‹ Le cardinal de Rohan-ChabotChapitre 15 sur 107 · Archives nationales, scellé Ilohan · texte numérisé non relu

Archives nationales, scellé Ilohan

variété et diversité de commodiLez; la gloire de la France et l'an des plus nobles ornements du monde. »

Nous allons voir que, pour le prince de Léon et pour les siens, cet enchantement de Paris retrouvé devait être d'une durée bien courte.

Les mesures implacables, édictées par la loi du 28 mars 1793, avaient été rigoureusement maintenues par le Directoire : les listes d'émigrés restaient ouvertes, et il suffisait d'une dénonciation aux autorités départementales pour que, par un simple arrêté, un absent y fût inscrit, que ses biens fussent confisqués, et, s'il était retrouvé sur le sol de la République, qu'il encourût la peine de mort. Ce fut au lendemain de son avènement au pouvoir que Bonaparte résolut de comprendre, dans les grandes mesures de reconstitution du pays, une leuvre de réconciliation qui rouvrirait les portes de la France à tous ceux qu'elle pourrait sans péril amnistier. On ne sait ce qu'il faut le plus admirer dans celte politique d'apaisement, ou de la hauteur de vue du législateur qui l'a conçue, ou de l'inti'épidité de l'homme d'Etat qui l'a poursuivie, sans se laisser décourager par des conspirations sans cesse renaissantes, ou par les sourdes résistances de ses conseillers, restés en majorité jacobins.

Le premier Consul inaugura son u'uvre en demandant à la section de Justice du conseil d'Etat son avis sur la situation des émigi'és rentrés. La section répondit, le .") pluviôse an Vlll, que, au point de vue légal, aucune des mesures,

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édiclées par la Conveiilion contre les émigrés, n'étaient abrogées, et qu'elles demeuraient encore pleinement applicables. Au point de vue politique, la section concluait, avec une extrême rigueur, à l'obligation de ne pas désarmer en face de pareils ennemis. Le premier Consul n'en faisait pas moins voter la loi du 12 ventôse an VIIl, qui clôlurait la liste des émio-rés et décidait que, à l'avenir, les lois sur l'émigration ne seraient plus applicables qu'à ceux qui ne pourraient invoquer le droit civil français. Puis, le 28 ventôse an IX, intervenait le décret qu'on a appelé le règlement des Consuls et qui édictait des mesures propres à assurer le retour à la vie civile des émigrés, par la réglementation de leur radiation sur les listes. Mais ces listes avaient été irrégulièrement tenues, et ceux qui, bien que convaincus d'émigration, n'y étaient pas inscrits, ne pouvaient bénéficier que d'une décision gracieuse, toujours révocable, du grand Juge, de ce qu'on appelait, nous l'avons dit, une surveillance. Mais le bénéficiaire de cette mesure n'avait que la situation d'un condamné libéré, à la merci de la police, et sans retrouver aucun de ses droits de citoyen.

Enfin, le 9 floréal an X, était promulgué le fameux sénatus-consulte qui, dans le but de consolider la paix au dedans, de tempérer la sévérité des lois, et de faire cesser les incertitudes et les lenteurs des formes établies pour la radiation, édictait l'amnistie pleine et entière pour tous les émigrés, n'en exceptant que ceux qui avaient porté les armes contre la France et ceux qui, depuis le

départ des ci-devant princes français, avaient continué de faire partie de leur maison civile ou militaire. Cette amnistie était à la condition que l'émigré prêterait, entre les mains du préfet de son département, serment de fidélité à la Constitution ; il devait, en outre, demeurer pendant dix ans sous la surveillance de la haute police.

Donc, au moment où, en 180U, le prince de Léon franchissait la frontière, il totnhait pleinement sous le coup des lois de la Convention et ne pouvait même pas obtenir une surveillance, puisqu'il était rentré sous un faux nom.

Si périlleuse que fût sa situation, elle ne parvenait pas à troubler la joie qu'il éprouvait à suivre ce grand mouvement, qui ramenait invinciblement l'opinion à tout ce qu'avait proscrit la Terreur et qui faisait, comme le dit M. Vandal, que nulle part mieux qu'à Paris, on ne ressentait cette douceur qu'éprouve la France à redevenir française. Léon retrouvait la grande ville en plein épanouissement de lloréal ; non seulement la réouverture des églises avait provoqué un ardent retour aux idées religieuses, mais, en dépit des souvenirs douloureux et de la ruine générale, la glorieuse sécurité renaissante avait fait revivre les habitudes de la vie profane. Nous avons vu, dans la lettre à la duchesse de Chàtillon, l'énumération des établissements en vogue et qui étaient devenus le rendez-vous de toutes les élégances ; partout éclatait la joie de se reprendre à la vie et de rentrer dans les vieilles traditions des aïeux.

C'est dans la sécurité de cette impression que le

prince écrivait, le 1" thermidor an VIII, à son banquier de Hambourg : « L'état actuel et la tranquillité de la France me déterminent à faire rentrer le petit capital que j'avais cru prudent de tenir, pendant longtemps, en sûreté loin des orages. Je vous prie, en conséquence, de vouloir bien me remettre, avec mon compte courant, les quinze mille marcs de banque, qui doivent vous rentrer, le 24 juillet, plus le billet de quinze mille six cents autres marcs banco, à l'échéance du mois d'octobre '. »

Il était cependant à peine installé défmitivement dans sa jolie maison que la police consulaire l'y dépistait et que parvenait au ministère général de la police le rapport ci-après : « Chabot- Rohan, prince de Léon, a épousé une Montmorency, qui est ici avec lui. Il a émigré dès le commencement de la Révolution, et a fait la campagne de 1792 avec les quatre princes, toujours à leur quartier général. Il s'est établi à Londres, quelque temps ensuite, avec sa femme, le duc de Chatillon, fils du duc de Luxembourg, et la femme de ce dernier i fille Lannoy de Bruxelles). Chatillon s'est noyé. Léon obtint un corps en Angleterre dans les cadres, alla à Tile d'Yen avec le comte d'Artois; revint ensuite à Londres, oii vraisemblablement il a demeuré jusqu'au moment oii il a entrepris de revenir en France.

« Signalement. — Petit, mince, châtain blond, pâle, élégant, faf^. »

i. Archives nationales, scellé Rohan.

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