‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 42 sur 183 · Bibl. Nat., Coll. de Bourgogne, t. 87, fol · texte numérisé non relu

Bibl. Nat., Coll. de Bourgogne, t. 87, fol

2. Parmi les procès-verbaux de visite des maisons de Cluny faits en 1628 et conservés au tome 87 de la Collection de Bourgogne, on peut signaler ceux d'Elincourt, du 22 féwier (fol. 178), de Lihons en Sangterre (fol. 1921. de Nanteuil, en décembre (fol. 216 et 234).

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puisque SainUMaur se dérobait, ou réclaniorait le secours des religieux de Saint-Vanne, qui après tout étaient les fondateurs et les premiers instituteurs de Saint-Maur et qui justement venaient de s'offrir spontanément à réformer à son tour l'Ordre de Cluiiy.

Les supérieurs de Saint- Vanne accordèrent à Dom d'Arbouzc les trois religieux qu'il demandait. Il confia à l'un d'eux, Dom Etienne Bernard, le noviciat, à l'autre, Dom Placide Roussel, la discipline du cloître : ne trouvant pas d'emploi pour le troisième, il le renvoya en Lorraine. On devine ce ({uo pouvaient faire les deux pauvres moines au milieu d'une communauté aussi nombreuse que celle de Cluny, dont la grande majorité ne voulait point ou ne voulait plus entendre parler de réforme. Quant à l'abbé, saisi d'un grand mouvement de ferveur, il annonça du haut de la chaire, le lundi de Pâques 1629, que le lendemain il célébrerait une messe pontificale au cours de laquelle les partisans de la réforme renouvelleraient leur profession et s'engageraient à pratiquer les statuts et observances récemment imposés: il convoqua toute l'assistance à assister à celte émouvante cérémonie. Le lendemain, quand il voulut se rendre au maître-autel, les adversaires de la réforme lui interdirent l'entrée du sanctuaire, et la rénovation des vœux si solennellement annoncée dut se faire très modestement, en petit comité, dans la chapelle de Bourbon, mais devant plusieurs témoins, notables et bourgeois de Cluny : Dom d'Arbouze jura le premier et reçut ensuite la profession des autres ^.

Ce n'était pas tout de promettre : il fallait tenir ses engagements et passer à la j)ratique. Chacun de ceux qui venaient de renou- \cler leur profession s'empressa de porter à la caisse commune ce qu'il avait en sa possession. Encore fallaitr-il prendre quelques précautions pour que les ofllciers claustraux, qui se dépouillaient ainsi de tout en un jour de ferveur, ne fussent pas victimes de leur élan de désintéressement si la réforme n'aboutissait pas. L'abbé le comprit admirablement ; il apporta sa cassette, qui était pleine d'or, paraît-il, mais il en garda la clef ; et

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t|uelqiit' Icuips après il ie\iul chercliei' coiileuant et contenu. lUeJi do seiieiix ne ])ouvait se l'aire clans ces conciliions. Ces soidisant réformés eurent beau, dans une réunion c|ui eut lieu le mercredi de Pâques, 18 avril', décréter que les novices seraient soumis 41UX mêmes exercices que ceux de la congrégation de Sainl-.Vlaur et qu'en toutes choses on se rapprocherait le plus possible de l'observance qui se pratiquait à Saint-Maur : on vient de voir comment ils interprétaient une des lois les plus essentielles de la vie religieuse, la loi de la pauvreté.

C'est sur ces entrel'ailes c|u'arrivère.nt les moines de Saint- Vanne. L'abbé arrêta avec eux de nou^'eaux statuts, en faisant une sorte de cote mal taillée entre les règlements du cardinal de Guise et les observances de Saint-.VIaur, et on les envoya à la fois aux présidents des deux congrégations ^. Ainsi qu'il avait toujours été pratiqué depuis le premier chapitre général de Saint- Maur en 1618, les Pères de Saint-X'anne envoyèrent deux délégués pour soumettre au chapitre c|ui se devait tenir en 1629 la question de la réforme de Cluny. Quand les deux moines lorrains arrivèrent à Paris, ils apprirent qu'on ne tiendrait pas de chapitre cette année-là, et que le supérieur général, Dom Maur Dupont, était à Limoges. Ils retournèrent à Verdun.

Pendant ce temps, quelques-uns des moines qui avaient renou- \elé leur profession le 17 avril, perdant tout espoir ou peut-être gagnés par les promesses des anciens, signifièrent à l'Abbé qu'ils n'avaient point entendu contracter d'obligations nouvelles par l'acte qu'ils venaient de poser, que ce renouvellement de profession était identique à ceux que l'on fait après une retraite spirituelle, par exemple, et qu'ils n'avaient qu'à retourner à leur état primitif et surtout jouir en paix de leur prébende monacale. Dom d' Arbouze fit consulter l'affaire en Sorbonne, et les docteurs, au nombre desc|uels se trouvaient Ysambert et André Duval, dé-

2. Voir la Réponse de M. M. de Cnmi aux P. P. de la Congrégation de Lorraine, en dnte du 26 mai 1659 (Bibl. Nat., Coll. de Bourgogne, t. 87, fol. 258), et les Proposiii'ons faites entre Dom de Veny d Arbouze el les R. R. P. P. Dom Jérôme Jacquelin. Mathias Potier et Claude Hydulphe. religieux de la congrégation de Saint Vanne, le tout sous le nom et bon plaisir de M. le Cardinal de Richelieu, 28 mai 1629 (Ibid., fol. 271).

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clarèrent que cct^ moines élaienl indispen&ablement obligés de garder déeorniais la stricto observance, et que « encore bien qu'ils eussent enii)luyé le mot reiiovo prolessnonan, étant donné leur intention évidente de s'engager à quelque chose de plus qu'auparavant, et la solennité dont ils avaient accompagné celle action, il avait la même force et valeur que le mot iniiovo^. »

Mais on ne ramène pas des religieux à la pratique de leuirègle au moyen de décrets de théologiens. Dom d'Arbouzc, voyant s'écrouler définitivement ce que ses faibles mains avaient tenté d'édifier-, obligé de se rendre compte par tant d'insuccès que la tâche d'une telle réforme dépassait de beaucoup ses facultés, devinant peut-être aussi que llichclieu ne se déciderait pas à agir vigoureusement à Cluny aussi longtemps qu'il n'eu aurait pas à lui seul l'administralion entière, se rendit à Paris en compagnie d'un des deux moines de Saint-Vanne qu'il avait en sa maison et fit offrir au cardinal de Richelieu, qui parcourait alors le midi de la France, de résigner en sa faveur l'abbaye de Cluny, bien qu'il se fût engagé maintes fois à s'en démettre au profit de la réforme. 11 agissait ainsi, dit-on, afin de concilier à sa famille la bienveillance du tout-puissant ministre.

Sa démarche surprit beaucoup de gens et en indigna quelquesuns, Mathieu Mole entre autres, qui dit au grand-prieur de Cluny qui l'était allé visiter pour lui recommander son instance au Parlement • « Dites de ma pari à votre abbé ({u'il est un abîme plein de bonnes volontés, mais parfaitement inefficaces. » Dom d'Arbouze se retira dans sa famille, où il mourut le 29 août 1635. Triste fin d'un supérieur trop faible pour accomplir le bien qu'il voyait, trop indécis pour imposer sa volonté aux autres, trop préoccupé de ses intérêts personnels pour consentir aux sacrifices qu'exigent toujours les grandes causes !

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