a emporté plus de vie que le travail de deux ans dans la tranquillité ».
Il exigeait le même zèle de ses plus proches parents, lesquels il n'eût pas voulu reconnaître pour tels, à moins qu'ils n'eussent montré autant de passion qu'il faisait pour la gloire et l'avantage de l'État : de sorte qu'on a cru que l'affection et l'estime singulière et constante qu'il a eue pour le maréchal de la Meilleraye était fondée sur les preuves de valeur et d'activité extraordinaire qu'il lui voyait rendre en toutes rencontres pour le bien public. « Je suis extrêmement aise, écrit-il au Roi, de ce que mon cousin de la Meilleraye se trouve assez heureux de servir V. M. à son gré. Je ne souhaite rien avec plus de passion, sinon que moi et les miens emploient leur vie au service du meilleur maître qui soit au monde ».