Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictins
Dom Paul Denis me prie de présenter au public son livre si complet et si intéressant intitulé : Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictins. Il ne suffit pas d'avoir fait, de l'histoire du cardinal de Richelieu, l'objet de ses propres études, pour avoir une compétence quelconque sur le sujet si spécial traité par l'auteur ; mais, puisqu'il m'y invite, je ne me refuserai pas à examiner, d'après ses recherches, les intentions et les actes de Richelieu au sujet des Ordres monastiques.
Ses intentions, Richelieu les a exposées dans deux lignes de son Testament politique : k réformer les maisons déjà établies et arrêter les excès des nouveaux établissements ». Quant aux actes, il a pris soin d'en tracer également le crayon dans un autre passage du même ouvrage : « Quand je me souviens que j'ai vu, dans ma jeunesse, les gentilshommes et autres personnes laïques, posséder par confidence, non seulement la plupart des Prieurés et Abbayes, mais aussi des Cures et Évèchés, et quand je considère, qu'en mes premières années, la licence étoit si grande dans les monastères d'hommes et de femmes qu'on ne trouvoit, en ce temps là, que des scandales et de mauvais exemples, en la plupart des lieux où l'on devoit chercher l'édification, j'avoue que je ne reçois pas peu de consolation de voir que ces désordres ayent été si absolument bannis sous votre Règne, (il s'adresse à Louis XIII) que maintenant les confidences et le dérèglement des monastères soient plus rares que les légitimes possessions et les Religions bien vivantes ne l'étoient en ce temps là ».
Si l'Eglise de France toucha, pendant le grand siècle, à son apogée, ce n'est pas le simple fait du hasard ou de certaines circonstances historiques. Ce fut le résultat d'efforts persévérants de la part des chefs de l'Eglise et des chefs de l'Etat. Or, Richelieu réunissait les deux qualités. Son génie simplifi-
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cateur et ordonnateur ne pouvait manquer d'aborder cette tâche avec la même résolution que toutes les autres ; il n'est pas étonnant qu'il ait su donner, selon l'appréciation, peutêtre un peu optimiste, de Dom P. Denis, « au clergé séculier et régulier ce qu'il a donné à la France elle-même, une organisation avec laquelle elle put vivre durant deux des plus beaux siècles de son histoire ».
Dans mon Essai sur les Libertés de l'Église Gallicane, j'ai tâché de dégager le principe des rapports entre l'Église et l'Etat à cette époque : le gallicanisme royal, système très complet, apportait une solution nationale du problème de la hiérarchie religieuse et des biens ecclésiastiques, en France. Si j'avais plus de compétence, j'essaierais d'indiquer, d'après le livre de Dom P. Denis, les grandes lignes de cette même politique royale à l'égard des Ordres monastiques.
Comment ne pas être frappé du ton de gravité avec lequel Colbert aborde cette question dans une lettre au cardinal Mazarin (23 novembre 1655) : « Je n'ay jamais escrit ni parlé à Vostre Eminence, depuis qu'elle m'a fait l'honneur de me confier le soin de son domestique, à:aucinie affaire que j'estime plus importante, plus nécessaire et de plus grande gloire solide pour Vostre Eminence que celle dont j'ay dessein de l'entretenir par ces lignes et dont j'ay déjà eu l'honneur de luy parler. C'est, Monseigneur, de la résolution qui est à prendre pour ce qui concerne l'Ordre de Cluny, le rétablissement duquel a esté entrepris avec grand soin et grand travail par feu Mgr le cardinal de Richelieu... »
Ces grands hommes d'Etat mettaient donc, au premier rang de leurs préoccupations, la question des Ordres religieux et il faut tâcher de découvrir les raisons profondes qui les portaient, parmi leurs travaux accablants, à y consacrer une partie de leurs veilles.
Dans toute société humaine, il y a une exubérance de sève et de force qui tend à se répandre, à s'employer en dehors des cadres mêmes de cette société. Le dévouement, l'esprit de sacrifice, Tardeur au bien ont, comme le génie du mal, leurs explosions incoercibles. La charité ne veut pas s'en tenir à l'œuvre quotidienne ; il lui faut les jours et les lendemains, la vie et la survie : elle donne pour ceux qui souffrent et pour