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Le cardinal de Rohan-Chabot

On nous a communiqué, il y a quelques années, les Mémoires manuscrils d'un chanoine et vicaire g('néral du diocèse de Besançon. M. l'abbé Perrin avoiit été, tout au début de sa carrière, secrétaire intime de l'archevêque duc de Rohan, fonctions qu'il a remplies depuis l'intronisation jusqu'à la mort de ce prélat. Ame d'élite, mais intelligence un peu courte, M. Perrin voy'ait Dieu avec une telle évidence dans ses supérieurs qu'il perdait la faculté de les juger. Les prélats auxquels il a été attaché lui semblent les plus grands évoques des temps modernes, mais l'admiration qu'il avait vouée à M. de Rohan avait quelque chose de plus tendre, inspiré par le sentiment de vertus et de faiblesses qui leur étaient communes, et par la gratitude (ju'il éprouvait d'avoir été distingué par un si grand seigneur. Juscju'aux conlins de

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la vieillesse, ù toute occasion, il revenait sur sa véne'ration pour son bon cardinaL tellement que quelques personnes, touchées delà fidélité de son culte au point de s'aveugler sur ses aptitudes, lui conseillèrent d'écrire ses Mnnoires. Il résista longtemps par le sentiment, ([u'il s'exagérait encore, de son insuflisance ; puis, ne croyant pas avoir le droit de refuser son témoignage à la mémoire de sa chère Eminence,il entreprit la rédaction de ses souvenirs à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, et il mourut, les laissant inachevés, à quatrevingt-onze ans.

Cette œuvre, qui n'a pas plus de prétention que de valeur littéraires, n'est guère à consulter que en ce qui concerne la vie privée et la période épiscopale de M, de Rohan, car, au point de vue historique, les faits les plus importants, auxquels son Eminence a été mêlée, sont ou passés sous silence ou défigurés par d'énormes erreurs. Disons, toutefois, que M. l'abhé Perrin a mis là tant de candeur, de sincérité, un sentiment si profond de la dignité sacerdotale, une si belle âme en un mot, qu'il reste, en définitive, l'impression que cette œuvre mal faite est une bonne Œ'uvre.

Et puis, à la longue, le culte, qui est le tout de cette œuvre, finit par être contagieux et par inspirer le désir de connaître ce qu'a été ce prélat grand seigneur dont la vie semble réunir les extrémités des choses hiimaiaes, les félicités sans bornes aussi bien que les misères, et qui ac ait su profiter de sesdisgrdces plus (ju'ii n'avait fait de ses (jrandeurs.

LNTUODIJCTION

Pour atteindre ce but, il fallait, nous l'avons dit, ne se souvenir des Mémoires de l'abbé Perrin que pour la période épiscopale de M. de Rohan, et encore sur de rares questions de détail. Puis il fallait rechercher quelles avaient été les origines delà grandeur de ce prince, ce qu'était le milieu qui avait concouru a sa formation, à qui il devait quelques-unes de ses vertus et toutes ses faiblesses; le suivre avec sa famille en émigration et dans les périls qu'avaient comporté leur rentrée en France, au lendemain du 18 brumaire; dire son affiliation à rEin[)ir(; et les conditions dans lesquelles elle avait été subie; retrouver sa \y<x\i d'action dans le grand mouvement politique, religieux et littéraire de la Restauration; dire enhn comment il racheta, par une rare grandeur d'âme, la défaillance que lui causa l'écroulement de juillet 1830... de là ce titre : Un prrlat iV ancien régime au XIX" siècle, sa famille et non groupe.

La première question, ([ui se posait, et que je devais élucider avant d'entrer dans le cœur de mon sujet, était celle-ci : qu'était-ce que les Rohan et les Rohan-Chabot; comment les seconds s'étaientils greiïés sur les premiers? Il y avait là une page d'histoire pleine de protestations contre l'arbitraire royal, de grands procès, de drames et de rivalités éclatantes, qui durèrent pendant deux siècles et n'ont pas encore pris lin.

Pour découvrir l'origine de cette longue lutte.

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il faut remonter à Henri de Rolian, qui s'illustra comme dernier capitaine de la Réforme, et comme écrivain d'épée dans les premières années du xvii' siècle. Il avait été créé duc de Rohan par son cousin germain, Henri IV, qui Tavait distingué entre tous ceux de la jeune noblesse et qui l'aimait.

Il était de fière et forte race, descendant des anciens rois de Bretagne, et apparenté aux principales maisons souveraines de l'Europe. Les Rohan, en raison de cette descendance royale, étaient Tune des quatre maisons (Lorraine, la Trémoïlle, Bouillon, Rohan), dont les aînés jouissaient, en France, des titre et rang de princes par définition d'Etat, ainsi que des honneurs et prérogatives attachés à la qualité de princes étrangers. En cette qualité, ils avaient la main chez les princes du sang, se couvraient aux audiences, célébraient leurs fiançailles dans le cabinet du roi, entraient au Louvre en carrosse, prenaient le pas sur les ducs, et, comme les membres de la famille royale, étaient faits chevaliers du Saint-Esprit à làge de vingt-cinq ans'.

1. C'est la vicomte de Rohan qui l'ut, en 1603, érigée en duchépairie, comme la plus ancienne vicomte de France, celle qui, depuis plus de neuf cents ans. avait tenu titre et qui s'étendait à quarante paroisses. La grand'mère de Rohan, du côté paternel, était une d'Albret. grande-tante de Henri IV. 11 se trouvait ainsi le parent le plus proche du Béarnais dans la ligne d'Albret, et même son héritier présomptif, en Navarre, avant la naissance de ses enfants.

Saint-Simon, que tout ce qui pouvait primer la dignité de duc et pair met hors de lui. s'ingénie à démontrer que la prétendue assimilation, au.x princes étrangers des quatre maisons françaises, d'origine souveraine, ne repose sur rien; puis, lorsqu'il est acculé par l'évidence, il s'échappe en disant que <■ ces prérogatives ont

INTRODUCTION b

Henri IV, qui voulait établir grandement Rohan, avait pensé d'abord à le marier à une princesse de Suède; ce projet n'ayant pas eu de suite, Hoban épousa Marguerite de Bétbune, fille du grand Sully.

La mort de Henri IV fit plus que briser le cœur et la carrière de Rohan, elle fit de lui un rebelle. Le parti protestant, feignant de croire les églises menacées dans leurs garanties et dans les conditions mêmes de l'Edit de Nantes, mais au fond n'aspirant qu'à la domination, voulut se rendre plus à craindre que jamais, et, pour y parvenir, il prit à nouveau les armes et déchaîna la guerre religieuse. Il arriva, alors, à Rohan ce qui arrive

été volées comme sur les grands chemins, et que, si on examine bien tous ces rangs de princes étrangers, même dans ceux qui le sont par naissance, on les trouvera toutes composées de pareils brigandages >■>.

Ce n'est pas La Rochefoucauld qui aurait contesté les prérogatives des princes assimilés, puisque, sans pouvoir en rien justilier sa prétention, il aspira à prendre rang parmi eux. C'est à ce prix que, entre les deux Frondes, il s'oilVit à Mazarin : « Le Cardinal, écrit-il dans ses Mé?noires. vouloit quelquefois me ménager, et feignoit de désirer mon amitié : il savoit que la reine s'étoit engagée à moi, dans tous les temps, de doimcr à ma maison les mêmes avantages qu'on accordoit à celles de Rohan, de la TremoïUe, et à quelques autres. Je me voyois si éloigné des grâces solides (jue je in'étois arrêté à celle-là. — Celle-là encore qui, dit M'"" de Motteville, était ime folle chimère, lui fat refusée, et cet échec mortifiant acheva de le jeter parmi les frondeurs. »

Turenne, qui, dit Saint-Simon, « était suprêmement glorieux, délicat et aUentif sur sa prétendue qualité de prince », était préoccupé, comme d'une affaire intéressant l'honneur de sa maison, de parvenir à ce que son neveu, l'abbé de Bouillon, qui allait soutenir sa thèse en Sorbonne, y obtînt le traitement qu'y recevaient les princes et ceux qui en ont rang. Ce traitement consiste à avoir des gants dans ses mains et son bonnet sur la tête pendant la soutenance, et à être traité de sérénissime prince, tant par ceux qui argumentent contre lui que par celui qui préside à la thèse.

C'est sans doute le spectacle de telles misères chez de tels hommes qui arrache ce cri à Bossuet : « O éternel roi des siècles, voilà ce qu'on vous préfère, voilà ce qui éblouit les âmes que l'on dit grandes! »

le plus souvenl aux chefs de parti, ce fut son parti qui le mena, le força à la rupture et lui attribua, personne n'étant en mesure de la lui disputer, la direction de cette nouvelle levée de boucliers.

Il n'entre pas dans notre plan de suivre Rohan dans sa vie de faction, d'alliances continuelles avec quiconque était l'ennemi de sa patrie, sans autre but, semble-t-il, que de rendre inextricables les difficultés où se débat la royauté et avec elle le pays ; invoquant à tout propos Dieu et la conscience, puis affirmant, avec la même sincérité, qu'il est resté bon Français. C'est autrement que son beau-père, le grand Sully, parlait de sa conscience; il ne l'entendait, lui, que lot/alc à sa patrie. Après la prise de la Rochelle et la caj)itulation de son parti, Rohan fut compi'is dans un article du traité, et obtint l'abolition générale du passé ; mais il dut sortir du royaume et se retirer à Venise. Rentré définitivement en grâce, en 1631, il fut chargé de reconquérir, pour nos alliés les (Prisons, la Valteline contre les Impériaux. Pendant trois ans, il guerroiera, voyant fatalement revenir, après d'éclatants succès, l'inlluence de cet astre contrariant i\\\'\ a traversé toute sa carrière, et le poursuivra Jusqu'à la fin. Ayant à nouveau encouru la méfiance de Richelieu, qui persistait à ne pas lui croire la conscience nette, Rohan résista à un ordre du roi qui le rappelait et se rendit à l'armée de Rernard de Weimar, y faisant le coup de pique en simple volontaire, heureux de n'être qu'un soldat. A la bataille de Rheinfelden. il reçut, en combattant vaillamment

à l'aile droite de l'armée, un coup de feu qui lui traversa le cou du pied et dont il mourait, deux mois après, le 13 avril 1638.

Ilolian n'était pas de la famille des guerriers brillants, des héros heureux qui portent la flamme au front et l'inspiration au cœur; il était de ces capitaines contrariés et moroses qui n'ont jamais eu le sourire de la fortune, pas même celui de leurs femmes. Pour les protestants, toutefois, le grand Henri ce ne sera pas le Béarnais, ce sera Rohan.

Dans les deux lev'ées de boucliers delà H('forme, les femmes ont joué un rôle considérable ; mais entre elles il faut distinguer : celles de la première croisade, si elles étaient d'intrépides fanatiques, étaient d'admirables chrétiennes ; dans la seconde, les grandes dames pouvaient être encore d'ardentes sectaires dans l'action, mais quelques-unesn'étaient fidèles que politiquement, et, durant les armistices, elles se permettaient des distractions qui n'avaient rien d'évangélique.

Ce qu'on raconte de la conduite des plus distinguées, par leur naissance, leur beauté et leur esprit, semble fabuleux. En ce qui concerne M"" de Rohan notamment, toute jolie et mignonne, et qui, par son esprit achevait son charme et lui donnait toute sa séduction, on pourrait croire que, en lui prêtant une si longue série d'aventures galantes, les historiens l'auraient calomniée. Mais quand on a rabattu de ces légendes, ce qui reste acquis à l'histoire sufht à établir que le grand Rohan a été malheureux aiReurs encoreque sur les

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champs de balaille. Nous allons voir, en ollol, sa femme pousser l'audace de ses faiblesses jusqn'it des éclals qui les ont rendues inoubliables. Sur quatre deses enfants, un seul avait survécu, une fille, Marguerite, née en 1618, et qui devait être la plus riche héritière du royaume. En 1629, nous l'ayons dit, Henri de Rohan, ayant été interné à. Venise, c'est alors qu'il arriva à sa femme un de ces accidents que l'édit de Nantes n'avait pas prévu, jet contre lesquels il ne donnait pas de sûretés : elle devint grosse et dans des conditions qui lui rendaient bien difficiles de convaincre son mari qu'il y était pour quelque chose. A la veille du jour où il n'allait plus être possible de dissimuler sa grossesse, M™^ de Rohan partit pour Paris, sous un prétexte dont son mari-ne fut pas dupe un instant. 11 pensait de ces sortes d'accidentée qu'en pensait le bonhomme Chrysale :

Ce sont coups de hasard dont on n"est pas garant.

Partie de Venise en litière, à la lin de novembre 1630, M™* de Rohan arrivait à Paris le 15 décembre et, le 18, elle accouchait d'un garçon, de la façon la plus clandestine, dans le taudis d'une fille autrefois attachée à son service; elle n'avait eu d'autres témoins que son apothicaire et sa sagefemme. Cet enfant fut baptisé à la paroisse Saint- Paul, sous le nom de Tancrède le Ron, et M™' de Rohan le confia au frère de son maître d'hôtel, qui, après l'avoir fait séjourner en Normandie, le transporta, dans le plus grand secret, en Hol lande, dans un village perdu.

IINTRODCCTION 9

Marguerite de Rohan avait été recherchée en mariage par plusieurs princes de maisons souveraines : Bernard de Saxe-Weimar; Louis de Bourbon, comte de Soissons; le duc de Nemours, de la maison de Savoie; mais, ayant le très haut sentiment de ce quelle était, elle mettait à son mariage la condition qu'elle resterait duchesse de Rohan. Cette résolution absolue de rester duchesse de Rohan jie lui était pas inspirée seulement par un sentime'nt de hauteur de race ; elle avait conscience de remplir par là une des dernières volontés de son père. En 1633, en ellet, Henri, rentré dans la faveur du roi, s'était empressé d'en profiter pour demander à Sa Majesté de continuer, par déclaration, la duehé-paii'ie, dont il a été honoré par Henri IV. dans la personne de sa fille unique, Marguerite. Elle était parvenue à l'âge de vingtsept ans, lorsqu'elle entrevit la possibilité de réaliser, par un mariage d'amour, le rêve qu'elle avait inutilement poursuivi. « La cour, ditM°^de Motte ville, était remplie d'un grand nombre de belles dames; il y avait notamment M"" de Rohan, qui était fort belle et paraissait vouloir faire profession dune exlrême vertu et dune grande fiei'té; elle a maintenu l'une et l'autre jusqu'au temps de la Régence, que nous avons vu sa fierté changée en passion, et sa vertu la força d'épouser un gentilhomme de qualité, mais fort inférieur à ceux qu'elle aurait pu choisir'. »

Le prince de Condé, alors duc d'Enghien, avait

1. Mémoires de Madame de Molleville, édition Iliaiix, t. I, p. 40.

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eu comme lieutenants deux jeunes officiers, les Chabot, cadets de la maison de Jarnac, qui s'étaient héroïquement fait tuer auprès de lui, le couvrant de leur corps. Condé iiurait pu oublier des amis mourant au loin ; mais, s'il les perdait à ses côtés, les armes à la main, le guerrier éveillait en lui son humanité, et, comme tous les grands cœurs, il était bon. 11 avait pleuré ses lieutenants et s'était pris d'une très vive allection pour le dernier de leurs frères, le comte Henri de Chabot. Ce Chabot, qui appartenait à lune des plus illustres familles du royaume, était beau comme le jour, mais sans fortune et sans aucun ('tat. 11 était, comme on disait alors, « à monsieur le Prince », et pareille attache l'avait mis dans l'intime confidence de son patron qui était, en ce moment, au plus fort de sa passion pour M"" du Vigean.

Coudé, qui le savait engagé dans un projet d'union très brillante avec la lille du chancelier de Coislin, apprenant, d'un autre côté, le faible de M"" de Uohan pour son protégé, conçut le projet, qui semblait un déli, de la lui faire épouser, et gagna à ce projet le duc d'Orléans. La régente, à qui l on démontra l'intérêt d'Rtat qu'il y avait d'assurer à un parti catholique l'immense fortune qu'apportait en dot M"" de Hohan, touchée aussi de cette idylle, — où l'orgueil le plus hautain fléchissait devant l'amour, ressenti pour la première fois, avec une sorte d'enfance de cœur, — la régente fut sincèrement acquise à ce projet, et s'engagea à ériger de nouveau la terre de Ilohan en duché-pairie, en faveur du futur époux de

Marguerite, mais à la condition expresse que les enfants qui naîtraient de cette union seraient catholiques.

Lorsquéclata tout à coup l'étonnante nouvelle de ce projet de mariage, la surprise fut unanime ; mais rien n'égala la fureur qu'elle causa à la duchesse, mère de la fiancée, si ce n'est celle que ressentirent les Rohan, qui voyaient, par un acte de hou plaisir royal qu'ils disaient sans précédent, passer à un étranger le titre ducal de leur maison. Ce fut aussi une égale indignation dans le clan protestant, qui ne se résignait pas à voir redevenir catholique la descendance de celui qu'il appelait le grand Henri, et où, pour l'avenir, il espérait retrouver un chef.

M"^ de Rohan, qui était parfaitement sceptique, mais résolumeut protestante, par ambition et entêtement d'esprit de secte, avait de tout temps résolu de n'accepter pour gendre qu'un grand parti de la Rclif/ion. Elle se récria sur la nudité, le nrant de cet étrange fiancé, si disproportio/uir à la qiialitr de la maison de Rohan, et elle ouvrit les hostilités en se séparant avec éclat de sa fille, qui se retira près de sa tante, M"" Anne de Rohan'.

\. Anne de Rohan, qui n'a pas été mariée, avait supporté héroïquement, aux côtés de son frère Henri, les horreurs du sièffe de la Rochelle. Fille de piété et d'esprit, érudite comme on l'était au xvr' siècle, elle savait l'hébreu au point que, au prêche, pendant qu'on chantait les Psaumes en français, dans la version de Marot. elle se les récitait mentalement dans la lancine de David l)isci|)le de Ronsard, elle faisait des vers d'une fraîcheur d'inspiratinn, d'une habileté de rythme et d'une netteté brillante dans la grâce que n'aurait pas désavouées le maître.

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Marguerite do Rolian se vit, dès lors, dans l'obligation de mottro, en demouiM^ sa mère, par une sommation, d'avoir à agréer son mariage. La duchesse répondit par un arrAL du Parlement, en date du 30 mai 16 't5, qui, sur sa requête, faisait défense à M"" de llolian de contracter ni de célébrer mariage sans le consentement des seigneurs et dames ses parents paternels. Cette défense n'empêchait pas ([ue, quatre jours plus tard, le, 3 juin. M'" de Holiau ne célébrât ses fiançailles dans le cabinet du roi, et que son contrat ne fût signé par Sa Majesté et sa mère, la reine régente. Une clause de ce contrat était ainsi conçue : « Et, pour maintenir et conserver le nom de la maison de Rohan, a <'lé arrêté et convenu, entre les parties, que le fils aîné, qui naîtra de ce projet de mariage, portera le nom seul et les armes pleines de ladite maison ^ »

Le 1" mai, avait été expédié un brevet ainsi conçu : « Avons permis et accordons à notre cousin Chabot, futur époux de notre cousine de Rohan, de faire revivre en sa faveur et par la considération de Talliance oii il entre, la duchépairie de Rohan, éteinte par la mort de notre cousin, le duc Henri de Rohan. A ces causes, voulant favorablement traiter nos dits cousins et cousines, et de plus en plus contribuer, à l'ému-

l. Avaient signé au contrat : le roi, la reine régente, le duc d'Orléans, la grande Mademoiselle, Henri de Bourbon, prince de Condé; la princesse de Montmorency, dame Henriette de Lur, tant en son nom que comme ayant charge et loi de Gh. de Chabot, père et mère d Henri de Chabot; Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf; MM. de Senneterre et de Rochechouart.

IMRODUCTION 13

latioii de nos ancêtres, à l'agrandissement des familles illnsties de notre royaume, et en particulier à relèvement de la maison de Chabot, qui se trouve par ce moyen confuse avec celle de Rohan, et dont le fils aîné et ses descendants doivent porter le nom et les armes à l'avenir. »

Le 23 mai, fut expédié un autre brevet qui conservait à la nouvelle duchesse le rang et les honneurs de princesse étrangère dont elle avait joui jusque-là '.

Le mariage religieux était enfin célébré, le 6 juin, à la chapelle du château de Sully. C'est de cette union qu'est sortie la branche des Rohan- Chabot, ducs de Rohan.

Les contemporains, il faut bien le reconnaître, semblaient croire que, en épousant Chabot, M"^ de Rohan s'était en quelque sorte mésalliée. M"° de Sévigné se fait l'écho de cette impression dans la fameuse lettre où, annonçant à Coul anges le mariage de la Grande Mademoiselle avec Lauzun, après avoir épuisé les formules de l'étonnement et Fart des gradations, elle y met le dernier terme par ces mots : « Une chose enfin qui comida de

1. « Aujourd liui, 25 mai 164."), le roi. étant à Paris, mettant en considération les bonnes et louables qualités qui se rencontrent en la personne de M"" .Marguerite de lîohan et particulièrement sa vertu et sa naissance illustre, a voulu lui donner en témoignage de son allection, par l'avis de la reine régente, sa mère, que, en cas (pi'elle vienne à se marier avec le comte de Chabot, comme elle le désire, son rang et sa dignité de princesse lui soient conservés, même l'entrée au Louvre en carrosse, le tabouret devant le roi et la reine, avec tous les aut)'es avantages et prérogatives dont elle a ci-devant joui et jouit présentement; pour assurance de quoi Sa dite Majesté m'a commandé de lui expédier le présent brevet qu'elle a voulu signer de sa main. — Siffiié : Louis, ef plus baf^ : Loménie. »

joie M"" (io Rohan et M""" d'Hauterive >... » Le mariage de la cousine germaine du roi semblait relever de sa prétendue mésalliance celui de ces dames-.

En ce qui concerne M'"" de Rohan, il faudrait en linir avec cette allégation, de tous points inexacte. Entre les Rohan et les Chabot, qui s'étaient souvent alliés, il y avait à peu près égale magnanimité de race. La grandeur originelle des Chabot remonte au x^ siècle et s'est constamment soutenue par d'illustres alliances, d'immenses liefs et les premiers ofhces de la couronne. Le grandpère d'Henri, l'amiral Chabot, était un si grand seigneur, « qui avoit porté sa fortune et sa vertu si haut qu'il alloit de pair avec les princes, et que le roi François l" n'avoit pas cru pouvoir reconnaître l'éclat de ses services autrement qu'en mariant une sienne nièce avec lui, ayant donné la cadette à son cousin de Montpensier'^ ». Dans le brevet, par lequel le roi Louis XV consacre le titre de cousins et de cousines du roi, dès longtemps accordé aux Chabot, mâles et femelles, il est reconnu que « lesdits Chabot sont parents de Sa Majesté au septième et huitième degré de consanguinité ». — « Quelque illustre que soit la maison de Rohan, dit Saint-Simon, il n'y avoit que

1. Lettres de Madame de Se'cii/né (édition des Grands Ecrivains (le France, i. H. p. 25)

2. M'"" dHaiiterive était Villeroy: veuve du comte de Tournon et du duc de Chaulnes, elle avait épousé en troisièmes noces un mince gentilhomme, Jean Vitruier d'IIautcrive et. depuis ce mariage, son père s'était refusé à la revoir.

3. Lettres patentes d'érectioji du duché de Rohan en pairie en faveur de Henri de Chabot.

INTRODUCTION Ib

des biens immenses, ponr vm cadet de Chabot, qui n'en avoit point, qui pût le soumettre à quitter son nom pour aucun autre. » Chabot faisait donc un très beau mariage, mais sans liumiliante disproportion; quant à M"'' de Rohan, en cédant à son inclination pour son cousin, elle ne s'élevait pas, mais elle ne dérogeait à aucun titre, et rien, dans la mésalliance de la Grande Mademoiselle, n'était de nature à la combler de joie.

A propos de ce mariage, M'"'' de Motteville écrivait : (( M"'' de Rohan se marie, après avoir passé sajeunesse dans la réputation d'avoir une si grande fierté et une vertu siextraoïdinaire qu'on ne croyoit pas qu'elle put jamais être touchée d'une passion. Mais la tendresse qui sui'prit son cœur la força d'être douce et moins ambitieuse'. » A ce témoignage se joint celui de la Grande Mademoiselle : « Elle avoit toujours, dit la princesse, vécu dans la réputation d'une vertu non pareille'. »

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