‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 21 sur 183 · Dibl. Sainte-(M'iieviève, ms. 3240, fol · texte numérisé non relu

Dibl. Sainte-(M'iieviève, ms. 3240, fol

pareil que vous avez du parfaict restablissement de Tordre S nous rendroit du tout confuz. n'esloit que nous scavons que le propre des grands est de s abbaisser de tant plus a chérir les choses basses, que plus ils sont relevez : Quy faict que voillant le tout d'un respectueux silence, nous vous assurerons seuUement qu'avons chargé nostre Rx Père Supérieur de Vous aller faire la révérence, et rendre compte de ce quy a esté délibéré en nostre chapitre sur l'affaire de Cluny ; pour en suitte de cela en recepvoir vos commendements, lesquels nous honorerons tousjours comme tendans a la . plus grande gloire de Dieu, Lequel avec vostre permission nous supplierons très humblement vous vouloir conserver en longue et heureuse vye pour le bien et utilité de toute son Eglise, et a nous de nous faire la grâce d'estre meritoirement plus que de nom

Monseigneur

Vos très humbles et très obéissants religieux Les Président et Diffiniteurs du chapitre gênerai de la congrégation

de St Manr assemblé à Jumieges.

Jumieges, ce 30" scpl. 1624.

A Monseigneur le Cardinal de la Rocliefoiicaiill, grand anlmosnier de France à Paris.

Ce fut Dom Mai'tin ïesiiière qui, avec Dom Cyprien Le Clerc, reçut du chapitre obédience d'aller à Cluny prêter concours à la réforme. Le premier venait d'être élu président de la congrégatiion à la place <le Dom Régnier. Les moines de Cluny avaient demandé quatre éducateurs : les Pères de Saint-Maur leur accordaient une demi-satisfaction, ne se faisant probablement que très peu d'illusions sur le succès de l'entreprise à laquelle on les avait contraints.

Le cardinal fît remettre aux deux moines des lettres du roi autorisant leur mission. La précaution n'était pas inutile. Il y

1. Le cardinal s'occupait en effet de toutes les maisons do l'Ordre de saint Benoit et non point seulement de Cluny. On voit son intervenlion à Saint-Eloi de Noyon, à Saint-Remy de Reims, à Sainl-Evroult, à Marmoutier pour la visite duquel il envoie, de Saint-Germain-en-Laye, le 3 août 1623, une commission à l'évêque de Rennes, et dans les six abbayes de Bretagne. {Ibid., fol. 83, 95, 12'i, 147, loi, 168 et 256.) Il donne en outre, le 3 juillet 1624, commission à Dom Barthélémy Robin pour visiter quelques monastères de l'Ordre de Saint-Benoît (Ibid., fol. 282), et une ordonnance pour la réforme de Moulier-Saint-Jean (ms. 3246, fol. 11).

20 RICHELIEU ET I,A RÉFOinii; MONASTIQUE

avait en efl'el. ù tluny quelques bons religieux, d'esprit droit, qui désiraient sincèrement lunion avec Saint-Maur et la rérorme de leur abbaye ; mais la grande majorité était composée de moines relâchés qui demandaient à n'être point troublés dans leur paresseuse quiétude, et étaient disposés à résister éncrgiquement pour défendre leur bien-être et leurs aises.

D'ailleurs l'abbé de Cluny lui-même, malgré sa piété, sa dignité de \ie, en dépit aussi de tous les mouvements qu'il se donnait depuis trois ans, était peul-êiro le plus gros obstacle à l'union tentée, il souhaitait vi\('ment la rél'orme do son monastère et de son Ordre: mais il se souciait assez peu de la \oïv opérer par un autre que lui. Avec l'irrésolution et la timide prudence habituelles aux \ieillards, a^ec l'obstinatioii irréductible d'un homme qui ne voit pas son incapaciti\ il aurait voulu être à lui seul l'ouNrier de cette réforme : Saint-Maur lui aurait fourni quelques hommes pour l'aider, mais c'est lui qui aurait tout dirigé, qui aurait tout fait. De plus le bon vieillard était faible devant les reproches dont le harcelait sa famille : depuis longtemps elle avait accoutumé de vivre aux crochets d'un homme qui disposait de tant de bénéfices et de si gros revenus, et elle n'envisageait qu'avec terreur le moment où il se dépouillerait de sa dignité pour établir cliez lui la réforme : dorénavant on ne pourrait plus l'exploiter Dom d'Arbouze n'avait pas la force de se soustraire à ces avidités : trois des principaux officiers de Cluny avaient dévoilé par lettres à l'ancien Général de Saint-Maur, Dom Colomban Régnier, ce secret mobile des hésitations de leur abbé.

Aussi D. Tesnière et D. Le Clerc reçurent-ils l'ordre, en partant pour Cluny, de se rendre compte des dispositions intimes des religieux et d'examiner sur place les difficultés, mais non fie chercher à les résoudre : ils ne devaient en aucun cas s'écarter des statuts du cardinal de la Rochefoucauld approu\és par le chapitre général de Saint -Fa ron. Ils rendirent visite au cardinal, prirent ses lettres pour labbé et le procureur général et se mirent en route pour Cluny au mois de novembre 1624. On les y reçut avec de grandes démonstrations de joie : nous n'en voulons pour preuve que la lettre qu'écrivait dès son arrivée Dom Tesnière à M. Mareschal, avocat au Parlement, qui, à plusieurs reprises déjà, s'était occupé de la réforme de Cluny.

I^ax Chrisli.

Monsieur,

Ce mot ' n'est que pour vous donner advis de noslie arrivée en reste merveille du monde, sans aucun accident, grâces a Dieu ; ou M"" le grand prieur-, M' le prieur claustraP et tous les religieux unanimement, nous tesmoignent par tous moyens dont ils se peuvent adviser, le contentement qu'ils otd de nous y voir, ensemble M"" le baron de Tavanes ', qui a j)rins la peine d'y venir exprès, et hier Madame venant au formon nous ol)ligera daller demain a Lourdon. Mrs les Officiers, particulièrement M"' le procureur fiscal ne nous tesmoignent pas moins d'affection : ce qui nous faict espérer bon succès de nostre voyage a la venue de M'" lAbué qui est encore en Auvergne. Je ne vous en diray davantage, sinon vous supplier recommander et faire recommander cestc affaire de si grande importance aux prières de ceux (jue congnoisscz avoir plus de crédit vers Dieu, affin qu'il luy plaise nous manifester sa volonté, et nous donner moyen de l'exécuter. M^' de Saint Estienne •' arriva hier nu soir, qui comme procureur de l'Ordre, n'oublie rien de ce qui deppend de ceste charge, et de son ardente affection a ceste affaire. C'est donq tout pour le présent après vous avoir asseuré que je su y s

Monsieur,

Vostre très humble et obéissant en Nostre Seigneur,

FR. Martin Tesniere.

De Cluny ce 9 décembre 1621.

Ce n'était là que les témoignages indispensables (\c la courtoisie fraternelle ; mais dès les premières conférences il fut visible qu'on ne pourrait s'entendre. On demanda d'abord aux deux députés de Saint-Aîaur d'ajouter des explications complémentaires aux propositions arrêtées précédemment avec le cardinal, et ces modifications étaient pour la plupart incompatibles a\ec les autres arlicles.

La Voûte posa en effet les desiderata suivants ^ : 1"^ La nou-

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