Affaires Etrana;., Rome, vol. 968, f
intentions du cardinal ; quant aux réclamations, c'est toujours la même argutie : il y sera fait droit si elles sont trouvées justes ; nous savons à quel déni de justice, sans phrase^ aboutira cette réserve.
Le conclave, ouvert le 14 décembre, n'est parvenu à l'éleclion d'un pape que le 2 février, après six longues semaines d"e(l'orts, rendus constamment impuissants par les manœuvres du cardinal Albani. Cet étrange prélat était l'opprobre du Sacré-Collège; le pape défunt n'ayant été élu que grâce à lappui du parti Albani, ce parti avait imposé son chef comme secrétaire d'Etat au nouveau pontife. Voici le porlrait que M. de Chateaubriand, notre ambassadeur, faisait, en 1829, de ce premier ministre : « Riche, excessivement avare, le cardinal Albani se trouve mêlé dans toutes sortes d'entreprises et de spéculations. Quoique âgé de soixante-dix-neuf ans, la renommée de ses mœurs n'est pas très bonne ; on n'est pas sûr qu'il croie en Dieu et il paraît n'avoir aucun principe politique. J'allai, hier, lui faire ma première visite ; aussitôt qu'il m'aperçut, il s'écria : « Je suis un cochon ! (il était en etl'et fort sale), vous verrez que je ne suis pas un ennemi. »
A son dernier soupir, Pie YIII avait charge le cardinal Pacca de dénoncer au Sacré-Collège l'indignité d'Albani, qui l'avait trahi en appelant, en son nom et par une manœuvre frauduleuse, l'intervention autrichienne dans les légations. Albani ne fut pas autrement embarrassé par cette accablante révélation et n'en reprit que plus audacieu-
sèment ses intrigues au conclave, s'appuyant sur le parti autrichien, non pour arriver au trône pontifical, — il savait que M. de LaTour-Maubourg avaitcontre lui des lettres d'exclusion, — mais pour essayer de s'imposer à nouveau, comme secrétaire d'Etat, au successeur de Pie VIII. Le conclave étant à la veille de devoir s'ajourner faute de solution, le cardinal Odescalchi intervint de toute son ('nergie et, avec le concours de son ami Rohan, il parvint à détacher quelques membres du parti Albani et à décider, le 2 février, l'élection du cardinal Capellari.
M. Bellocq informait parla dépêche ci-après son ministre de l'élection du pape'.
« Rome, 2 février 1831.
(( Monsieur le Comte,
« Ce matin, à onze heures, M. le cardinal Capellari a été élu pape et a pris le nom de Grégoire XVI. L'élection du cardinal Capellari paraît avoir été déterminée par les démarches influentes du cardinal Odescalchi auprès de quelques membres du parti Albani.
« Je n'ai pas besoin de faire remarquer à Votre Excellence combien ce choix doit être agréable au gouvernement du roi, qui connaissait depuis
1. M. Bellocq avait, aussitôt l'élection connue, télégraphié au ministre. Les dépêches, à cette époque, mettaient quatre jours pour arriver de Rome par Toulon à Paris. Celle du 2 février arriva à destination le 6.
LE CARDINAL DE ROHAX-CIIABOT 407
lono;temps le cardinal Capellari et l'avait déjà indiqué, au conclave de 1821, au premier rang des candidatures qui réunissaient les vœux de la France.
Un caractère ferme, modéré à la fois, ses connaissances politiques et religieuses, l'habitude des affaires, qu'il a acquise à la tête de l'établissement de la Propagande, promettent un règne de sagesse et de lumières. Le cardinal Capellari était consulté par Léon Xll dans les circonstances les plus délicates. C'est lui qui montra un esprit remarquable de prudence et de conciliation à l'époque des ordonnances sur l'instruction publique, sous le ministère de M. de Martignac.
u Veuillez agréer..,
Bellocq
M. Bidlocq reconnaît que c'est à l'intervention Odescalcbi qu'est due l'élection du nouveau pape et, pour ne pas se donner un trop flagrant démenti, il passe sous silence le concours efficace que M. de Rohan avait donné à son ami.
iJans une autre dépêche du 22 février, M. Bellocq écrivait : « M. l'archevôque de Rohan part demain })our retourner en France })ar la route de Milan -. » Or M. de Rohan étaitencore pour quatorze mois à Rome, qu'il n'aurait pu quitter du reste avant d'avoir reçu le chapeau.
Libéré des obligations du conclave, M. de Rohan avait repris, avec les familles de Taristo-