Arch. des Atl'. Etrang. Rome, vol. 9d'i. f
2. Stendlial résume, dans ses Promenades dans Rome, les incidents du conclave de 182.3: il nélait pas encore en Italie a cette époque, ne fut qu'après juillet 18.30 consul à Civita- Vecchia, et, à ce titre, fort estimé comaie aident de trésorrvi.-. Mais il n"avait aucune com|»étence des questi.>ns internationales, nul accès aux sources secrètes, ni aux documents indispensables. Severoli, d'après lui. était un homme doux, ce qui ne l'avait pas empêché, toujiiurs d'après Stendhal, étant nonce à Vienne, en 1809, de se quereller avec lEmpereur François II. à qui il fit observer qu'il ne pouvait, sans faute grave, donner sa lilic A mi houime dont
LE CAP.DINAL DE ROIIAN-CHABOT 217
La Biographii' universelle fait de M. de Rohan, dans celle élection de Léon XH, le conclaviste de M. de Baiissel. Or, en septembre 182'.!. ^L de Baussel, irrémédiablement atteint dans sa santé, avait été dans l'impossibilité de se rendre au Conclave, et la France n'y était représentée que par ses deux autres cardinaux : MM. de (dermont-ïonnerre et de la Fare qui. chacun, avait son conclaviste.
Du 28 sej)tembre, date de l'élection du pape, au 6 décembre, date de la notilicalion de M. de Chateaubriand à M""" de Castellane, nous ne trouvons, dans la correspondance de rambassadeiir avec son ministre, que deux mentions de l'abbé de l»ohan. La première est pour signaler, au couronnement du [)ape (() oclobre), la présence de notre duc dans la tribune des ambassadeurs, en comjjagnie de son collègue à la pairie, le comte de Saint- Priest. Voici pour la seconde mention : aussitôt
la femme était encore vivante. L'empereur en aurait concHi un bien vil ressentiment ; de là l'exclusion qu"il lit exercer conli'e le cardinal.
Ce «juc nous avons (Ut du cara tère de Severoli.nous ne l'avons emprunté qn'.iiix dépêches de l'ambassadeur et de son premier secrétaire, (pu avaient vu le cardinal à l'œuvre, avaient eu à lutter contre ses intri^'ues, et rapportent les impressiuns qu'ils ont recueillies du secrétaire d'Eial et du pape lui-même. De ce que nous avons dit et dirons encore, on ju^rera s'il elait possible de (pialilier ce prélat d'une épillièle plus au rebours de la vérité que celle de iloux SeveroU. VA que dire de ce nonce se querellant avec l'Empereur et lui Jtdressanl, en son nain personnel, des remontrani'cs an sujet d'im projet de mariage? C'est le comble de la fant.-iisie, et rien de tout cela ne tient debout.
.Mais Stendlial serait, ]icut-êlre bien, le premier à sourire de nous voir prendre au sérieux son .-illégation ; il ne s'est sans doute montré là que ce qu'il était le plus souvent, un taquin de bien de l'esprit, préoccupé de n'être pas dupe et de rompre avec le fraditioniu'l et les préjugés au pidnt d(! brouiller et d'entrcchoi]uer les choses.
2IS LE CARDINAL DK HOII AN-LlL\I!OT
après son couronnement, le Pape sétait alité, et c'était à peine si, après deiLx mois, il avait pu recevoir en audience de congé nos deux cardinaux, La veille de cette audience, l'ambassadeur avait écrit à son ministre :
'< lioiïiô, 20 octobre 1823.
'( Mo>'siEUR r.K Vicomte,
« J'ai déjà eu l'occasion d'entretenir Votre Excellence du désir bien naturel que MM. les cardinaux français ont de contribuer à la fortune de leurs conclavistes, et de leur obtenir quelques faveurs de Sa Sainteté. Il m'a paru raisonnable d'entrer sur cet oljjot dans quelques explications avec le cardinal secrétaire d'Etat. Je lui ai représenté qu'il y aurait de la convenance à n'accorder ces grâces ecclésiastiques aux sujets du roi qu'après avoir obtenu l'agrément de Sa Majesté.
«■ Il n'a été question qu^en perspec/ive de M. le tiuc de Rohan pour lequel il n'est pas douteux que le Pape n'ait conçu une véritable estime et des intentions très hienreillantes.
« Mo.ntmohencv-LavaiJ. )»
Cette perspective et ces intentions bienveillantes, c'est toute la donnée sur laquelle M. de Chateaubriand a cru pouvoir se mettre en campagne,
\. Archives des atîaires étianffères. Rome. vol. !I.j8. 1" "22 A.
LE CARDINAL DE ROll A.N-CHAIiOT 219
faire part à M"* de Caslellane rie ses espérances, el les appuyer de l'agrénient du roi.
A cette même date, 6 décembre, nouvelle lettre de l'ambassadeur :
<'. Monsieur le Vicomte,
<> Le Pape a ét('> réellement très soufTrant etalTaibli. M.M. les cardinaux français, en raison de cet étal de faiblesse, étaient dans l'inquiétude de partir sans avoir eu l'honneur et la consolation de prendre congé de Sa Sainteté. Ils ont été prévenus, seulement hier après midi, qn'ils seraient admis à quatre heures et reçns dans la chambre à coucher du Saint-Père. M. l'abbé duc de Hohan avait aussi son audience à part'. "
Dn 0 au 24 décembre, l'état de santé du Pape s'aggrava au point de faire redouter, à bref délai, un fatal dénouement. Le 24 décembre, le duc de Laval écrit, clans une lettre personnelle à .M. de Chateaubriand :
« M'"'' Hécamier est très tourmentée de l'état de sa femme de chambre qui est dans le délire depuis trois jours. Il n'est pas probable que Léon XII fasse des cardinaux avant de mourir. Mais le duc de Uohan restera pour le nouveau conclave et tâchera d'y pénétier con.me conclaviste de son ami le cardinal Odescalclii: il nous u-ra fort utile'-. »
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220 LE CARDINAL DL UOH AN-CIl AHOT
Il ost indisponsaI)lo d'exposer à quel tilre et par quelle procédure M. de liolmn pouvait être appela au cardinalat.
L'attribution aux nations catholiques de la diiiuité cardinalice, qui est une dignilé exclusivement romaine, n"a jamais été réglée par un concordat; elle ne constitue, par conséquent, aucun droit pour ces nations à être représentées par un nombre déterminé de cardinaux dans le Sacré- (vollège. Sur le nombrede soixante-dix dignitaires que ce Collège doit ne pas dépasser, le pape se réserve, sur les vacances, un nombre de chapeaux déterminé parle service des congrégations à assurer. Le surplus de ces vacances est attribué, en vertu de simples traditions diplomati(iues. aux nations catholiques, et il y est pourvu par deux modes: soit par une décision de faveur, dont le pape ne doit compte à personne, par ce (juOn appelle la promotion ex motu prnprio ; soit par le droit qu'ont les souverains catholiques de désigner, à tour du rôle au pape, un candidat à la pourj)re. Les cours appelées à ces désignations ("taienl: la France, l'Autriche, l'Espagne et le Portugal, la Sardaigne n'ayant qu'un droitde recommandation. Le souverain, (|ui avait usé de son di-oil. ne pouvait désigner, à nouveau, un cardinal au Sainl- Siège, avant que les autres cours n'eussent, à leur tour, obtenu une promotion ; c'est ce (|u'on désignait sous le nom de droit île ju^omotion des couronnes. Toutefois, si l'une des cours se trouvait avoir un intérêt national à exercer, avant que ne revint son tour, le droit de désignation, elle pou-
vait le faire par une anticipation à la promotion des couronnes, mais elle ne le pouvait que du consentement des autres couronnes et sous réserve de leurs droits.
Le droit de désignation de la France, ainsi que celui d'anticipation, étant épuisés à ce moment, M. de R(duin ne pouvait être promu que cardinal de curie et par une promotion c.r tnotti propvio. Ce même 2i- décenil)re, dans une seconde letti'e, cette fois oflicielle, M. de Laval ('crit à sa cour:
" Le Pa{)e se sentait mieux hier matin ; mais à minuit, les Camériers, ayant entendu la soimette. sont accourus et ont trouvé le Lape sans connaissance. Quand il est revenu à lui, il a articulé: « Je suis bien mal I » Luis il a demandé les sacrements qu'il a reçus avec une entière liberté d'esprit. Voilà les nouvelles que. \\ huit heures du soir, le duc de Rohan vieni de recevoir, dans la pièce attenani à la chambi'e à (•(•ucher du Lape, d'un canu'riefi. >.
l']n prévision de la mort, ([ui semblait si prochaine, du Saint-Lère, AL de Laval expose, dans la dépèche ci-après, la situation qui sei'ait faite, dans le concla\e, à ce qu'on appidait le parti des couronnes, parti dans kMjuel la France avait exercé, de tout temps, une incontestable prépondérance. ^
'. Ail'airfs élraimères. Rome. V(W? 9jS. f" 26.
222 I.E CAHDINAL DE ROHAN-CH ABOT
« Rome, le 28 janvier 1824.
'< ^[ONSIELR Ll^ VlCO.VTi:,
(i Dans l'éleclion, dont nous devons prévoir le torniG, nous avons à craindre la prétention, constamment poursuivie, de se soustraire à l'influence des couronnes. Cette prétention est favorisée par bien des circonstances, il suflira d'en indiquer quelques-unes.
'< En ce qui concerne la France, les nonces, qui devenaientcardinaux en quittant Paris, rentraient à Rome chargés de bienfaits: abbayes, pensions, bénélices. j)rotectorat d'Eglises. 11 en était de même dans les autres cours catlioliques, et le conclave était rempli de créatures dévouées aux couronnes. La France constitutionnelle n"a plus de faveurs de cette sorte à distribuer. Quant aux autres cours, qui donnent ce qu'elles peuvent, quand elles doubleraient leurs libéralités, elles recueilleraient moins de dévouement que d'ingratitude.
c< 11 faut convenir des désavantages de cette nouvelle position et reconnaître, Monsieur le Vicomte, que le parti des couronnes, lors même qu'il serait bien concerté, et que la partie serait bien jouée, ne peut avoir la puissance dont il disposait, il y cinquante ans, au conclave de Pie VI, lorsque ces moyens étaient entre les mains habiles du cardinal de Bernis et du comte de Florida Blanca. 11 y a plus : non seulement les couronnes n'ont plus à leur dévotion, dans le Sacré-Collège,
LE CARDINAL DE ROIL\N-CILABOT 223
des Italiens par rintérèt ou par les dignités, pour eux-mêmes ou pour leur famille, mais encore les couronnes ne sont pas servies par leurs propres cardinaux avec ce dévouement et cette docilité que Ton remarque généralement dans 1 histoire des conclaves. Vous n'ignorez pas, Monsieur le Vicomte, que les nôtres n'étaient pas unis.
« Il faut reconnaître ici un nouvel esprit de corps dans l'Eglise universelle, un esprit qui tend à se rapprocher du centre, un esprit de ferveur vers le chef et d'éloignement pour les docti-ines nationales. Si, comme je le pense, il est dans l'intérêt de la chrétienté et de la gloire des vieux trônes d'exercer leur influence sur la seule couronne qui soit encore élective, j'oserais dire qu'il n'y a pas de temps à perdre pour recomposer le parti des couronnes, dans l'attente d'un événement dont l'époque ne peut vraisemblablement être éloignée. La France m'y paraît d'autant plus intéressée, qu'elle serait appelée à diriger ce concerta "
C'est avec une rare clairvoyance que, sept ans avant la publication de l' Avenir^ M. de Laval entrevoit, même dans le haut clergé, cette tendance, qui avait commencé par les jeunes, à l'abandon de cette vieille et saine tradition gallicane, à laquelle Donald et Joseph deMaistre avaient porté les premiers coups. La Révolution ayant brisé les Parlements et l'ancienne Université, a l'abri desquels s'était l'oriné le gallicanisme, il ne lui était plus possible de renaître et M. de Frays-