‹ Le cardinal de Rohan-ChabotChapitre 36 sur 107 · Mémoires de .V. de Villèle · texte numérisé non relu

Mémoires de .V. de Villèle

i. Loc. cil., p. jS. m. (Io Villèle snvoit mieux les finances que

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Au moment de la signature de Tacte, le duc d'Orle'ans, son tour venu, s'avança; les choses avaient-elles été imparfaitement ordonnées, le fait est que le grand-aumônier eut un instani d'hésitation. Le roi alors, de cette voix dont réclat était si impérieux, cria, de sa place, au grandaumônier : « Posez la plume, et qu'elle soi-t présentée par le clerc de la chapelle. » L'humiliation était si publique et si voulue que, disait M. de Rohan, chacun en eut la chair de poule; l'oppression qu'elle produisit ne fut un peu atténuée que lorsqu'on vit la duchesse d'Angoulème, par une muette protestation contre l'incartade de son oncle, venir prendre affectueusement les mains à sa cousine d'Orléans.

La duchesse de Berry voudra encore que ce soit à la Roche-Guyon qu'elle reparaisse pour la

les grandes charges de la Cour : il parle de premier et de second aumônier; il n'y avait qu'un grand aumônier et, au-dessous de lui, un clerc de la chapelle.

Quelques-uns des plus fidèles serviteurs de la famille royale allaient jusqu'à considérer la naissance d'un héritier du trône comme un événement fatal pour la branche ninée. « Si cette branche n'avait pas eu de rejeton, dit M. de Barante dans ses Mémoires, la couronne passait, après quelques années, à la maison d'Orléans. Tout péril de révolution cessait, les mécontents attendaient patiemment l'avènement de la nouvelle dynastie, les derniers rois de la branche ainee montraient moins d'obstination à défendre le droit divin et le jDouvoir absolu, qu'ils n'avaient plus à transmettre à leurs enfants Les bienfaits de la Révolution de Juillet auraient été obtenus sans les malheurs et les diflîéultés qu'elle devait porter avec elle. M. de Richelieu, je l'ai su depuis, avait compris et reconnu, dans son intimité, que la miraculeuse naissance du duc de Bordeaux était le signe probable de la ruine du trône où il semblait destiné à monter. M"" de Boigne m'a raconté que, se promenant dans son jardin avec M. Pozzo, ils entendirent sonner les cloches qui annonçaient le Te Deum. chanté en réjouissance de la naissance du duc de Bordeaux. « C'est le glas delà disTiastie, lui dit M. Pozzo. v 'Souvenirs du baron de Barante. t. I. p. 461.)

première fois dans une f«He ; ce sera le 25 août 1822, pour la Saint-Louis, à l'occasion de laquelle le duc-abbé fera à la ducbesse une réception royale.

A la date du 22 mai 1822, on lit, dans VAjjii de la Bdir/ion : « M. le duc de Rohan. qui a été ordonné diacre, l'année dernière, se dispose à recevoir lonclion sacerdotale aux prochains Quatre-Temps et doit, en conséquence, se mettre en retraite au séminaire, pour se préparer à l'ordination. Un jeune homme, qui s'était déjà fait connaître par sa réelle valeur, vient aussi d'entrer au séminaire : c'est M. de Havignan, substitut du procureur du roi près le tribunal de la Seine. »

L'abbé de Hohan fut, en etfet, ordonné prêtre à Xoti-e-Dame. le 1" juin'. En même temps que lui étaient ordonnés les abbés de Salinis, iMathieu avocat, Dupont des Loges, fils du premier président de la cour royale de Rennes; ils devinrent : le })remier, archevêque d'Auch ; ](^ second, nous l'avons dit, successeur de ^L de Rohan à l'arclievêché de IJesançon ; et. le troisième, le dernier évèque français de Met/..

M. de Rohan avait voulu célébrer sa j)remière messe à Saint-Sulpice. « Le nonce de Sa Sainteté, dit encore VA)ni de la ReUyion, et M. rarclievê()ue de Rouen occupaient des phices dans le chu'ur. Un grand nombre de personnes de distinction avaient une enceinte niar(juée; on y voyait, entre autres,

1. Toutes les DiDgraphies, qui se copient les unes les nnlres, font onlonner Fabbé de Hohnii \v :i juin, or, en lS'2-2, le .'i juin était le mercredi après la Tiinité II aurait i'alln un incUilt spécial pour l'aire une oiiiination ce joiir-la, tandis (|ue le i" était le samedi des Quafre-Temiis. jour rc sei vé aux oidinat;(.ns.

M""" la dacliesso de Uoban, mère de M. ie duc; son frère, le prince? de Léon ; un grand nombre d(; ses parents et amis, des pairs, des ministres.... Mais, au milieu d'une réunion si imposante, il était aisé de s'apercevoir que le nouveau prêtre était absorbé entièrement par la grandeur et la sainteté du mystère qu'il célébrait pour la première fois. »

Le même organe mentionnait encore, à la date du 24 mai 1823: « La fèLe de la Pentecôte a été célébrée avec beaucoup de pompe à Notre-Dame; M. rarchevêque ofiiciait pontilicalement. Après la messe, M. le duc de Roban, nommé chanoine honoraire de la métropole, par ^I. l'archevêque, a été installé en cette qualité. Le noble et vertueux ecclésiastique a reçu, eu môme temps, des lettres de grand-vicaire de Paris et a déjà siégé au conseil de l'archevêque. » Le conseil était composé de trois vicaires généraux, archidiacres, agréés par le Gouvernement.

Quatre autres vicaires généraux étaient à la nomination exclusive de l'archevêque et complétaient son conseil. M. de Roban fut, en celle dernière qualité, appelé à prêter serment à la séance du 7 juillet. Le titre lui avait été attribué par M. de Quélen, d'altord pour ce que Sa (irandeur voyait de glorieux à compter dans son conseil un duc et pair ; ensuite dans le but de justilier, autrement que par ce litre ducal, que M. de Roban passât, ce que l'archevêque aurait trouvé tout simple, du séminaire à un évêché. Cette supposition se conlirma par ce fait que. en dehors de la

séance où il fui installé, M. de Rolian, pendant les dix-huit mois qui ont suivi, n'est plus porté une seule fois présent aux procès-verbaux des séances du conseil'.

Lorsqu'il fut prêtre, l'abbé de Kohan avait considéré qu'un pèlerinage à Rome serait une sorte de consécration de son ordination. Aussi le verronsnous partir pour l'Italie à l'automne de l'année 1823. Nous avons, remontant à cette époque, le portrait de notre abbé tracé par la ducbesse de Broglie et par M. de Chateaubriand.

A l'ouverlure de la session de 1823, M"" de Broglie avait remarqué l'abbé dans le délilé des Pairs : *< Il avait, dit-elle, la Mgure maigre et pâle et, en même temps, un soin et une coquetterie de sa personne qui semblaient réunir les honnêtes instincts avec les anciens souvenirs mondains; il y avait du fanatique et du fat mélangés dans sa ligure. » Du fat, c'est là une note fausse et que la duchesse, qui se connaissait en

1. Archives de l'archevêché. Registre des procès-verbaux du Conseil. M. de Quélen subissait à ce point le fétichisme aristocratique que, dans un sermon où il célébrait les gloires de la sainte Vierge, il disait à ses ouailles : « Tenez pour certain, mes Frères, que la sainte Vierge était de très bonne famille. » M. de Quélen, très informé en matière généakigique, savait sans doute que la mère de Dieu, appartenant à la tribu de Lévy, avait l'honneur d'éli'e l'alliée des Levis-Mirepois. Dans la chapelle du chàteaH de .Mirepois, le tableau du maitre-autel représentait la Vierge dans sa gloire, ayant, agenouillé à ses pieds, un Lévisen armure. Des lèvres du la Vierge s'échappait une banderolle sur la(iuelle était gravée ces mots : « Helevez-vuus, mon cousin. » M. de Quélen était dans l'intimité de la duchesse douairière de Levis qui, chaque soir, en faisant la prière a ses gens, exposait à la Vierge ce qu'elle avait à demander par son intercession, et terminait invariablement par ces mots: «Vous ne pouvez pas me refuser cette gràce-là, ma cousine! »

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grands airs, n'aurait pas dû laisser échapper. Quant au mot de fanatique on se tromperait si Ion était tenté de croire que M"'" de Broglie avait cédé là à sa douMe prévention de doctrinaire et de protestante; elle ne faisait (jue traduire l'impression qn'avait produite, sur les esprits sensés, une récente manifestation du duc. A ce momentlà, en etTet, M. de Rohan revenait de la Roche- (iuyon, oli il avait inauguré, par une mission, ce grand mouvement de prédications plus politiques que religieuses qui allaient devenir, pour le parti ultra, un moyen de gouvernement. Et, j)0ur donner à cette mission toute sa signification, le duc avait choisi dans la magnifique bibliothèque de M""" d'Enville, cinq cents volumes ; ce choix ne s'était décidé que sur les titres et n'avait été embarrassé ni par la rareté des éditions, ni par l'art des reliures ; on les avait entassés dans la cour d'honneur et on y avait mis le feu. Comment s'étonner après cela que le mot de fanatique ait échappé à M""" de Broglie.

Nous avons dit les relations dintimité qui, sous l'Empire, avaient existé entre M. de Chateaubriand et le jeune Chabot ; les soupçonnerait-on d'après le portrait suivant des Mémoires d'Outre-tonihc : « Quand M. de Rohan fut abbé, sa pieuse chevelure passée au fer avait une ('dégance de martyr (?); il prêchait à la brune dans les oratoires sombres, devant des dévotes, ayant soin, à l'aide de deux ou trois bougies artistement placées, d'éclairer à demi-teinte, comme un tableau, son visage pâle. » Une coiffure de martyr? Jai beau creuser mes

souvenirs iconographiques, je n'arrive pas à me rappeler les premiers chrétiens, allant au cirque, coiilcs à la Charles X. (Juant à ces prédications à la brune, devant des dévotes, avec cette mise en scène de deux ou trois bougies qui. si artistement qu'elles eussent été dis[;Osées. aui-aicnt singulièrenu'ut contrasté avec les goûts de splendeur que |)ortait le duc dans les cérémonies, tout cela est de pure invention. Il est, en ellel. un point incontestable, dans la vie de l'abbé de Hohan. c'est qu'il n"a jamais exercé son ministère ailleurs que dans les collèges, les petits séminaires, les prisons, et (]u"il s'est toujours résolument défendu, tant comme prêtre que comme évècpie, de la clientèle des dévotes.

M. de .Marcelliis. qui avait été le secrétaire d'ambassade, à Londres, de M. de Chateaubriand, et avait su les sympathies que lui avait inspirées (Chabot, ('crit. au ^-ujct de ce portrait : « M. de (diaieaubriand |)0ursuil sans piti(', le fouet à la main, la race des chambellans jiis(|ue sur le plus pieux des cardinaux, .le ne connais pas la cause secrète, s'il y en a eu, <jiii. à propos de M"" Récamier et de la reine (^aïoliiie, lui fait verser tant d'amertume siii* le plus doux et le plus inolVensif des hommes'. » M. de Miwcellus aui'ait été' bien autrement inlrigu(''. s'il avait su que. au mcuiieut uuuiie où il faisait un si étrange jnulrait de l'altbé de llohan, M. de Chateaubriand, alors ministre des Affaires étrangères, pensait à l'élever à la

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