‹ Le cardinal de Richelieu et la réforme des monastères bénédictinsChapitre 59 sur 183 · Bibl. Xot.. ms. lot. 138G1. p · texte numérisé non relu

Bibl. Xot.. ms. lot. 138G1. p

2. Le pieux cardinal de la Rochefoucauld avait la plus haute idée de la vertu de Dom Tarrisse qui, avec saint \incent de Paul, l'avait aidé à plusieurs reprises dans l'œuvre de la réforme. 11 disait en parlant d'eux : v Mes deux saints ^v (.\bbé Maynard, Saint Vincent de Paul, t. III. p. 429).

lUCIILLIEU, ABBÉ DL CLUNY. 1633. 91

reprises, par des mesures prudentes et opportunes, apaisé les divisions enti-e les religieuses qui désiraient embrasser la réforme du Calvaire, et celles (|ui voulaient continuel- à vivre selon Tanciennc règle. Comme toutes vivaient ainsi juxtaposées dans le même monastère, la paix était souvent altérées, d'autant que les unes voulaiejit ardemment l'union et cpie les autres mettaient autant de zèle à s"\ opposer. Il arri\a qu'en Tannée 1633 il y avait à la fois une abbesse démissionnaire, Ambroise du Bual, une abbesse triennale élue parles moniales, Catherine Erreau de Sainte- Fare, et une abbesse perpétuelle iionun(M:' par le roi. Louise de la Capelle de Cardaillac ^

Quand le chapitre général de 1630 l'eut choisi comme supérieur de la congrégation de Saint-Maur. iJom Tarrisse continua néanmoins à s'occuper de la Trinité de Poitiers, dont il avait été confesseur et visiteur, et il advint qu'au moment où le désordre était à son comble, une lettre écrite de Paris le 11 septembre 1633- par ce religieux expérimenté et d'une éminente vertu à la supérieure de la Trinité enleva comme par enchantement les dernières hésitations. Il avait montré clairement (pie, vu l'état des çsprits et la division qui persévérerait fatalement dans les éle-ctions postérieures, l'union avec la congrégation du Calvaire était le seul moyen d'éviter les abbesses perpétuelles imposées par le roi dans l'arrêt du Conseil du 22 juin 1633. et d'empêcher la ruine de l'observance.

C'était la solution que désirait depuis longtemps le Père Joseph et qu'il avait vainement tentée. Quelques joiu'S après avoir reçu la lettre de Dom Tarrisse, les religieuses de la Trinité consentaient à l'union de leur abbaye à la congrégation du Calvaire. Il axait en même temps donné Tordre au procureur de Saint-Maur à Rome de s'intéresser à cette affaire, et c'est sur la demande de celui-ci qu'l^rbain VHI confirma Tabbesse élue par

1. Toutes les pièces relatives ix celte affaire, en particulier plusieurs lettres de Dom Bernard Jévardac, procureur de la congrégation de Saint- Maur, qui raconte ses diverses démarclies auprès de Richelieu el du Père Joseph, se trouvent à la Bibliothèque de Poitiers, collection de Dom Fonteneau. (Voir les Tables de Rédet, p iG4-469.) Les originaux sont aux Archives de la Vienne, série H, Abbaye de la Trinité, liasse 3.

"2. Coll. Fonlenoau, t. !?7, p. 627. Voir cette lettre à l'appendice, n'' liO.

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les moniales. Le J 1 janvier l(3o5, le supérieur général de Saint- Alaui- assistait aux côtés de l'évêque de Poitiers à linslallation solennelle do la réforme du Calvaire à la Trinité \

Le Père .I()sei)li avait \oulu faire la <:onnaissance de cet homme sage et prudent qui dirigeait si bien ses chères Calvairiennes, et l'avait invité à le venir voir. Le jour où Dom Tarrisse se rendit au Palais Cardinal accompagné de Dom Cyprien Le Clerc, son premier assistant, qui était en même temps procureur syndic de la congrégation, il y trouva Dom Piollet et Dom Lemperière qui s'entretejiaient avec le 1*. Joseph du fameux projet d'union. Aussitôt que les deux Ciunistes se furent retirés, le P. Joseph mit tout naturellement la con\ersation sur le même sujet. Il en parla avec chaleur, vanla la bienveillance du cardinal envers la congrégation de Saint-Maur et tout l'Ordre de Saint^Benoît, fit ressortir les grands avantages de cette union qui armerait in- \inciblement les Bénédictins contre leurs ennemis, empêcherait les sécularisations d'abbayes, etc.

Dom Tarrisse fut cojisterné : si le princi|>al confident se laissait prendre à ces beaux prétextes, c'est donc que le projet souriait aussi au maître et comment se défendre le jour où un tel homme \ oudrait le réaliser ? Sous le sentiment du danger que courait sa congrégation, il parla en toute franchise au Père Joseph, renversant une à une toutes ses illusions. Quelle masse hétéroclite ne formerait pas celte union de congrégations différentes sans lien commun d'observances, sans unité de constitutions ? Ce général, choisi sans le consentement des religieux, parmi les hauts personnages de la Cour, et qui n'aurait aucune expérience de la vie monastique, que pourrait-il faire de bon ? Quel ascendant aurait-il ? \e serait-il pas un danger permanent pour l'autorité des supérieurs qui ont à maintenir la règle dans les monastères ? Combien facilement servirait-il d'instrument dans les mains d'bommes cherchant à accaparer les bénéfices réguliers ! Il se forjnerait bien \ite autour de lui un petit parlement laïque, qui fatalement se mêlerait des choses religieuses. Une telle agrégation de monastères si divers ne serait qu'une tour de Babel où personne ne ]:>ourrait s'entendre.

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