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III. Sa prévoyance pour l'emploi des armées

Après quoi il ne faut pas s'étonner s'il exigeait encore la même passion et la même activité des autres généraux qu'il employait pour la conduite des armées, lesquels il ne cessait d'animer par toutes sortes de motifs imaginables.

Il ne se contentait pas de leur avoir donné lui-même, avant qu'ils partissent, les ordres du Roi, de vive voix ou par écrit : il les en faisait continuellement ressouvenir, au moins des plus importants et des plus essentiels, leur faisant d'abord écrire qu'ils ne s'étonnassent point s'ils recevaient souvent par leurs dépêches des redites sur un même sujet, et si divers courriers leur apportaient presque toujours les mêmes ordres. Ce qu'il faisait, non seulement par une louable impatience, causée par l'excès de son zèle, mais encore dans la pensée que cette répétition de ce qu'ils avaient à faire leur était nécessaire pour y mieux prendre garde, ou, en tout cas, qu'y venant à manquer, ils seraient moins excusables.

Sur le moindre délai de se mettre en marche, il les faisait

presser, et les pressait lui-même extraordinairement, leur envoyant représenter que tous les moments étaient dorénavant précieux ; que la condition du plus diligent et de celui qui prévenait 1 était toujours la meilleure ; que le premier en campagne avait ordinairement l'avantage, et que d'abord l'on avancerait beaucoup plus avec peu de troupes, qu'on ne ferait pas dans la suite avec les plus puissantes armées.

Etaient-ils enfin en marche et en état d'attaquer, il leur demandait aussitôt quelque grand exploit, qui étonnât les ennemis et qui mit les nôtres en curée, et ne leur dissimulait point qu'il eût volontiers souhaité parmi eux un défunt Terrail, qui avait tant pétardé de places pour l'archiduc sur les Hollandais, ne pouvant presque plus souffrir les longueurs et les dépenses sans fin des sièges réguliers.

S'ils avaient remporté quelque avantage, il leur mandait qu'il fallait battre le fer tandis qu'il était chaud, et ne laisser pas perdre le fruit qu'ils pouvaient tirer de leur victoire : leur proposant souvent l'exemple et la maxime de César et des autres grands capitaines qui poussaient toujours vigoureusement leur première fortune, et ne comptaient pour rien ce qu'ils avaient fait, tandis qu'il leur restait encore quelque chose à faire2.

Ces instantes sollicitations étaient différemment reçues par les généraux. Les plus soumis tâchaient de s'accoutumer à ces reproches ordinaires de n'avoir jamais assez fait, et essayaient même de les prévenir autant qu'il leur était

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