Arch. Nat., loc. cit
Il était" impossible d'être plus exactement renseigné et à l'exception du dernier voyage à Munster, tout y est.
Le 3 thermidor, à six heures du malin, on frappait, au nom de la loi, à la porte du prince : c'était la force publique qui venait le mettre en état d'arrestation, munie d'un mandat du préfet de police. Léon assista à la minutieuse perquisition à laquelle il fut procédé, ainsi qu'à la saisie du moindre de ses papiers ; puis il fut transporté à la préfecture de police. Dans l'interrogatoire qu'il lui fit subir, le préfet lui demanda s'il était bien le nommé Dubois. « Je n'ai, répondit Léon, jamais porté le nom de Dubois; je m'appelle Alexandre-Louis-Auguste de Roban-Chabot, prince de Léon. » Le préfet lui ayant laissé le choix ou d'être incarcéré, ou d'être reconduit à la frontière, le prince répondit qu'il préférait la prison, quelque durée qu'elle dût avoir, au bannissement. 11 quitta la préfecture de police pour être incarcéré au Temple. Le prince de Léon que, à ses grandes manières, la police avait pris pour un fat, se trouva, quand il ne fut plus que le citoyen Chabot, un modèle de courage aisé, de pbilosophie digne et sereine'.
L'arrestation de son père causa à xVuguste de Chabot une douloureuse impression, son imagina-
1. C'est dans le scellé des pièces saisies que j'ai trouvé les lettres que j'ai citées et celles que je citerai encore. On avait mis une telle rif,'ueur à l'opération qu'on avait saisi même les notes de fournisseurs, même la l)ande d'un journal adressé à yi"' de Léon. C'/est, du reste, à l'aide de ce chitlbn (jue je suis parvenu à établir, approximativement, la date de la rentrée des Rohan à Paris. L'auteur de la Notice hisloriquc de la maison de
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tion s'exagérant, par Toffroi des souvenirs, les périls qui menaçaient sa famille. Dans Tune des visites au Temple, oii il accompagnait régulièrement sa mère, il fut autorisé à visiter avec elle la tour où ils retrouvèrent toutes les stations du calvaire de la famille royale. La princesse de Léon avaitpieusement cherché, jusquedans lesmoindre^ recoins de ce deuxième étage, où les princesses avaient enduré les agonies que l'on sait, espérant y découvrir une relique; elle trouva, en effet, perdu dans le fond d'une armoire, un Sacré Cœur de Jésus. Je ne sache pas d'esprits assez forts pour sourire de cet emblème, s'ils arrêtent un instant leur pensée aux ineffables douleurs dont il avait allégé le poids.
Les Rohan étaient très anxieux de l'avenir qui tout à coup s'était assombri. Chaque jour, en effet, le gouvernement découvrait dos complots de l'agence anglo-royaliste, et était contraint de répondre à ces provocations par des mesures de rigueur. Des chouans s'étaient glissés dans Paris pour participer à l'enlèvement du premier Consul ; sept furent saisis, condamnés et exécutés à la fois. Bonaparte n'allait-il pas être découragé dans son
Chabot fixe cette rentrée aux premiers jours dr- juillet ISdO; or la bande du journal est ainsi libellée :
« N» 39 15 Messidor 3 mois.
A Madayne de Léon
Place du Corps-Législatif, pn'-s Paris. »
C'était le 39" numéro que la princesse recevait, le 'J> messidor, ce qui faisait partir son abonnement des derniers jours de floréal. Les Rohan étaient donc à Paris en mai.
œuvre crapaisement et n'en viendrait-il pas à suivre Tavis implacable de la section de Justice du Conseil d'Etat? Le prince de Léon avait tout à redouter des conditions où il se trouvait, et la moins terrible des éventualités était que son incarcération se prolongeât indéfiniment. Il y avait bien une planche de salut, mais si pourrie! c'était de recourir à Fouché, ministre de la Police générale. Ce rare type de traître se posait en protecteur des jacobins, parce qu'il avait la certitude que ce n'était pas d'eux que viendrait le danger, et qu'il savait les faire s'espionner et se dénoncer les uns les autres. A droite, le péril lui paraissait autrement sérieux; mais, tout en surveillant sévèrement les menées du parti chouan, il savait, pour le cas, si improbable qu'il fût, dune restauration, se réserver l'avenir en se montrant d'une bienveillance empressée pour les grands seigneurs qu'il pouvait patronner sans se compromettre. Le duc (le Luxembourg, oncle de Léon, surmonta le dégoût que lui causait une compromission avec une pareille puissance; le résultat ne se fit pas attendre: I^('on fut élargi, le 17 vendémiaire; sa détention avait duré deux mois et demi.
(^e fut alors que, sous le poids d'une étroite surveillance qu'imposaient les audacieux coups de mains des chouans, — le 21 janvier ISUI, on avait, au mépris de la Police, drapé de noir la façade de la Madeleine et affiché à travers Paris le testament du roi, — ce fut alors (jue commencèrent, pour le f)i'ince, d'incessant(îs démarches, qui durèrent tiois ans >ans pouvoir aboutir, dans
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le but de rentrer dans les droits qui iiicomlmient au seul titre qui lui restât de citoyen Chabot'. Le i"'' lloréal an IX (21 avril 18U1), il adressait à Fouché la supplique ci-après : (( Citoyen ministre, Tintérèt que vous avez bien voulu prendre à mon élargissement du Temple et les espérances que vous m'avez données, dans le temps, pour la réussite et la conclusion de mes aftaires m'engagent à vous soumettre mes démarches à ce sujet, et à demander votre approbation pour celles que je devrai entreprendre. Je prie mon oncle, le citoyen Luxembourg, de vous rappeler ma situation et le désir que j'aurais de proliter du règlement des Consuls pour la radiation, qui est toute en ma faveur-. »
Ce fut encore sur le conseil de Fouché qu'il adressa un pourvoi aux Consuls; malheureusement il ne se trouvait, contrairement à ce qu'il affirmait, dans aucune des conditions exigées par le règlement du 20 février 1800; d'abord, nous n'avons pu retrouver son inscription sur aucune liste,ensuileeût-ilétéinscrit, ilappartenait à lacatégorie de ceux que le règlement excluait: il avait fait partie de la maison militaire des ci-devant princes et avait, à ce litre, porté les armes contre la France. 11 aurait assurément pu faire valoir
1. Cette surveillance était d'une rigueur telle que, en floréal an IX, M"" de Montmorency épousant un Mortemart, pour obtenir que Léon, son beau-frère, put assister au mariage qui avait lieu a La .Meillerayc. le citoyen Luxembourg dut intervenir auprès de Fouché. 11 fut accordé un passeport pour deux jours, et avis fut donné aux autorités de Seine-et-Marne d'avoir à surveiller les agissements du nommé Léon.