‹ Le cardinal de Rohan-ChabotChapitre 40 sur 107 · I. Affaires Étranjj., Home. vol. 9j8. f · texte numérisé non relu

I. Affaires Étranjj., Home. vol. 9j8. f

sinoiis (levait être lo dernier des gallicans. Ce rnppi'oclwmpitt vers le centre, comme dit M. de Laval, qui n'était qu'à l'étal de tendance vers 18"-:? i, lut précipité par récroulement de 1830, et nous retrouverons M. de Rohan, lorsque nous aurons à caractériser ce grand mouvement ultramontain. qui s'imposa comme inévitable, par l'obligation d'adopter pour des temps nouveaux une attitude nouvelle. Mais ne serait-on pas tenté de voir quelque chose de prophétique dans ces derniers mots par lesquels le duc de Laval termine sa dépêche: «M. de laMennais vient d'arriver à Home. » Cette dépêche du 28 janvier était accompagnée d'une lettre personnelle: « Je m'aperçois, disait ^L de Laval, que je me suis abstenu de parler en détail du peu de conceri qui a existé entre nos cardinaux. Je pense que, lorsque vous les renverrez ici, il serait fort à propos qu'ils y apportassent des instructions qui les lieraient et empêcheraient ces discussions entre eux, qui ont été si contraires à leur considération et à leur intluence... A son audience de congé M. de Clermonl-Tonnerrc a été, on peut le dire, accablé des bontés du Pape. »

Issu d'une illustre famille, mais en qui l'orgueil héréditaire surpassait encore l'illustration, M. de Clermont-Tonnerre poussait, plus loin que n'avait fait aucun des siens, linfatuation de sa naissance. Partisan aussi bulé que fougueux de l'ancien régime, il avait constamment à la bouche la devise de sa maison : Etiarn si omnes, er/o non. Il se considérait, par là. comme étant au-dessus, non seu-

ment de toutes les convenances, mais des principes d'ordre public et des règles fondamentales de la monarchie. Severoli, qui n'avait pas tardé à deviner l'homme, avait su l'inféoder aveuglément à son parti.

En tout, le cardinal de la Fare était le contraire de M. de Clermont : homme d'intelligence et d'études, de solide érudition théologique et profane, il n'était venu au conclave qu'après s'être consciencieusement pénétré de tous les précédents et que très résolu à y soutenir dignement les traditions de suprématie nationale. Mais, dès l'abord, dans le concert que l'ambassadeur avait essayé d'établir entre eux, M. de la Fare avait été découragé d'entamer les baroques partis pris de son collègue; et puis, quoique de noblesse indiscutable, il ne pouvait prétendre, à l'égal d'un Clermont, descendre des empereurs d'Orient et d'Occident. Pour lui opposer quelqu'un avec qui il se trouvât dans ^obligation de compter, l'ambassadeur fit appel à M. de Rohan, qu'il avait solidement prémuni, et qui, par l'ascendant de son nom et sa séduction personnelle, parvenait à imposer à M. de Clermont ce qu'il n'aurait accepté de nul autre. Mais l'intluence de M. de Rohan s'arrêtait au seuil du conclave, et, là, M. de Clermont-Tonnerre, recouvrant sa liberté, provoquait, par ses compromissions avec les Zclaiiù, les protestations que ne pouvait maîtriser M. de la Fare et qui, ainsi que le dira notre ambassadeur, nuisaient à l'inlluence et à la considération des deux représentants de la France.

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M. de Clcrmonl-Tonnerre mit le comble à ses incohérences par une manifestation que lui avait soufllée Severoli : il adressa de Rome, non pas seulement à ses prêtres, mais à ses diocésains, uue lettre pastorale dans laquelle il annonçait que, à son retour, il proposerait à la Chambre des Pairs les mesures législatives dans le but de protéger efficacement les intérêts religieux et d'accorder au clergé les garanties qui lui étaient dues et qu'on s'obslinait à lui refuser. Sans avoir communiqué celte lettre ni à l'ambassadeur, ni à son collègue, sur le conseil de Severoli et dans l'espoir de lier les mains à son Gouvernement, il la soumit au Pape. A l'insu de son secrétaire d'Etat, mais sous la pression de Severoli, qui avait dicté sa lettre à M. de Clermout, le Saint- Père commit la faute de l'approuver. Le Gouvernement ne fut pas un instant arrêté par cette approbation : aussitôt que cette lettre lui fut dénoncée, il la déféra au Conseil d'Etat. Par une ordonnance du 'Si mai 1821, le roi, considérant que son cousin le cardinal-archevêiiue de Toulouse avait publié, sous forme de lettre pastorale, des propositions contraij-es au droit public, aux lois du royaume et à l'indépendance de la couronne, déclara qu'il y avait abus dans cette lettre et que, en conséquence, elle était et demeurait supprimée.

Le pape, tout en regrettant vivement, sur les représentations de son secrétaire d'iitat, la faute qu'il avait commise à l'égard du Gouvernement français, n'en tint pas moins à reconnaître, en M. de Clermont-Tonnerre, ses bonnes doctrines et

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à rindemniser de la persécution qu'il avait soufferte pour elles. Sa Sainteté accueillit deux mémoires, que lui avait présentés le cardinal, d'abord en lui rétablissant une pension de trois mille écus que, pendant la Révolution, lui avait constitué le Saint-Siège et qui, sur la demande du cardinal, devait être consacrée à une œuvre de bienfaisance; ensuite, en reconnaissantles services que la maison de Clermont-ïonnerre avait rendus à la Papauté, les armes à la main et dès le xn^ siècle. Le cardinal avait eu la précaution de se faire accompagner, à cette audience de congé, par son frère le vicomte de Tonnerre ; le pape conféra à ce vicomte un diplôme de j)rince romain, pour en jouir, lui et sa postérité, dans l'ordre qu'il plairait au titulaire d'établir. Enfin le conclaviste du cardinal fut nommé évèque in jjar/i/)ifs.

X la grande dépèche du duc de Laval, relative à l'action qu'on devait réserver aux couronnes dans le prochain conclave, .M. de Chateaubriand répondait : « .le dois, pour le moment, me borner à vous invitera suivre, en cas d'événement, la conduite que vous avez observée pendant le dernier conclave. Vous avez. Monsieur le due, représenté votre souverain avec dignité et vous pouvez encore vous régler sur vos propres exemples. »

Vous pouvez vous rf'f//rr sur ras propres exemples ; il n'était guère possibh^ d'accorder un témoignage plus llatteur, ni dans des termes plus délicats à un collaborateur, je ne dis pas à un subordonné, car, en diplomatie, l'ambassadeur de la veille peut devenir le ministre du lendemain.

M. de Chateaubriand ne se rappellera guère la justice, bien méritée, qu'il a rendue à M. de Laval, quand, dans la suite, il le déclarera un homme médiocre.

Comme, a sa dépêche oflicielle, .M. de Laval avait joint une note personnelle indiquant les instructions qu'il y aurait à donner aux cardinaux s'ils étaient envoyés au prochain conclave ; de son côté, M. de Chateaubriand, à sa réponse officielle à Tambassadeur, joignait une note confidentielle dans laquelle, renonçant à Timpersonnalité du style diplomatique, il fait sentir sa maîtresse griffe. " .^i je le peux, je ne vous renverrai ni cardinaux, ni conclavistes; ils n'ont pas assez écouté le Saint- Esprit et ont été trop occupés de pensions, de diplômes princiers, de lettres pastorales et d'évèchés. » Et puis, en post-scripium et comme pour se dépouiller davantage encore du protocole, il ajoute : « Je vous prie de remettre cette lettre à .M™' Récamier. »

Le pape, que nous avons vu gravement malade, n'avait pas accordé d'audience du 6 décembre au r> avril. Le 8 de ce mois, le duc de Laval écrivait à son ministre :

« Monsieur le Vicomte,

« J'ai eurhonneur de faire ma cour au Pape, en audience particulière, le o de ce mois, à midi. Le Saint-Père était dans son lit et la grâce dont m'a honoré Sa Sainteté n'a encore été accordée à aucun

de mes collègues. J'ai rappelé que le roi verrait avec plaisir les effets de la bienveillance de Sa Sainteté en faveur du duc de Rohan. Sans s'être engagée formellement à le faire cardinal, je n'hésite pas à croire que ce ne soit l'intention de Sa Sainteté. Elle lui reconnaît beaucoup de |)icté, lin mérite solide, les sutTrages du Sacré- Collège, mais elle ajoute qu'il est assez jeune pour laisser mûrir ses vertus.

« Veuillez agréer...

<> Montmokency-Laval'. "

Laisser i/ith-lr ses vertus, il n'y avait guère là déchéance ferme; nous allons voir, sous peu, que le Pape estimait cette maturité prochaine.

La duchesse de Lucques, sœur du roi d'Espagne, était morte, à Rome, le 13 mars. M. de Rohan, qui était l'allié de la maison de Lucques, avait été appelé constamment au chevet de la princesse et lui avait administré les derniers sacrements. Dans la dépêche du 13 avril, où M. de Laval rend compte de la prise de possession du gouvernement de Lucques par l'infant don Charles, après avoir dit que le jeune duc réunit à des agréments extérieurs très séduisants, autant de moralité, de candeur que de piété, il ajoute : « C'est cette piété, accompagnée de pratiques si habituelles et la dévotion des princesses qui ont déterminé l'afTection la plus intime de cette petite cour pour l'abbé duc de Kohan. Il est vivement pressé, par ces princes,

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