‹ Le cardinal de Rohan-ChabotChapitre 52 sur 107 · Air. Klraiii,'.. vol. 'Jtii. (•■ JO(i · texte numérisé non relu

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ecclésiastiques m'a donné communication de deux ordonnances royales qui nomment M. de Roiian à larchevèché de Besançon, vacant par le décès de M. de Villefrancon, et le cardinal Isoard à Tai'chevèché d'Auch, en remplacement de M. le duc de Rolian.

"J'ai l'honneurde vous euvoyer, avec des copies ligurées, pour le Secrétaire d'Etat, les lettres que le roi écrit au pape pour lui faire part de ces deux nominations et demander l'institution canonique des prélats qui en sont l'objet '. »

M. Bellocq rendait compte, hî 21 août, de la présentation au |)ape des lettres du roi :

« Monseigneur,

« Avant-hier, 19, jai eu Thonneur de présenter au pape les lettres du Roi qui lui font part de la nomination de M. le duc de Rohanet de M. le cardinal d'isoard aux archevêchés de Besançon et dAuch. Sa Sainteté s'est particulièrement enquise si M. de Rohan était satisfait de se voir promu à un autre siège avant d'avoir eu le temps de prendre possession de celui d'Auch, situé dans un climat peut-être plus convenable à sa santé. J'ai |)u rassurer le Saint-Père par les termes d'une lettre que j'avais eu l'honneur de recevoir de ce noble archevêque .

« Je suis avec respect,

« Sig/K' : Bellocq^'. »

1. Affaires Etrang.. Rome. vol. !>6.d. f" 133. :>. Ibk/.. I" 3.

En ce qui concerne M. de Rohan, il ne s'agissait que d'une permutation, fe procès était instruit, plus un acte d'information à établir; la préconisaliun ne comportait donc aucun délai. Elle n'en fut pas moins attendue cinq longs mois ; c'est que, l'astre contrariant avait fait de nouveau son apparition et que, s'il faut de grosses raisons pour que Rome se mette en mouvement, il suffit d'un prétexte pour quelle s'arrête.

Nous avons dit à quel état d'exaspération avait été amené l'esprit public par la politique religieuse qu'avait poursuivie le parti d'extrêmedroite. Le ministère devait subir l'obligation d'ouvrir à ces passions, comme on disait, une soupape de sûreté ; il le fit par les deux Ordonnancrs du 16 juin 1828. La première iixait le nombre des petits séminaires, et, dans cbaque séminaire, celui des lévites qu'il pourrait élever, proportions étroitement gardées aux besoins <lu culte dans chaque diocèse. La seconde soumettait au régime de l'Université huit établissements dirigés par des jésuites et ajoutait que nul ne pourrait être ou demeurer chargé soit de la direction, soit de l'enseignement dans une ULiisou d'éducation dé|)endant de lluiversité ou dans les écoles secondaires ecclésiastiques, s'il n'avait aftirmé, par écrit, qu'il n'appartenait à aucnine congrégation religieuse non légalement établie en France. Les Ordonnuiicpn rendues et publiées, it fallait procéder à leur exécution et obtenir des évêques les renseignements indispensaldes sur leurs petits séminaires. Ce fut alors (ju'un mouvenuMit de protestation fut déter-

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miné, dans Icpiscopat, par deux îles prélats les moins maîtres d eux-mêmes : MM. de Cleimont- Tonnerre et de Quélen K On sait les relations intimes qui existaient entre M. de Kolian et l'archevêque de Paris; celui-ci pressa très vivement son collègue de Besançon d'adhérer à la protestation des évêques. M. de Rohan s'y refusa obstinément : d'abord il n'était plus archevêque d'Auch et il n'était pas encore préconisé archevêque de Besançon ; ce serait sans aucun caractère canonique qu'il protesterait. D'un autre côté, il lui était impossible de voir, comme ses vénérables frères, dans les Ordonnances.^ une conspiration révolutionnaire. M. de Rohan était resté dans la plus étroite intimité avec le P. Ronsin, provincial des Jésuites, qu'il avait remplacé à la Congrégation et en qui il retrouvait la direction ferme et éclairée de Teysseyre. Le P. Ronsin exposa à sou ami Rohan

1. >L de Quélen, dans cette protestation, était moins guidé par son zèle épiscopal que par ses rancunes contre l'évèque de Beauvais, qui l'avait supplanté à ce ministère des Affaires ecclésiastiques qu'il prétendait lui revenir de droit II mit, dans ses procédés à fégaril de ce ministre, un ttin si outrageant que, à une séance du Conseil, le roi ayant communiqué au dauphin une lettre de M. de Quélen à l'évèque de Beauvais, le prince dit, après l'avoir lue: « Si j'étais le roi, M. l'Archevêque coucherait ce soir à Vincennes. » Quant à M. de Clermont-Tonnerre. il ne laissa pas échapper cette occasion de placer la devise de sa maison. Lorsque tous les évêques adressaient leur soumission au ministre. M. de Clermont fit la sienne en ces termes :

« Monseigneur, la devise de ma famille, qui lui a été donnée par Calixte II. en 1120, est celle-ci : Etiaui si omnes.e;jo non. C'est aussi celle de ma conscience. J'ai l'honneur d'être, avec la respectueuse considération qui est due au ministre du roi.

« A.-J., cardinal-archevêque de Toulouse. »

Le Roi répondit à cette bravade par une mesure qui fut plus sensible au cardinal que ne l'eût été une déclarativii d'abus :{q roi lui interdit de se représenter devant lui.

ce qu'il avait dit an roi — et ce qui. au grand étonnement du ministrre, avai> décidé Sa Majesté à signer sans une objection les Ordonnances, — il lui avait dit qu'il est des orages contre lesquels il est aussi dangereux qu'inutile de lutter; que tel était celui auquel cédaient les ministres. « Nous payons les imprudences commises par d'autres, avait-il ajonlé ; mais ce n'est qu'en se soumettant qu'on désarmera les mélianceset qu'on rendra possible dans l'avenir une réparation. >-

Le ministère avait apporté dans la mesure qui lui était imposée autant de respect de la légalité et des égards dus au Saint-Siège que de résolution à défendre les prérogatives du pouvoir civil. Il n'épargna rien pour convaincre le pape et obtenir son approbation. Lorsqu'il s'était constitué, le ministère avait dû subir les conditions du parti libéral, qui exigeait un portefeuille pour M. de Chateaubriand, qui, de son côté, ne voulait, à titre de revanche, que celui des Affaires étrangères. Mais le roi, s'étant énergiquement refusé à admettre dans son conseil M. de Chateaubriand, on donna à celui-ci, à titre de compensation, l'ambassade de Rome'. Il était impossible de penser au nouvel ambassadeur pour conduire, auprès du Saint-Siège, une négociation aussi délicate que celle des Ordonnances, où il fallait, avant (ont, joints à la force, équilibre et j)ondéralion. Le

1. A propos de sa nomination à lîome, M. de (^ii;itcaiil)riiind écrit : « ^I. de La Ferronnnys .ivait consenti aux l'onctions d'ambassadeur sous mon niinislcre : plus tard je devins ambassadeur sous le ministère de M. de La Ferronnays; ni l'un ni l'autre n'avons cru monter ou descendre. »

choix (Jii ministre s'arrêta sur un homme d'un esprit rare, juriconsnlte éminent et catholique sincère et censé, M. Lasagni, conseiller à hi (^our de cassation, et qui, ancien auditeur de vote, savait de Rome tout ce qu'il était indispensable d'en savoir'.

La mission de M. Lasagni eut un plein succès : le pape reconnut qu'il n'y avait, dans les Ordonîiances, rien de contraire aux droits épiscopaux ; il voulait sans doute que ces droits fussent respectés quant à l'enseignement des séminaires, mais il ne prétendait pas imposer au Gouvernement français une congrégation que sa législation repoussait. Le Saint-Père fit, en conséquence, rédiger, pour les évèques de France, une lettre dans laquelle il les informait que « persuadée de leur dévouement sans réserve envers Sa Majesté, ainsi que de leur amour pour la paix et pour tous les véritables intérêts de la religion, il ne pouvait que leur conseiller de se confier en la haute piété et sagesse du roi pour l'exécution des Ordounancrs et de marcher d'accord avec le trùne ». La lettre du pape mit fin à l'émotion soulevée par les Ordon/iance.^. Tant qu'avaient duré ces négociations, il n'avait pu être question de préconisations d'évèques.

(^ette première entrave écartée, il en surgit une

1. Il eût été plu? naturel, écrit M. Hyde de Neuville dans ses Mémoires, de conlier cette mission à M. de Chateaubriand, norniué à Tambassade de Rome et dont le départ était prochain: mais parmi les ministres, mes collègues, on craignait également les lenteurs propres à la cour de Home, autant que les ardeurs de Chateaubriand, quand il voulait imposer sa volonté. Ce double risque fut conjuré {Mémoires et Souvenirs du baron lii/de de Seiiville, t. III. p. 414).

autre. Léon XII, à son avènemont, avait dû accepter, comme cardinal-vicaire, Valter ego de Severoli, qui n'avait rien de l'active intelligence de son maître, mais qui ag^gravait son fanatisme de l'étroitesse passionnée de son esprit. 11 avait fait assigner, devant son tribunal, plusieurs Français atteints et convaincus d'avoir enfreint la règle canonique sur l'obligation du devoir pascal. Le chargé d'affaires ayant dénoncé cette étrange procédure à Léon XIL le pape répondit qu'il v mettrait bon ordre. Aussi quel ne fut pas l'étonnement de M. Bellocq, lorsque, le 5 septembre, il apprit qu'un peintre français résidant à Rome depuis huit ans, un sieur Faure, avait été, sur l'ordre du cardinal-vicaire, arrêté dans la nuit et mené en prison sous l'inculpation d'avoir omis de faire ses pàques. Le chargé dalfaires s'empressa de faire entendre au cardinal-vicaire les protestations qu'imposait une si exorbitante violation du droit des gens. <* Mes observations, écrit-il, le 1 1 septembre à son ministre, ont ol)tenu une réponse des plus inattendues : « Le sieur Faure, m'a dit le cardinal-vicaire, habite Rome depuis sept ans et, par conséquent, il est tenu de connaître et d'observer les lois canoniques relatives au i)récepte pascal. L'ambassade du roi très chrétien ne peut plaider la cause d'un mauvais catholique, d'un relaps qui s'obstine à ne pas remplir ce précepte de première obligation. Elle ne demanderait pas qu'on lui remît un voleur incarcéré, comment peut-elle réclamerun homme coupable d'un crime bien plus odieux que le vol? »

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— Je me suis horno h faire observer h qu'elles extrêmes révolles ou hypocrisies pourraient pousser de pareilles mesures, qui ne manqueront pas de motiver l'intervention énerfij-ique de mon gouvernement'. »

Le cardinal-vieaire crut fnire droit, dans une large mesure, à la protestation de M. Bellocq en retirant le sieur Faure de prison, pour le faire conduire dans une maison religieuse, où il devait se livrer, pendant quelques jours, à des exercices spirituels.

La réponse de M. de La Ferronnays ne se fit pas attendre.

M Paris, 2 octobre 1828.

« Monsieur,

« Sa Majesté approuve entièrement les réclamations que vous avez adressées au gouvernement pontifical contre la détention arbitraire d'un de ses sujets et votre conduite dans cette aflaire. Cet emprisonnement, motivé sur ce que le sieur Faure avait omis de faire ses Pâques, est une mesure qui excède les droits de juridiction du Saint-Siège, et qui est essentiellement opposée au véritable esprit de la religion, qui ne veut que des sacrifices volontaires.

u M. le cardinal-vicaire, au lieu de soutenir un raisonnement comme on l'eut fait au xif siècle, aurait dii sentir, au contraire, qu'il ne peut tendre

■1. Atfaires Etrang., vol. 96o, f" 25.

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quù discréditer le gouvernemeiitponlilical, dans un temps où l'opinion réclame, avec plus d'exigence que jamais, l'adoption de mesures de tolérance.

Cette dernière considération est d'autant plus essentielle que, déjà, les journaux se sont emparés de cette alla ire, l'ont représentée comme une de ces persécutions d'autant plus odieuses qu'elles violentent les consciences. En persistant dans de semblables mesures à l'égard des étrangers, le Saint-Siège s'exposerait infailliblement aux réclamations de la plupart des Gouvernements et peutêtre à des démêlés qu'il est de son intérêt de prévenir.

C'est dans ce sens que vous pourrez vous expliquer, dans vos conversations avec le secrétaire d'Etat, et ne pas lui laisser ignorer que nous ne pourrions reconnaître au Saint-Siège l'espèce de juridiction qu'il s'attribue à la fois sur les consciences et sur la personne des Français résidant à Rome ; que nous espérons que de semblables actes ne se renouvelleront pas etque, s'il en était autrement, nous ne pourrions nous dispenser d'adresser au gouvernement pontilical d'officielles et vives réclamations.

« Agrée/...

(' La Fkuro.nnavs '. »

Presqu'en même temps que parvenait cette dépêclie au cliargé d'allaires, M. de Cbateaubriand, qui avait attendu cinq mois de se mettre en route

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