Le Cardinal Jean Morone étude historique
Le travail que j'offre au public emprunte peut-être quelque intérêt aux circonstances au milieu desquelles il paraît. Il nous fait remonter [rois siècles en arriére à l'époque ilu Concile de Treille; on s'attendra probablement a trouver dans cet écrit plus d'analogie qu'il n'en existe effectivement entre ce qui eut lieu alors et ce qui se passe aujourd'hui. Un nouveau Concile Général île la catholicité est annoncé, lo premier qui l'ait suite à celui tic Trente dans la série de tes assemblées qui tiennent uni: si grandi 1 place dans l'hisloire. Mais quelle différence de temps se déroule devant nous lorsque nous cm u parons h mission remplie par le Concile du xvi" siècle, avec celle qui, au \iV siècle, va être offerte aux représentants de l'Église. Alors le fond de toutes les question? était exclusivement ecclésiastique et religieux, cl si lu politique venait à s'y mêler par des détours tortueux, ce n'étaient que jeux ou affaires de princes. Maintenant c'est la marche entraînante de la Société, avec des intérêts populaires largeuienl dessinés qu'il faudra considérer pour que les bienfaits de la religion se développent en proportion des besoins el des progrés de la civilisation.
Ce n'est pas que pour cela nous doutions de l'efiicacité du Concile. Nous pensons au contraire que de
grands efforts peuvent amener do grands résultats. Quel que soit l'esprit que cbacun dos intervenants apportera dons cette réunion, les exigences du temps s'y feront sentir. On ne peut guère se soustraire à l'influence de l'air qu'on respire, et l'attitude actuelle du monde présente des problèmes qu'on no saurait mieux résoudre que par l'idée de la 'responsabilité humaine engagée devant la justice de Lieu.
Si au Concile de Trente il a fallu beaucoup de prévoyance et d'habileté à ceux qui en dirigeaient les travaux, pour se garantir des ruses de la diplomatie, et résister auv citiporlcinctit* d'un zélé iminmléré, il faudra maintenant au nouveau Concile bien plus de calme et di; persévérance pour dimner dis implications, ralVermir des convictions, el ménager des retours. On devra travailler à faire rentrer le plus qu'il toit possible dans la vie ordinaire des d ill'ijreni.es dnwns do la Société, l'habitude du sentiment religieux. Il en est de la vie morale et religieuse, disait, tiùêllie (I) , comme de la vie physique el civile; l'homme n'agit pas volontiers impromptu; ce qu'il fait, il ituit être amené à le faire par une série d'actes d'où résulte l'habitude, bans ce qu'on veut lui faire aimer et pratiquer il nu faut pas le laisser seul et à part. Nulle voie meilleure pour cela que celle d'une charité relevant de Dieu, el coordonnée avec les besoins de notre époque, qui devrait être incessamment occupée d'alléger îles soulVraui-es el de sanctifier le travail.
(1) Hémoka, L 1, p, 526.
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Le catholicisme, considéré même au seul point de vue historique, est de toules les institutions qui ont paru sur la scène du monde, celle oui marque le plus de vitalité. Laissons parler à ce sujet un îles plus illustres historiens modernes, appartenant à la religion protestante, lord Macaulay (J). s On lit dans un conte <t arabe, dit-il, que la grande pyramide fut construite « par les'rois antédiluviens et que, seule entre toutes a les conslructioos humaines, elle supporta le poids du a déluge; telle fut la destinée île la papauté. Elle a « été couverte par la grande iiiuiidaliim sans que ses s fondations en aient été ébranlées, et lorsque les eaux a s'abaissèrent, elle apparut seule au milieu des ruines « d'un monde qui venait de disparaître. La république i hollandaise, l'empire germanique, le grand conseil s des Suisses, la maison de Bourbon, les parlements et s l'aristocratie française avaient disparu. L'Europe i était couverte de créations récentes ; un empire fran- » çnis, un royaume d'Italie, une confédération du Rhin.
i El les derniers événements n'avaient pas seulement « frappé des limites territoriales ou des institutions i politiques, La distribuliuii de la propriété, la eonit position el l'esprit de la Société avaient, dans une s [ii'ande partie de l'Eiirupe catholique, subi le; cuiln séquences d'un changement complet. Mais l'Eglise
« Durant le cours du XVIII e siècle, l'influence de « l'Église romaine alla toujours en s'abaissanl. L'in-
(1] Esftiy: fiantes hitlory of Ihe Popts, Edinbursti Rrviuw,
i crédulité lit de nombreuses conquêtes dans lous les t pays catholiques de l'Europe ; la papauté était tombée
< au point de devenir un objet de dérision de ia part « des infidèles, el do pitié plutût que de haine de la a part des protestants. Dans le siècle celte Église « déprimée s'est reli;n':e [jTjiilucltemcnt de son abaisse-
< scmctit, et a reconquis son antienne autorité. Quii conque considère Irariquillcmeul ce qui s'est passé t dans ces dernières années en Espagne, en Italie,
• dans l'Amérique méridionale, in Irlande, dans les € Pays-Bas, en Prusse, el mémo en France, ne saurait « douter que son empire sur les cœurs et les esprits
< élevés, ne soit plus grand aujourd'hui, qu'au moment i où parurent VEim/clopélie, et le Dictionnaire philoi sophiqui. 11 est vraiment remarquable que ni la rot volulion morale du rail* siècle, ni la contre-révolu -
• lion du xrx n siècle n'ait rien ajouté à la domination du i protestantisme. Durant la jprctiiière période ce qui « était perdu pour le catholicisme l'était également
• pour le christianisme ; durant la dernière tout ce que « le christianisme fil de conquêtes dans les pays ealhot liques tourne aussi au profil du catholicisme. >
Au moment de l'ouverture du nouveau Concile faisons des vœux pour que des hommes égaux en intelligence et en piété aux Contarini, aux Poole, cl aux Morune remplissent la grande tache dévolue a cette vénérable Assemblée, celle de sortir vie lu rie u seine ni de l'épreuve intérieure que traverse le Christianisme.
Je me suis occupé de l'étude île la vie du cardinal Jean Morone, dont le nom se rattache il la grande série de nfgol'iaiiuna qui ont précédé el accompagné le Concile de Trente.
Homme d'Elat, ln'iiniif.' il Valise, el homme de liien, Morone a laissé après lui de glorieux souvenirs, que l'histoire ne s'esl point assez hâtée de recueillir (I). Un travail récent de M. César Cantù a rempli en prunde piirlie celle lacune (îj ; il fournit de précieu* malériau* pour metlre en son jour celte belle figure historique. J'ai eu le bonheur de trouver quelques autres pièces inédiles qui se rapportent à ce sujet, el il m'a paru que le récit de ce que Morone a fail, de ce qu'il a souffert, de ses rapports avec les hommes émïricnts de cette époque, pouvait inspirer de l'intérêt à des lecteurs si-ii'.'ux. IViU-èhe ce que jïc:is iVra-l-i! nailre l'idée
11) Jean George Frkkiua a publié un mémoire intitulé: Obstreatio sur la vie do Jean Muruiit, inséré au Unufi XII (les Aaanitatet Uttraria de Schclhorn; cet écrit contient de curieuï renscignemeuti, mais il est loin d'offrir un ciposé complet do la vie de Jean Slorone.
Tiralioschi. dans son Histoire de la littérature italienne, a inséré une notice fort courte mais Irés-exacte sur la vie de Morone.
(3) H cardinale Giovanni Morone, commentant, lu dans la séance de l'Institut lombard do S novembre 1836.
de quelques rapprochements qui nous servent à miem observer ce qui se passe ou ce qui se passera sous nos yeux. 11 n'est jamais hors do propos d'offrir ctes exemples de ce que peut la sagacité* jointe à lu modération au.\ moments d'agitation politique et religieuse.
Jean Morone, naquit à Milan, le 23 janvier 131)3. 11 était
père avait joué des rôles importants en Lamburdie pendant les longues vicissitudes des guerres d'Italie, depuis Charles VIII jusqu'à Charles -Quint. C'éluiL un homme doué de beaucoup de savoir, et d'un caractère flexible, cherchant à se maintenir dans une haute position. Attaché tour à tour nui Sforza, ducs de Milan, au roi de France, et à l'empereur, il finit par courir les plus grands dangers. Le eomiélatde de lluurhon, en le faisant sortir de prison, lui avait imposé une rançon de cent mille écus d'or, réduite ensuite à vingt mille. Jérôme Morone ne put en payer que quatorze mille, mais il sut si bien profiler des circonstances que quelques mois après il devint nu des agents directs de l'empereur pour traiter avec le pape Clément Vil encore enfermé dans le cluïteau Saint-Ange. Une promesse du pape de nommer à un évëclié le (Ils de Jén'ime Morone, ajouta quelque facilité à la négociation. Clément VU tint sa parole et dans le consistoire du 1 avril 1320, Jean Morone, à peine âgé de vingt ans, fui pourvu de l'évéché de Slodenc. On se montrerait bien peu instruit des mteurs et des habitudes de ce temps-lit si ou s'étonnait de pareils procédés. Le trop do facilité dans les élections des évéques et le peu de surveillance sur leur conduite, furent les causes regrettables d'un grand nombre d'abus introduits dans l'Église.
(1) La famille Morone avait éli agrégée a la noblesse milanaise dis le in' siècle; une ruedans fa ville de Milan porte encore ce nom.
Quoi qu'il en soit, lu nomination de Jean Moronc a pu rire jiiflifîi-i! par la suite. Sa jdincsfc ne l'entraina à aucun dé émeut et la précocité de son entrée aux affaires ne fit que lui fournir plus de moyens de se rendre capable de les Lieu diriger.
Moroue ne prit ]n>inl î 1 1 1 c ^ 1 1 ■ ( J i n 1 1 ■ 1 1 Lf e l t nusse-sion de son éveebé. Le duc de Ferraro désirait que son neveu, qui était il.'j.i archevêque de Milan, devint encore éveque de Modénc, le cumul de plusieurs mitres sur une mémo te se trouvant alors aussi parmi les obus tolérés; et Moronc ne put vaincre celle concurrence qu'en «'obligeant, presque contre le grÉ du pape, à servir au neveu du duc une pension de quatre cents écusd'or-(l).
Pendant qu'il altendait la fin de son différend avec Hippolylc d' liste, Morone fut envoyé par le pape auprès du roi de France pour l'engager à faire la pais. Il débuta ainsi de li'.niric heure dans la earriere U~ji Ioijki ttifiic ijn'il devait illustrer jusqu'il!] km nie sa vie. Plus sage et plus heureux que son père, line tomba point dans cette versatilité qui Dt tant de tort
re\aeéraliim dans certaines doctrines qu'exempt do faiblesse dans la conduite des aiïaircs, les circonstances lut procurèrent les honneurs de la persécution entremêlés aux honneurs bien plus nombreux du succès.
Dans les longs débats qui sim iront les premières condamnations des doclrines de Luther, un mot s'était Tait entendre souvent, celui d'appel au Concile. Ce mot réveillait bien des souvenir?; et des impressions pénibles pour la papauté. Combieu do troubles n'maient-ila pus accompagné et suivi
{1J Tiraboschi, Slarin délia ktlcralma ilaliana, t. VII, Ur. ir.
1rs Coocllr» de Constance et île Dite, et il était .1 croire qu'un nouveau Concile ne pourrait se tenir «ans heurter (nntre de» écueils oïi lis plus aiifés feraient naufrage. Muus M'cnlnruni point ici dam h - piiriic-jlbr.ua de l'htsluire du cette époque qui sont bien connue. Il nous suOll dp remarquer que des que la doctrine de Luther fut répandue, son aiiingito'Mnc auc l'Kglisc colltcili )uc prit aussitôt le caractère d'un grand mouvement pnlilique (l).
Une fois appelé devant la dii;!i' iîi- Woniiif .KiïO;, Luther devînt une puissance. En invoquant l'intervention d'un Concile, Luther ne songcriit iju'ii inquiéter le pape et à troubler l'Kgli=c ; il ne pouvait plus avoir a celte heure le dessein do se soumettre a une autorité quelconque. Il était trop craint el trop aimé en Allemagne pour penser à autre chose qu'à pousser sa pointe et à affermir son autorité.
Les choses se passaient tout autrement clici 1rs catholiques. On déplorait dans l'Église des abus séculaire*, on avait essayé des remises insuffisants, cl le mal s'était accru en proportion de la difficulté, reconnue d'j opposer des ohs-
réunion du Concile général furent faites par l'empereur. Le roi de France ne manqua pas, do son côlé, d'entrer dans ces vues. Pour ces deux princes l'agitation qui s'était emparée do l'esprit d'un grand nombre de leurs sujets était un danger pressant. L'hérésie religieuse couvait la révolte politique. Et le pape avait à craindre que si le Concile général ne se tenail pas, on ne réunit un Concile national en Allemagne, ou une diète impériale transformée en synode reli- (1) Lei dépfclies de Horooc expédiées d'Allemagne en 1510, imprimées dans les J/onumenla Voiicana de Laemmer montrent clairement les progrès rapides du Luthéranisme en Allemagne
gieui ; et dans les deuK cas le Sainl-Siége aurait eu a en souffrir considérablement, i'aul 111 se résolut enfin il convoquer le Concile, cl il expédia Morone en mis-ion iivci; qualité de nonce auprès du roi des Humains. Ce nonce ;e rendait en Allemagne, pays travaille depuis ;i k>ti--tcr:)|s par les seelvs dissidi-ii'.cs l i , cl soulevé tout entier par la parole ardente de Luther, et par les intrigues des princes. Il fallait dune procéder avec adresse et douceur; ne point éveiller d'irritations et ménager ceux oui hésitaient à se déclarer pour la bonne cause. Les instniclions données à Morone. lui recommandaient de ne point se livrer a la controverse tout en appuyant par ses avis les catholiques qui entreprendraient des discussions avec des proleslants, et d'informer promptement le pape de toute proposition d'arrangement nue l'on aurait présentée. L'objet de la mission do Morone était, en langage ordinaire, de sonder le terrain et de voir venir (i). Morone répondit parfaitement à ce qu'on attendait de lui. Il observa avec soin, il agit avec modém-
(I) Voici ce qu'écrivait le cardinal Julien de Sjnt' Angelo envoyé en Allemagne, au pape Eugène IV, au intiment OÙ ce pape cherchait à dissoudra le Corn il.' !> mie. 4 Hélas) quelle énorme « confusion ne va-l-il pisyavoir? L'issue en est certaine. J sper- « 1,-oisdéjalacognceaupiedderarbre; l'arbre penche déji vers la • terre; il n'y a plus moyen J.: le tiicieitir. il Lui qu'il tombe. Et ! quand niikis il piuirriiit eurtire rester tteboul, nous travaillons ■ à le mettre à bas. Que celui qui ne veut peint secourir la foi, t ne cherche pas au moins à lui susciter des obstacles : >
{9) Ces in-trucliotis oui été publiées leituEllemenl par Laemmer. — lfaminents l'aiicona Auforiai» ecrksiailicam 3œtuli ITI ilkulrantia, — pag. 263 et sniv. Il, Ilanke, dans le premier volume de son Histoire de la Papauté, [ait mention d'instructions antérieures données à Morone lors de sa première non-
(ion, il renseigna lu pape avec clarté cl précision. Une liiiiL'iic (IqnV'lie iiiln^rw par lui à Paul III, do Vienne, te ■Jt] iJri-H.'j|jfiic i;i"i(j, i|ni a i'h' pubui'c fine- M. (Ir-ar Canin, conlicnt un ri posé liOlnilli; des rnli clii'ns rpie M . > i ■< 1 1 1 e mail eus avec le rliiiicnr Manias, i ini-dianiTlier 'le. l 'empire. La
craindre qu'il ne iïil point ni'n'alilc à hjii souverain do l'apprendre. Morone fui eliarçÉ aussi par le pape do Traiter d'une alliance cnlie l'empi'ccur Oiarlrs-Quinl, son frtre lo rui de Bollême et la république de Venise, alin lie s'opposer aux desseins de François I"qui, au grand scandale de la chrétienté, venait de se liguer avec le sultan. Apres avoir lik't: pesé el bien examiné toutes les circonstances du lemps. Mordue concluait ainsi. « Do tous cotés il y a îles (lilliciillés : a il y a du danger partout. Je no connais ijuu deux remèdes : t la pais avec l'empereur el la France, bien assise, cl sans u projet Je nuire à qui que ce soit, avec le Concili 1 , s'il ■ est passible : ou autrement le Concile, avec la permission n et l'aide do ces princes. Tout le rcsle me pareil rempli do a dangers, si ilicii dans sa puissance ne trouve pas d'autres i mojens (1). • L'élat de l'I'^li/e callnjliqui: au-.-i Lien qricj les conditions
ciaiurc en Allemagne (du 21 orlolire 1536). Dans ces inslruclions le pape Paul lit recommande au débutant dans la carrière diplomatique — de no pas « faire de dettes , de payer, dans les hûlcls . qui [ni seraient assignes, de se vêtir sans line «un même temps
• sans pauvreté , de visiter les églises, mais sans faste et sans
• liypoerisie. >
(1| Lettre du 13jain 1M0, écrite rte flspicnau. Laemmcr, Le., pag. 279. 880.
politiques île l'Ktjropr ri'ctrniiiii.'nt de- mesures efficaces pour empêcher de pins Eranrts désordre. Le Concile paraiâsai! devoir offrir a la fois les moyens de vigueur et de conciliation. Le nonce derait en annoncer la convocation prochaine, uns <jue pour cela on se hfltât île 1» préparer. N'oublions pas de dire que Moronc se munira toujours oj>ji'.jsi: ;i 1 ci [■ ni de ceux ijui auraient voulu réduire les Luthériens par la force des armes (I). Moronc fut rappelé à Rome pour informer de vive voix le Pape de tout ce qui se rapportait ;i la siiunlion.
Des historiens de l'époque prétendent que Paul 111 n'avait aucun defir de voir réunir Ir- Concile, et qu'en Se milan I, ainsi qu'il le faisait, de toute sorte de négociations politiques, il cherchait à gagner du temps el à différer ce qu'il n'avait proposé, qu'à conlre-cerur.
Les dictes se succédaient, les conférences se rouliiriliaii'nl
(!) Quriti via de [arme pnrlanda puramenlc, mi par inutile e ferieohim. pmhi ounpirn alla ulilitti si ï oislo per il tempo passalo cAe lutta la Christinnila vnito alla iebellalione il Bohemi aalicamenle non poli eslirpar l'heresia nota in quel piccata anjolo. Bencnt si passa dire che l'imperature Si-jisui'itidii (uor di tempa lascih quella impreia, per attendere ad allre case. Quanta al pericola V. S. II. deve sapere chc lutta la Germania f Lulherana. El se van fasse il risp/Ua el timon de l'imperatare cl dei re dli Romani, e! i'aieuni attri principi et supériorité
Lellre de Moronc au cardinal Farncse, écrite de llagucnan, 7 jin'llci I-;10 Lacimnor, 1. c, pag. 285 et soiv.
Nous publions dans l'appendice une lettre adressée par llorone au cardinal Contarini, le 27 juillet 1540; elle est tirée de la ni- Wiolhèqac Ambroisienne de Milan, et ne se trouve pas dans le recueil do Lieejmcr que nous venons de citer.
en Allemagne, el la question religieuse était toujours la première discutée, mais rien de décisif ne se montrait encore eu Italie. Il est vrai dédire que la réunion de mi? assemblée ne j>ou\ail pas être du fiuiil d'un ennui [iiinibiv de 1 1 r t: 1 ;i 1 s . Il
eu craL'nnit li-j tv.-srntimenl; des lu-ivl jf] ui-.-î il.. Plusieurs enfin, animés d'uu vrai zèle pour le bien de l'église romaine, redoutaient ci]iFinliini IVxnluf iun de disputes ardentes produite par des causes imprévues, et rappelaient a ce propos l'opinion et l'eicmple île saint (.1: égiiire de .Na/.ianze (3) peu
(I) On peut connaître le véritable clat des choses 1 cette époque en consultant les lettres du cardinal Morone publiées ivee celles do cardinal Poole ; Epis/olaruni llrgin-ldi Poli S. it. E. cardiiinli* el nlmram ni l'piiim ; p;irj III. (( pn-iaAn. écrivait Murons au cardinal Coutarini, Je [I n.-ueriiii I'.- lu juin l.rW, cansiste in ht discordia dti catholici et in la iilîù dti veston", et poca asserranza cerso lu sedr apoilolica, et itelli mali coiHijKtri quali hanno tutti li principi catholici.
Vuyei aussi la lettre de llimm..' nudil en lin li, .VîHîe ■!,■ M i . i 1 n . ■ ls SI nui I5S2.
Leilrc do Morone au cardinal Farnese, écrite de Ralisbonne le
coei di Girmsmo, quali intitpiditi el raffredditi, risguardano solo alla (or présente çuicfc, Aarino dicersi Icsomi el cnnffdrrationi etiam en m Lutherani. el non li curnno che la religions mini. — Laemmer, L c., p. 3*30.
(?) Saint Grégoire de Nasiame s'eicusanl de se rendre au Concile de Conslanliuople, en l'année 383, écrivait confiii.-iindl 'nicnl & un de se! amis : Ego. li rera scribere oportet. ita anima
favorable aux Conciles. Eu tenant compte de tant île dispositions contraires, il n'y» pas a s'étonner des difficultés r-t dos lenteurs au milieu desquelles on parvint a se réunir. Paul III crut un moment pouioir b, lui seul opérer les réformes impérieusement euaéK, et il chargea une Commission présidée par le (uoiew cardinal Gaspard Comarmi de préparer le travail. Mats ce projet ne put s'accomplir
Quelles que fussent dune les ili.ip<ifilinm des ciprils. il Faillit en ier.it à la convocation du Concile. La Lu Ile de Paul 111 porte la date du 22 mai I51Ï.
Au retour de ses missions en Allemagne Morone voulut visiter son diocèse, ctil eut la douleur de voir que les nouvelles doctrines y avaient fait de rapides progrès. La ville de Modéne étail devenue un fiiver de ces doclrines. Une société qui prenait le nom ù'Afoikinie et qui réunissait les savants et les littérateurs dont celte ville abondait, formait lu centre de ces opinions, qui se répandaient dan? tout le pays. Un chroniqueur de ce temps-là ;lj raconte naïvement que, non-seulement les hommes de lettres et les iîuorjiitf. ;::i;s
l 'occasion s'en [n'Ose niait, sur les plates, dans les boutiques, dans les éflires. rt:s;ii;tii;eii[ sue les articles de foi, et tous a l'envl déchiraient les sainles Écriture».
o/fedus s«m, ut omm'a tpiscoponim concilia fagiam: gaonfam nullius condiii fincn latum fauslumqui vidi, nec quoi deputlionem «mlartim potiùi quoi» occrssionem el incremtatnm haut ullis tjuidtm sertis explkari qucaal : dtiùsjue aliqait in calpum cucabilar, dam in aliéna turftctuni frn, quam al nJioruw pe retraita (cm comprimât. S. Greg Naz , ep. 55.
(1) Chronique manuscrite d'Alexandre Tsssoni, citée par Tira-
Lïvéquc mil tout en œuvre pour ramener à i'orlhodoiie ces ûmes égarées et il > réussit, autant que cela pouvait se faire, par la persuasion el par l'autorité. Il engagea les personnes les plus notables à souscrire à une espèce de profession de foi qu'il avait eu soin de réduire à la plus simple ci pression (1).
Nommé cardinal il cette époque, Morone fut compris parmi les présidents du Concile qui allailaïoir lien. Celle ouverture fut cependant encore différée, et Uorons ae trouva char ai d'une nouvelle inipsimi auprès de Omrlcs-Ouint pour faire connaître à l'empereur tout le mal qui revenait à l'Eglise par les décrets émanés du la diète de Spire en
Charles-Quint, préoccupé cxeliihivcmcui de ce qui avait trait à la guerre contre la France, ne songea plus qu'à faire entrer toute l'Allemagne dansses vues, en socriliant pour cela les intérêts catholiques.
Le recra de la diète accordait de grandes facilités nui luthériens : il introduisait une espèce de paix forcée entre les deux religions.
Paul 1K adressa à l'empereur un bref dans lequel étaient exposés tous les griefs que le Saint-Siège avait contre lui. Il u'iiésitait iioinl à lui reprocher d'avoir fait et de vouloir faire des décrets qui étaient indignes de lui. Le pope exprimait à la fois la crainte de ia damnation de l'ame de l'empereur et d'un trouble énorme qui menacerait l'unité et la poix de l'Église. L'empereur se borna à répondre à celte longue et vive admonition qu'il se réservait de donner une plus ample
(1) Vojci la lettre de Horoiic a» cardinal Coniariui du SI mai 15-12, dana la troisième volume du recueil des lettres du cirdinil
réponse en temps opportun ; qu'on attendant il Était convaincu de n'ayoir rien fait de préjudiciable à l'Église ; et que si les autres eussent suivi son exemple, la elirélieulé n'aurait pas eu à déplorer tant de malheurs.
Un événement aussi désiré que peu ailendu tint changer tout il coup la face des ailaires ; In paiï se fît entre Charles-
.M o:\iiie (l;i::s ni'iiviue du-liiulion ù: 1 irai à lioloïnc. Dans l'Etat de l'Eglise les légalkins étaient de ïrands gouvemelîicnts confiés à un cardinal revêtu d'une ample autorité île police et d'admiuiitralinn. Morone succédait dans cet emploi au cardinal Gaspard Conlari ni, prélat du plus grand mérile, que Paul III avait fait passer d'un seul bond des fonctions de Savio grande &a la seigneurie do Venise à la ôisrnttô île membre du S acre -Collège. Esprit pénétrant, calme et réservé comme un patricien de Venise, rompu aux affaires et envoyé par sa république auprès de Charles-Quint, dont il avait L'.iyné la confiance, Conlarini apportait avec lui dans le Saci é-LnlléL'e une ;iii!OMléjnT?oiine.lle qui ne tarda pas à être
Devenu prêtre, il no manqua point à sa vocation, et il put ed flatter un instant d'avoir jeté les fondements de la conciliation entre les calholiqucs elles luthériens par l'acte auquel il a 1 . ait présidé 11. . qui porte le nom de Concerdid lialhbartensis.
Au retour de ses missions diplomatiques, il fut destiné
(î] Voir ï ce sujet la savante dissertation du cardinal [.uiirini. Diatriia qua illuslrantur (t rintlicautur ynit mriinalis Gusparis Contarcni in coni-mlu Ralisboninsi ; dans la troisième partie de la correspondance du cardinal Poole, p. 1.
légat à Bologne Cl y mourut (1), Le gouvernement de Uolupnc jin-r i-ij tait en ce temps-là de graves difficulté-. Murène mis ii ki tèv de ecttcarlminïstration, ne pouviiit pas ;r defaiii-
les affaires de puissance à puissance. Il se trouva placé vis-ans ilrs e\ L'eu ces il'iiti ( ■ t.- u ] ■ ! i ■ ijiii ne se la il jamais ■;!('■ |>o..i 1 l.' 1 uY son pcui'liant punr la liberté, i'l ijui ne snpjiortail le joug line parce qu'il lui élail impossible de s'en «rimer. Les fréquentes révoltes de la population de llologne contre la domination pontificale montrent combien peu celle ville était disposée à se laisser gouverner par des prélats.
Morone nomme à la légation de Bologne en 13-11 avec pleine jin iilÎLliuii piiirHiiL'lli 1 i'( lirrijiurytle. et mis: la simple jiiii.-liclior: spirituelle sur lu ville rte Itavcnne et la province iIl' lînrnnu'iie. |itit ]wss.es;inn flr sou uouvci [U'iimit rdiiirne s'il rn e ■ 1 . e ï t te snuveiain. Il ne chercha puiril à s'entendre avec les autorités municipales dont ia commune de Uologne û t : 1 : t lice iî .■ (t il se erra par la atilaiil de un en lis ijti'il alliait pu se faire de partisans. Ce n'est pas qu'il négligeât les affaircs, au contraire, il s'en ueeiipa luit actiiement, mais toujours en ayant l'air de n'agir q le -a propre autorité. Il fil
des règlements sur la police, et sur la perception et la répartition des impôts; il en lit sur la procédure judiciaire. A défaut d'autres mujens de pourvoir à la sûreté publique, il accorda, selon l'usage de ce temps, à tout ecclésiastique ou séculier, habitant sur le territoire de Bologne, lu faculté de
[1) Vuyet la lie ilu canlii1.1l Gmiarini écrite par Mgr l.odovico Ucccatcllo, doril le célèbre Monseigneur dctla Casa a publié nne éléçanie paraphrase latine.
(3] Ces autorites s'appelaient Gonfalaniert di giustisia, An- :mnii, Coiifahuicti ti Tr iltint de! populo, ilassari délit Arli, fie.
prendre les armes, de sonner le tocsin, et de courir sus flux brigands et aui bandits, de les arrêter, de les blesser el de les tuer sans encourir aucune peine (1). Le fameu* Lyocll don! on a tant parlé da nos jours en Amérique, s eu de nombreux deiancicrs dans son système d'exécution improïisée.
Miniki fui élu pape plusieurs années après et prit le nom de Pie IV.
Il fau I dire que Moronc avait au gagner l'estime el l'affection de son nouveau vice-feu, puisque celui-ci, a peine assis dans la ebaire de Saiut-I'itrre. deiiril Sun protecteur déeiaiy. Le rappel de Moronc de la légation de Bologne ne se (il point attendre : on prétend que la cause de cette disgrâce apparente était toute politique, proienaul île In défiance que les cardinaux fiançais avaient conçue contre lui, parce qu'on le savait attaché au parti allemand. D'autres croient qu'il avait lui-mSnic sollicité son rappel. Quoi qu'il en soil, Mo-
(1) Proviisiane rht siu teeilo a ciitscana ptrxonaam rrelciiostica corne sccolare habitante mile Caitella e ville dtl Conta ii Bulogna p i S liur l'orme, sonar If campane el CùTTlTt dittro alH
twmcfai bandilu gnaiagntra quttlo ihe prumtitt il slatuto di Boivgnn — alli XXI di Giugm 1548 Per Anselme. GllCtvetli, 1 vol. in-8*- — Cette ordonnance est signée p.ir lu cardinal-UVal Morone et par lîlyssi! Gnmiliui, (iniifjlonier de justice.
rons se montra satisfait de quitter un pays où il n'avait pas trouvé de sympathies, et il reçut du pape des pensions pour compenser les avantages qu'il venait de perdre (I).
N'ous avons présenté le Cardinal Morgue comme Ircssévère dans l'eiercice de son administration; c'est le portrait que les chroniqueurs et les historiens de Bologne nous gnt laissé de lui. Il faut pourtant ajoulerquc, ainsi qu'il s'en espliqua lui-même dans le cgurs du procès instruit contre lui par l'inquisition, il était d'une grande tolérance envers les Allemands suspects d'hérésie, surtout les étudiants qui se trouvaient à Bologne. 11 aspirait au mérite de réconcilier l'Allemagne dissidente avec le Salnt-Siége Ayant acquis pendant do longs séjours dans ce pays la réputation d'un homme sage et modéré, il croyait que la voix de la douceur élaillameilleurepourramener au bercail les brebis égarées i, .
Enfln, après des relard; prolongés et des dillieullés de toute espèce, l'ouverture du t'.nm/ile cul lieiià Trente le iT> décembre 1515. Les premières séances furent employées à constituer l'assemblée et à régler l'ordre de ses Iravauj. La forme de procédure adoptée parcelle grande réunion mérite une attention particulière. Ce n'est pas que tout s'y soit passé toujours d'une façon eiaclcmenl régulière et conforme il des principes établis. Il y eut des liésilations, des incertitudes ; il y cul des protestations cl des réclamations. Des questions Importantes sur la forme des discussions, el des délibérations vivement débattues au commencement furent ubaiulnu nées !i la (In du Concile.
Les disputes Idéologiques el les insinuations politiques
(1) Pillaiicino, l. e„ lir. II, c4i»p. n, n. 9.
(2) Voir le mémoire cilé da M. Cénr Cantù, pan. 31. - Piice relalàa du procès.
s'entremêlaient trop souvent. Les légat» Durent beaucoup a faire pour calmer l'impétuosité des demandes des reformes reconnues nécessaires (tj. Mais l'usage de la parole n'y Tut jamais interdit. Les actes aussi bien que les historiens du Concile nous ont iransmis des extraits de ces discussions. On y voit des contrastes curieux, et nous pouvons nous faire une idée du talent des orateurs. Le langage tour a tour autorisé et insinua ut des légats ou présidents, l'éloquence vive et mobile du Cardinal de Lorraine, la parole austère de Il ii rt h Me m y de Marljribus, les discours érudils de Carranza, jusqu'aux emportements de Elraccio Martel) i, évéque de Kiesole, et aux boulîonnerics d'Antoine Ciurclia, évfique de liudoa, tout cela nous a ëtû conservé, tout cela peut nous intéresser même a trois cents ans de distance. Si on s'attache ace qu'on peut appeler la forme eilérieure,
(1) Voici quels fiaient tes principaui griefs que l'on niellait en avant au début du Concile ; nous rapportons les mots d'un entrait [lu ilépé die du 6 mars 1346, adressée par les légats au cardinal Far- «ose, publié dans lo recueil eilo du cardinal Quirini. — Oecorrere
dire che nuesia sis gueilo rifermasiont o limite n quella, cht
oggi ti dttiitera e aspetla, tic. Cio consistert priacipalmenle ntlle coKniiuni iti btnefcii curali. ordûuuÛHM dei chtrici eenza licensa, esenli lanto copitoli, ouonio persone priuafe, c rfligiosi. cires il predicare e tottftttare, e quel clie concerne la cara délit anime. Vi si aggiunge le queslae e indulgence per la fMrica di San Pietro, e craciala. Qnanlu alla corle di Rama duetose scondeli-.:art il raondo, ïccarizia e la pompa li il lujso, deile queli due cuit, qsando ti provvedessc tjfeUuolmenle ferra ri/ormafa la penitaaitria, la canceilm'fl. e la râla, e reslerili quel ehe i capo principale di tulle le riforme, cité clie le chicit ai conferissero a persone che le pessina e vagttaa servira per se medetime, e non per tnercenari; senio U che ogni conolo di ri/bmtarione
on voit une distinction élablie entre les propositions et les discussions, la prépondérance assurée à la majorité des suffrages individuels, et la facilité accordée au public de connaitre ics décrets rendus par l'assemblée. Les travaux du Concile procédait: ul )iar cn:)L;r' i ^..lLji]S, et par sessinns. 1-es congrégations étaient des réunions où l'on examinait chacune des matières qu'on devait traiter et qui avait été précédemment étudiée parles théologiens, les canonislcs elles pères. On appellerait aujourd'hui cela en langage parlementaire un examen [ réalahlr dis pniji'ls ilans b-s bureaux, l-u parcourant en détail les actes du Concile, eu même en lisant les extraits des dépêches des légats aux premiers jours de sa réunion (1), on verra ijuo ee qu'on est convenu de nommer aujourd'hui tactique îles asicmliltcs ilili/it'rantrs, était connu et pratiqué des ce temps-là. te congrégation.-, surtout dans la dernière période du Concile, quand ou traita des reformes les plus importantes, se padageairnl par nations; une française qui s'assemblait chez Je Cardinal de Lorraine, uno espagnole qui se réunissait chez l'Archevêque do Grenade, et trois composées exclusivement d'italiens. Dans ces eun^'é.L'aliims un faisait les nruposiliius, ou pesait les arguments, ou prenait les rêsululiinis : le débat terminé, les pères décidaient, mais la délibération définitive n'était prise que dans les sessions. Au sein de celles-ci, les pères approuvaient solennellement les différents décrets en présence des notaires et des témoins, puis les faisaient publier (J). L'n tableau du Titien qui esi au
(1) Voyez ces extraits dans la 4' partie de la Correipoud- nec du cardinal Poole, publiée par le cardinal Çuirini. ïoyei l'appendice n. 3.
{S) Ni fuar&ma al d\ délia stisione, perc/ie ci si ca a rose faite, ma alla congregazione, don ci si digeriteatio. — Eiltails
musée (lu Louvre non- oiïre la représentation île la tenue
Les congrégations qu'on distinguait en générales et parti-
;-on kinl doux ou trois heures avant dîner et après. Le plus souvent les toiisrL'saîiuns générales se tenaient dans l'église de Sainte-Marie- Majeure, récemment construite, pendant que le cardinal Clesio était éviVjiie de Treille. Les voles, on voix délibérai ive.î étaient exprimés par les pères, selon l'ordre de leurdimilé, ou de leur ancienneté. II était défendu de \oler par procuration. Les en iiL-ré nations étaient ouvertes au pulilic dans une certaine mesure. Les actes du Concile étaient dressé; par les nllicicrs de l'assemblée. Nous verrous comment on s'efforça de réserver toujours à la présidence le \n'i\ rlégi' de l'initiative des propositions, fctis que cela soit devenu ''lulelns un principe reconnu pour les cas à venir.
Le Concile fut interrompu a pk-ie-us reprises. Convoque par Paul UT, il tint sa première session en décembre 1313 ; en 1517 il fut transféré de Trente a Be.lo;>ne; quelque temps après il fut suspendu ; réuni de nouveau à Trente en mai 1331 sous Jules UT, il continua jusqu'en avril 1532, puis
prnroiiéet suspendu ensuite, il ne se réunit de nouveau qu'en janvier 15EÏ2 ei dura jusqu a décembre 1365 sous le pontificat de Pic IV.
Morone, quoique désigné pour faire partie de la présidence du Concile, ne prit aucune part active aux premières sessions. Il ne commença à s'occuper spécialement de ce qui avait un rapport direct avec la marclic de celle assemblée que quand le pape Jules 111 l'appela à Rome avec les cardi-
d'ane lettre du 4 février 1516 adressée par les légats au cardinal Karnese.
naux Cervini et Poole pour assisleraux conférences qu'il faisait tenir au sujet do la reprisa du Concile. Citaient les membres les plus éminçais du Sacré* Col lige, dont le pape voulait s'entourer pour arriver il la reforme Je l'Église, et à la pacification des troubles religieux. Contarini venait de mourir; ce fut une perle Iris -grave, puisque celait l'homme qui exerçait la plus grande autorité morale sur ses collègues. Poole et Morone apparlenaicol, pour me servir d'un mot usité, à son écolo. Ils avaient, comme lui, étudié sans prévention la véritable situation des affaires, et, indissolublement attachés a la foi catholirjue, ils croyaient que c'était servir les vrais intérêts de l'Eglise que de Taire preuve d'une grande modération à l'égard des protestants. Des hommes aveuglés par un excès de zèle, si ce n'est par d'autres causes moins fldmis-iiWi's, il mil miiiiv des roiipntiis sur l'orthodoxie do ces prélats, et il ne fallut rien moins que les déclarations formelles du Souverain-Pontife, et la savante critique du cardinal Quirini [1) pour démolir cet échafaudage de doutes injurieux.
Hemonlons ù la source de ces incitations qui roulaient surtout surnn point de doctrine dogmaliijue qui avait longuement divisé les esprits, et que le Concile avait décidé avec une grande solennité dans sa session du 15 janvier 1547. Nous entendons parler de la doctrine (le la justiûealion comprenant les questions do la grâce cl du libre arbitre.
Dans son livre de (a Liberté chrétienne, publié en 1320, Luther avait réduit la justification à la seule foi; selon lui. la foi nous tient lieu de tout; elle nous justifie, nous délivre
(1) Voyez les dissertations insérées dans les cinq volumes de la Correipondancc du cardinal Puolt, palliée à Brescia par le cardinal Quirini.
et nous sauve sans le secours des honnes œuvres qu'il déclara inutiles pour le salut, sans les rejeter pourtant dans un sens
Cette doctrine ne larda pas à se répandre parmi un grand nombre de chrétiens et à devenir un des fondements de leur croyance. Elle Tut le puissant levier de la réforme luthérienne (i). Les uns y voyaient un moyen commode de foire son salut et de se débarrasser de pratiques gênantes. D'autres s'y sentaient portes par do pieux sentiments et par une sorte (le mysticisme qui leur paraissait rehausser l'œuvre de DÎL-ii par l'abaissement de l'œuvre de l'homme. On ne larda pas ù s'apercevoir que ie mal grandissait, et la décision etp.-usse du Conci'e contenue en trente-trois canons prononça la condamnation de la doctrine de Luther,
C'est a la suite de ces controverses qu'un prit l'occasion d'attaquer lea opinions de lénéraWes prélats. On s'en prit surtout a ceux qui par les circonstances de leur vie, et pour lo service du Saint-Siège, avaient eu des rapports fr£qoeots avec les hommes qui avaient introduit l béréste ou qui s'y étaient rallié; depuis I.a bienveillance se laisse souvent tromper, la malveillance ne se laisse jamais convaincre. C'est ainsi que Morone lut sacrifié à de vieilles rancunes, et à de sourdes animosités.
Jules 111, engagé par l'Empereur et par le Roi des Romains à envoyer un légat à la diète d'Augsbourg, destina Morono à cette micsion qui devait élre d'une difficulté inu-
[1) ilgr Verallo di Rossano écrivait de Italisbonne lui légats du Concile de Trente le 59 juin 1516, qu'il était satisfait ào voir que le Concile allait traiter l'article de la juslifiailion : il quale i slaln quclln con chc hannn niffU L-i .«va u (tort rouinala la
Gtrmania ; dans le quatrième volume de la Correspondance dit cardinal Poolt. publiée par le cardinal Quirini, p- 305-
— so —
allée. Cette assemblée, moins que toute autre, ourait des
sèment à l'abdication, no voulait pris clnrgcr s,i conscience de la responsabilité d'un acte nui donnait une existence ilc- Dnitivc cl légale il l'hérésie de Luther. L'Eglise catliolii[ue perdait beaucoup par la retraite de ce grand prince.
La mort de Jules 111 ramena à Rome Morone, qui n'y retourna pas fans une sectvte inquiétude. Aussi écrirait-il à son ami le cardinal l'oole, qu'il avait peine lise résoudre d'aller au conclave, se souvenant du précédent conclave auquel il avait assisté (I). Apres un ponlilkat de peu de jours, Marcel 11 mourut et il eut pour iiiccrjsrijr Paul IV. Ce vieillard napolitain portait djns su tvle un vésuve, comme dit Mnratori ; il ne tarda pas à déployer toute la fougue de son caractère. Extrême en tout, rien ne l'arrêtait dans ce qu'il croyait être utile à l'intérêt de la religion ou à celui de sa politique. 1! délestait dans la maison de l'Empereur l'oppresseur de sa pétrie, il voyait dans l'inquisition le moyen de puriQcr i'Égliso. Tous ceux qui avaient agi avec modéra- Il) Jo sono slalo in molto iuhWo. se doteca andare a Rama s rftenermi in qunhhe iuaco tfllalia sin che sin [alla il nnovo papa, in cota che quelle sia maria; Inndtm mi l perso pii sicitro alla case initia rsptimi ml mpii surir, di irnrugliii ri njtnnnn il pericolo chi mancare alla vocation «lia. Ma st pet en mina ivlendesse che' I negotio fosse eipedila promette a V. S. IIP" che ne stniiria piaecr assai. Quondo mi raccorda del candnvc pai-
JO(0 TOTUS IIOBIllu; bLli HAT VOI.tSr.lS [il.ill (M IX CL'IL'S H*BU SCSI
OKKU. — Lettre du 28 mars lôiô. — Correspondance c\léc du . cardinal Poole, t. V, p. 88.
iiriTi en traitant avec les liéréli.iue?. lui dînaient suspects, et l'inquisition désiirnuit ses victime* dans 1rs rangs les pins élevés. Ces personnages étaient continuellement surveillés par (1rs asercls invisibles, même par ceux qui avaient rrçu leurs liienfails. Lectures, discours, visites, fonctions reli- Rieuses, lont prêtait aux recliercli es et aux interprétations, lotit, était noté pour servir en son temps à une accusation.
Une mort prématurée avait soustrait Coi.tarini à ces vexations, ïlais une vie loule de dévouement et de sacrifices, employée entièrement à la défense dp l'Kgliîe catholique, tic suffit pas pour mettre te cardinal Poole à l'abri îles persécutions ; Paul IV le priva rie la dignité de légat en Angleterre, acquise par lui au prix de tant de travaux et de dangers, et soutenue avec tant d'éclat. Paul IV pour se débarrasser de l'influence que Poole pouvait exercer par sa qualité de iïgît. eut l'air d'en venir à une réforme générale en révoquant
la nation anglaise s'était émue de l'annonce de la location du cardinal Poole. Le pontife mal prévenu contre le cardinal répondit que la dignité du Saint-Siège serait compromise si on revenait sur une telle détermination. Il offrait de nommer un cardinal en Angleterre qui serait revêtu de ces fonctions (1).
Revenons à Moronc Ses succès dans des négociations difficiles, sa promotion précoce au cardinalat, la considération dont il jouissait auprès de l'Empereur et des princes d'Allemagne, enfin les sympathies qu'il s'était acquises il
(1) Voyez les actes consisloriam du mois de juin 1557 relatifs à cane affaire dans le t. ï. Correspondance d'à cardinal Poole que nous ivoni cités.
Home lant ii cause Je son esprit délié que de ses manières agréables, lui avaient Fait, ainsi qu'il arrive loujours, beaucoup 'l'ennemie cachés. L'inquisition ne le perdait pas de vue, elle n'oubliait point qu'il avait été l'ami de Conlarini el de l'oole; qu'il était resté pendant quelque temps le collègue de Verger io dans ses missions d'Allemagne, et qu'il tenait à une politique différente de In sienne. On se décida donc à instruire un procès contre ce cardinal et S s'assurer de sa personne.
Le rérii que nous allons faire de l'emprisonnement et du procès du cardinal Morone nous mettra sous les yeux jusqu'à quel point était poussée ;l'en vie de trouver des coupables (I).
Le 31 mai 1557 au matin, le cardinal Carafa, neveu du pape et secrétaire d'Etat, lait appeler le cardinal Morone comme ayant à lui communiquer quelque chose d'imporlant. Celui-ci se haie de se rendre à l'invitation du secrétaire d'Élat, et tandis qu'il attend, il entend fermer toutes les portes de ['appartement autour de lui. Le cardinal Caral'a survient et ayant fait entrer Morone dans son cabinet, lui dit combien il est peiné de devoir lui apprendre que le pope ordoooe qu'il soit emprisonné dans le château Sainl-Ange. Moroue sans laisser paraître la moindre émotion, lui répond : « J'ignore en quoi j'ai pu manquer, mais ce que je sais, ■ c'est que, si je n'avais pas été à Rome, j'y serais venu « même de bien loin pour obéir aux ordres de Sa Sainteté. « Ou lui enjoint de livrer aux juges et aux notaires délégués,
(1] Ce récit est entièrement tiré d'un manuscrit qui se trouve à la Rililiolhique imbroiaienne de Milan, avec le litre de : Captura dei cardinal J/oronf in Borna ail' ultimo di maggio 1557. Je dois la communication île celte pièce, évidemment de l'époque, à l'obligeance du tarant abbé Ceruli attaché a cet établissement
Diïtuoa c, C
pour l'instruction Ju procès, loua ses papiers et ses livres. Le gouverneur accompagné il'une escorte conduit ic cardinal au chflleau par un corridor récemment construit, aboutissant, à l'une de ses extrémités, au logement du même secrétaire d'Etal (I).
[.a maison occupée par le cardinal Moronc est cernée immédiatement par les sbires; ses gens sont enfermés dans nue salle; ou procède à l'inventaire de tout ce qui se trouve dans son cabinet de travail. On arrête en même temps un gentilhomme napolitain, nommé Marc-Antonio Villamarina, i|ui appartenait a la maison du cardinal. Le soir les domestiques sont remis en liberté. Le cardinal en conserve trois avec lui; il rassure avec sa sérénité habituelle tous ceux qui étaient avec lui; il fait écrire à sa mire d'être parfaitement tranquille sur son compte. Il resle gardé à vue par quatre soldats, qui sont à ses fraie,
A l'annonce de cette arrestation si imprévue, l'opinion publique, favorable ù .Moronc, s'émeut; le Sacré-Collégc luimême est entraîné : les cardinaux veulent se réunir en congrégation pour aviser sur cet événement ; mais le pape prend les devants et convoque lut-marne la congrégation qu'il préside.
Paul IV expose aux cardinaux réunis que, depuis le com-
(1) Celle communication entra le Vatican et le château Saint- Ange existo encore aujourd'hui.
M. Beuté dans un article sur les découvertes eu Italie depuis vingt ans, inséré au Journal die Savant* (cahier de juillet 1868j, parle de cette communication : le passage couvert, dit-il, suspendu 4ms lis airs comme un aqueduc, oui unit le Vatican ou château Saint-Ange, citadelle de la Rome moderne, n'est pas sans analogie avec le pont de Catigula fbâti entre le Palatin et ie Capitale}, el a itê impiré vraisemblablement par ce souvenir.
— Si -
menée ment de Bon pontificat, il n'a pas ou un instant de repos ; il s'étend sur la malheur des guerres qu'il a été" forcé de soutenir an dehors. Puis il ajoute que ce qui l'afflige le plus, c'est d'avoir à guerroyer à l'intérieur avec un de ses frères, homme de Brandi! considération : « Le bruit, dit-il, « s'est répandu parmi le peuple que cette arrestation a eu u lieu pour affaires d'Etat. Il n'en est rien ; c'est pour un « motif bien plus grave où ii y va de l'honneur de Dieu, • qui connaît mes intentions. ■ Il raconte que dès le temps de l'aul III on avait commencé des procédure!- contre le cardinal Morone ; que co pape lui avait fait dos admonitions paternelles, auxquelles il n'avait point répond»; qu'il y en avait aussi un autre qui se trouvait dans la même crmriili'in 'faisant très-probablement allusion au cardinal Poole) et qu'on avait couru le danger de voir l'un ou l'autre de ces cardinaux appelé à la chaire de Saint-Pierre.
l'aul IV parle de l'urgence des dispositions qu'il a prises, et il annonce que le procès sera Instruit par tous les membres de la congrégation de l'inquisition avec des adjoints, et jugé ensuite par le collège entier des cardinaux. El sans atlendre qu'aucun cardinal prenne la parole, il lève la séance.
Voilà donc Morone enfermé et la procédure officiellement ouverte. L'inquisition avait dressé contre lui vingt et un chefs d'accusation [1). Le premier est générique ; on l'accuse de s'êlre séparé, dans ses discours et dans ses actions, des principes et des enseignements de l'Église romaine et do
(1) Us sent loua râblés par J. C. Friekius i Ii saile de son OfjMJnYUM df Jouit ne Jfwrone S. fi. F., rardinali. On croit qno ces articles onl été publiés ponr la premiiro fois par Pierre-Paul Yergerio, qui, après avoir été nonce du papa en Allemagne, et par là collègue de Slorone, ae déclara luthérien.
la Tui catholique. Les urlicles 2, 3, i, S, G, 8, 9 el 1G portent qui; le cardinal n'a pas suivi la doctrine sur la justification établie j>ar le Concile de Trente, et qu'il n donné des instructions en sens contraire à celte doctrine à son grand vicaire ; qu'il se serait ainsi rapproché des opinions rie Luther, si ce n'est sur l'article de lu très-sainte Eucharistie.
Les articles 10, 11, 13 et 11 accusent le cardinal de ne pas iiiljui'U-i.' riiivuiaiini] i]i;s saints, et de s'être eiprirné el conduit d'une fnt;un irrespectueuse eu ce qui tient à la vénéraliim îles retiques.
Les articles 17, 18, 19,20 et 21 posent en fuit que le cardinal a lu el fait lire des livres des hérétiques, qu'il s'est surtout attaché a ce que le livre intitulé il lisneficio <li C.risto fut le plus possible connu et répandu. Qu'il a bïé chez lui des liérélupies et rii's prélats suspects d'hérésie, et fait l'aumône à des pauvres également suspects. Qu'il a promis à des hérétiques et à îles suspects d'hérésie, surtout a liulognc, de les avertir si on venait à prendre contre eux des mesures sévères. Qu'il u proclamé la tolérance à réparti des hérétiques en disant qu'il ne fallait pas les persécuter, puisque Dieu luimême les tolérait ; qu'enfin, revenant du Concile de Trente, il s'est on quelque sorle excusé auprès des Moriénais héiéliques ou suspects d'hérésie, de les avoir autrefois persécutés.
Deux accusations et d'un genre ù part sont contenues dans les articles 7 et la. Le premier impute au cardinal d'avuir émis l'opinion que l'obéissance n'était pas due au pape en qualité de vicaire de Jésus- Christ, mais seulement en qualité de souverain temporel. Le second lui impute qu'en expliquant ces mots de l'Écriture : non /evabil yens contra gentem gladium, il laissa entendre qu'il ne fallait pas faire la guerre coulre les chrétiens, ce qui l'a rendu suspect de partager pareille erreur.
Le travail de M. César Canlù que nous avons cité bu commencement de celle élude, nous offre un document précieux touchant la suite de ce procès; it contient la réponse par écrit faite par Morone aux accusations portées cuntro lui (I).
C'est le 12 juin 1351, que les quatre cardinaux appartenant a la Congrégation de l'inquisition, parmi lesquels on distinguait le cardinal Ghislieri, qui fut depuis pape sous le nom de l'ie V, se présentèrent ou cardinal Morone dans sa prison du château Sainl-Ansu. Après lui avoir parlé du regret qu'ils éprouvaient de remplir auprès de lui un pénible devoir, ils l'exhortèrent à répondre avec franchise à leurs interrogatoires. Morone s'expliqua dans des termes de grande soumission au Saint -Siège, en ajoutant que déjà, par le passé, il avait désiré rendre compte de ses opinions et de sa conduite, et que le Saint-Père devait s'en souvenir. Il cul soin de dire qu'il n'était ni théologien ni canonistc, et que la mémoire lui Taisait souvent défaut. Enfin II rappela, avec «dresse, avoir été un de ceux qui avaient favorisé l'élection de l'aul [V, preuve certaine qu'il n'avait pas u redouter les clTels de la sévérité bien connue du nouveau pape en matière de religion.
Parcourant ensuite les différents chefs d'accusation, il lui fut aisé de démontrer yue s'il avait cherché et lu les livres due hérétiques, celait en vue de les connaître pour les faire réfuter ensuite, et en empêcher la circulation.
(1) M. César Canlû a eu de U. le duc Thomas Soolli, de Uilan, [■(iii.ii.LiiLLiMtiwi dossier ilu [iri'ci's instruit contre Morone : c'est un recueil de plos de 600 feuilles; il paraît qu'il a servi au cardinal lui-même par les notea qui s'y trouvent apposées, tins dts branchas de la famillD Siorone est venue s'éteindre dans la famille Scoui | ce qui sert à prouver l'authenticité da document.
Sur le point capital de la doctrine de la jusliflcation, il raconta qu'étant nonce en Allemagne, tandis que le cardinal Contarini s'y trouvait comme légat, il osait assisté a la conférence de Itatisbonne dans laquelle des théologiens catholiques et quelques chefs des protestants étaient tombes d'accord sur un projet de décision dogmatique de la question.
Morone qui n'avait pris part a la controverse que par ia simple assistance eu qualité de nonce, crut pouvoir suivre
Dans celle partie de ses réponses, le cardinal crut à propos de Faire intervenir le nom du cardinal Poole. Il y parle de la confiance absolue que ce grand prélat plaçait dans la Providence de Dieu, et du soin qu'il avait pris de garantir Marc- Antonio Flaminio, un humaniste fameux, des atteintes de l'hérésie.
Le livre intitulé Jlcnefido tli Crislo avait eu une singulière destinée. A snn apparition, on le lut et on l'admira comme un des ouvrages qui pouvaient le mieux servir à l'édification des Mêles, en les engageant à la Communion sacramentelle. Quarante mille exemplaires, dit-on, en avaient été vendus, dans un petit nombre d'années. Des catholiques les plus éclairés croyaient ne pouvoir retirer que des avantages spirituels de celle lecture, lorsqu'un bruit sourd de réprobation se leva contre ce livre comme infeclé initin/sie. Morone ne chercha pas à faire l'apologie du livre, se reconnaissant toujours peu instruit en fait de théologie. 11 se borna a assurer que s'il avait cru ce livre dangereux, il l'aurait d'abord repoussé.
Morone rapporte des tracasseries qui luiavaient été faites par des moines qu'il avait crus d'abord dignes do sa con-
— as —
fiance. Dos plaintes avaient été portées conlro lui à linquUlion. puissance occulte el éclatante à ia fois, qu'il était aussi facile d'émouvoir que difficile <lc calmer. Morono en ayant été informé, voulait qui: toul s'éclaircit. Jules III se fit instruire de l'affaire et il rassura le cardinal. On pape supposait qu'en inquiètent Morona cl l'cole, l'inquisition en voulait a la papauté elle-même : et ccia n'était pua impossible, puisque c'est l'instinct rte louli* pullces de travailler il se faire craindre de l'autorité qui les emploi!;. Au moment de prendre congé Je lui. juj uj- ;u reudnr i-n AllemaL-m', Morune reçut du pape les démonstrations les plus allée tueu.-L:. ; . -. Allez, lui dit Jules III, avec ma bénédiction, el recevei ■ de moi une entière absolution, -'il en est besoin ; j'ai l'eso poir que vous rendrez l'Allemagne à l'ancienne el Traie
Morone déclare il ptu;ieurs reprises Q'ie jamais il ne s'est départi drs rii-ciiniemcnts orthodoxes, tels que ceux que donnaient les Jésuites auxquels il s'était particulièrement
attaché.
Un long e\pusï: di- la manière durit il euiisnee. l'eflitacilé des bonnes (ouvres, prouve qu'il avait pleinement adhéré à la doctrine sanctionnée par le Concile de Trente.
sur d'autres futilités accordée; a des ircntilslioi limes et à des étudiants qui se trouvaient dans la mémo pusition. Il revient encore sur le thème favori, de l'espoir qu'il nourrissait de rétablir la relieinn catholique en Allemagne, pajs qu'il avait habité longtemps, et où il s'était fuit des amis. Nous allons traduire une partie de ;a réponse : ■ Dans ce but, disait-il, < cl avec un peu de vanité, je m'efforçais de me rendre agré- . able en toute eireonslanco aux- grn3 de cette nation par-
• tout où j'étais, et particulièrement h Bologne, quand je m'y
• trouvais en qualité de légat. Quoique je susse qu'il y avait
■ des étudiants luthériens, je ne les faisais pas rechercher
■ je ne les inquiétais point, pourvu qu'ils se tinssent trao- [i quilles; je Unir iieconlais quelques faveurs, comme de leur « permettre de porter des armes. Kl comme je savais qu'en n Allemagne mi est [rè=-euriein de eoniiailre ci qui se pusse
■ en Italie, je m'efforçais encore de ne point avoir la répu- « latioti d'être persécuteur des luthériens, afin de les l'abc « revenir, s'il plumai! à ]'.ri:.. de d'ur? erreurs. Kl j'en avais i fuit de même ù Trente, pendant que j'étais légat au Concile,
■ où, dans l'espoir.dn gagner leurs esprits, j'avais l'air de « prendre sur quelques points leur défense, sachant que
■ dans la ville it y avait beaucoup de leurs espions. Il me
■ paraissait convenable qu'il y oit quelqu'un en Italie de
• qui Ils ne fussent jiniut complètement détestés. Jamaisje h n'aurais cru qu'on aurait fait naître des soupçons sur
■ mon compte, après m'étre employé pendant tant d'années
■ an service du Saint-Siège. ■ .
Autant cette franche décloration est honorable pour le caractère de Morone, notant nous regrettons de l'entendre dire peu après, que, quand même il aurait donné des assurances aux suspecls de les avertir, dans le cas qu'on voulut les poursuivre, il se serait tourné contre eux, s'il lui Était venu l'ordre de le faire. La duplieiié »>;.[ jamais excusable.
Morone avait été attaqué particulièrement sur les opinions touchant l'invocation des saints et le culte des reliques. Cela lui fournit le sujet de grands détails il cet endroit, pour prouver qu'il n'avait jamais eu- eo désaccord avec la doctrine de l'Eirlist!. Il ne se caclie pas de s'être prononce contre Une trop grande reproduction d'ordres religieux, et contre la vie (lereidée qu'on meiiiiil dam quelque* cloPres. lti'p:nnl;int à
ces interrogatoires, Moroneal'air de mettre à découvert toute ea vie : il y parle de ses domestiques, de ses détracteurs el de ses amis. Parmi ceui-ci nous choisirons un nom sur lequel il est bon (le s'arrêter, lanl pour le mérite de la personne que pour les rapports qu'elle a tus avec d'autres grands personnages que nous avons cités plusieurs fois. Viltoria Coloana, mariée a François d'Aval os, marquis de Pescara, qui joua un si grand ivlc dans le; guerre; d'!i;;lic, lient une place distinguée parmi les poètes do son temps, tille consacra son talent a louer son mari que, jeune encore, elle avait perdu, et à satisfaire ses sentiments religieux. La marquise de Pescara, pendant son long veuvage, entretint des relations avec tout ce qu'il y avait de plus marquant à la Cour de Home. La préoccupation religieuse qui s'était emparée d'elle, prîla à des i[ilerp:v!;i'.!nris itiltV'ivnles. On crut y voir quelque [ cudi.iut pour les opinions des novateurs, mais ces soupçons ne paraissent point tondes. Ce qu'il y a de sur, c'est qu'elle se plaisait dans la société d'hommes illustres, tels que Morone, Sadoiet, Bembo, Annilialo Caro et Bernardo Tasso. Son flme pourtant ne se dévoilait tout entière qu'an cardinal Poole, qui lui avait appris, disait-elle, le vrai moyen de faire sou salut (t).
Femme d'un grand caractère, elle avait empêché son mari de se détacher du service do l'empereur pour se rendre à un dessein formé entre le duo dt Milan, le pape et la seigneurie de Venise, de le faire monter sur le Irùnc do Kaples (-2) . « Je préfère, ■ dit-elle, au marquis de Pcscara, » d'être la
(1) 0 id recerexdo Polo, dal quale mi dissi una voila ch' ateva rknaie la salalc sua, perche i'aceva fermtita, c rilirsli di molle t-anc fanlasie. Document publié par H. César Cirttù, p. 35.
(2] Huralori, A nnali d'ilalio, ad a». 1535.
• femme d'un homme fidèle el loyal que l'épouse d'un sou-
0 venin. La vertu vaut mieux que la fortune ; c'est par elle
• qu'en paix comme en guerre un noble cteur el un esprit
1 élevé se placent au-dessus des rois (1).
Vittoria Caionuu joignait à une piûlé exemplaire, et au plus noble caractère, le goût du grand et du beau dans les arts. Michel- A tige ont pour elle un enthousiasme de poète ci d'artiste ; il sculpta des statues, il Dt des dessins, il écrivit des icrs pour celle Daim: de ses nonsrVs. En la vovanl morte, sur son lit de parada, Michel-Ange voulait rit' poser un baiser sur sou frunl, mais il n'osa le faire, >'l il eut presque l'esprit égaré par la douleur de cette perle (2).
Apres s'être arrêté sur le portrait moral de cette femme admirable et admirée, on sent nue sa figure devait reproduire le tjpc de celle beauté sévère que l'on reuconlrc dans les tableaux de Pérugi il 'à). Morune se souvient de sou amitié pour la manpiiso de l'escara el de sas entretiens avec elle, qui roulaient sur les affaires d'Etat, et sur l'estime que la
P) Virchi, Sic™ FiortnliHt, liv. II.
t.', Condivi — Mo di Michel Angelo Iluonarroti, a. LSIlt. Ariosle. lu otxvu' clianl de [Orlando furioso, fail un grand
celle du bon goût,
(3) S. A. I. H"' la princesse Mathilde, qui cultive el protège »«c un égal succès les beaux-arts, posièdc, dans son hôtel rie Paris, un beau paîtrait, contemporain, du Villoria Colonna.
liberté en voie de grâce, mais que le cardinal l'avait refusée, ne voulant sortir de sa prison que par raie de justice. Cria cependant n'est point prouvé, immédiatement après la mort de Paul IV, lo Sacré- Collège, dans lequel il avait de nombreux amis, envoya (rois cardinaux le chercher au château pour qu'il put entrer au conclave.
Tous les changements de dynastie sont suivis par des
rî'&ctiuu*, i't ii Home lu djimsLii: dianïe chaque fuis qu'un pape meurt, (Ici te qui survint après la mort de l'aul IV f"t terrible et sanglante. Le peuple romain laissa un libre coure à la haine qu'il portait à ce pape et à la famille Corafa. 11 força les portes des prisons du gouvernement et de celles de l'inquisition, et en Ût sortir les prisonniers; il brûla en partie le palais de l'inquisition qui était il Ilipetla, cl peu s'en fallut qu'il n'en Ht autant au couvent des Dominicains à la Minerve, siège de la congrégation du Saint-Olïlce (1).
On Ht ensuite le procès à plusieurs neveux de l'aul IV, dont deux, ie cardinal Charles, et Jean Carafa, duc de l'a liano, furent, l'un étranglé dans le château Saint-Ange, l'autre décapité dans la prison de Torrc di Non» (2).
Il fut procédé promptement a la révision du procès du
(1) A. Coppi , Uemorii Colonneii, p. 357.
(3) Coppil, c, p. 328. Sluratori raconte à propos de ces exécutions que — Conftssa il. . . i'avtr infeso dalla bocca dtl mrdslïmo Pio IV ch' cgli si lascia Irarre a qmsla giusli;ia di ntaliisirau vagira, et chc in iuiia la t'iiaaun non gli tra aBveniiIo mai coma ianio disgustosa e lugubre (uanlo oiiel giadi:io, con aggiugner «ondimeira di avtr egli credulo ntctssario cke si dfs)t ai parenli dti [uturi pontcfiçi esimpio, affinchl non si aiusassf ro ifcilfl loro gratin ed aulorilà.
Muratori , Ânnali d'Ualia ad an. 1560. Dans lo recueil de Hoffmann. A'ora jcripwruniel fnoriumtnforuni parWm rarissime-
cardinal Moronc. Le nouveau Pape, certainement d'accord avec le cardinal, chargea deux cardinaux de l'examen des
résultais de la procédure
ouverte contre -Moronc. Ces juges
furent choisis parmi tes
membres du sacre collège, les plus
sévères sur les questior
is tenant aux dogmes, le cardinal
(ihi.-lii'ii que nous avo
ns déjà nommé, et le cni'ilinal Del
Poito. Ils reconnurent 1
'innocence compli'to de Morone, et,
sur leur rapport, le pap
c rendit un jugement solennel par
lequel il l'inil 'lèclrnY
iKjiViifi'sj/tîiiofi rl nnlu/i: cit/pa, sel
amni prorsus su/pii'i'/ne
sion chargea d'instruire
le procès de Morooe, n'ont-ils pas
proclamé plus lot l'innocence du prévenu? C'est que, répondra lésa™ Muratori, Paul IV ne pouvait plusse résoudre ii considérer comme innocent un homme qui avait passé le seuil des prisons de l'inquisition f]).
Plusieurs autres prélats qui se trouvaient dans les mêmes conditions que Morone, furent élargis, notamment Egidïo
Kf)-cll.r.-ri, «ur.i f^ iK ih: Mnru ) Jt;1 lYn^rlié Ce Midi h-,
.li.i.in; snspi rt j cju-si- de J amitié qu'ils avaient l'un pour
Le temps des rudes épreuves çtt maintenant pa"C po:ir le cardinal Moninc. Il va poursyivru su brillante carrière et rendre de nouveau d'emlnents services a l'Église et a l'État.
Nous avons vu quelle activité la politique des princes séculiers déployait dans le Concile de Trente, et combien il iniporlail que les présidents du Concile eussent les qualités
rum parlim intdifonnn colteetio, L I, p. 509, on trouve un txtraetut processus contrn Carotam Cardinalcm de Carrafa. Cet extrait est fait dans l'intérêt de la défense. (1) An-nali a"ltalia, ad an. 1560.
nécessaires pour tenir tôle au jeu compliqué île tant d'intérêts différents el de tant d'impérieuses exigences.
C'est ainsi qu'ils interviennent pour faire ajourner la discussion sur le péché originel, pour introduire la Communion sous les deux espèces, et pour d'autres controverses du même genre. Ces instances suivaient le courant de* opinions populaires; ta religion entre pour beaucoup dans la
sent ce grand élément de tonte Société, ou qui négligent de se tenir en rapport avec lui ! Il faut vue croyance religieuse, j'emprunte ici la parole éloquente do M. Thicrs, il faut un aille à taule associa/ion humaine, l'homme an milieu th-s mnlraitielions île tes tcrnli/atiles qui ne font i/uc l'agiter par de ilaulou yeuses el inextricable* ineerlilml'-t, éprouve le besoin Irnsislihle île te faire une croyante arrllee.
Tous les Conciles généraux, depuis Constantin, ont en leur race politique, Dans tous, les hommes d'état ont fraye ou barré le cbemin aux théologiens, et aux canonisles; el ceuxlà ont bien mérité de l'Eglise el île la société civile qui ont travaillé à mettre d'accord l'une avec l'autre. Je dis la société, non pas les gouvernement!:, parce que je n'envisage que le bien général cl permanent, et nullement les commodités particulières cl transitoires. Je parle de la société eu général, parce que l'Église ne peut, a moins d'avoirdes rapports avec elle, et dans les livres sacrésdes chrétiens nous rencontrons les mots si complexes des droits de l'humanité (1) et des recommandations si pérempioires louchant le respect cl
(1) Voyez le livre d Bslher, chap tvl, A. le manifeste d'Assué-
l'uru eioJnre : el eu qu'on lit dans le deuxième livre des Itadia-
lii't-f, cfisp. IV. 2, ,î |irnjms ili'S réel. ii»ns [îoitfcs j Anliocliuj
sur les faits de Jason, frère d'Ouias.
] (iWissancrî ducs à l'autorité si'culiùre (I]. C'eslde ce point de vue que nous entendons examiner la nature desConcites et on aura lieu d'apprécier a sa jus le valeur la conduite du cardinal Morone.
Les protestants prétendent que les Conciles ont trop servi à personnifier l'Eglise en lui faisant prendre une attilude
quoique peu apparente, qui liait les premiers cliréti en s, épars dans tous les pays, avec leur Sauveur, ei les uns avec les autres. Il est toutefois évident que la personnification extérieure de l'Eglise devenait une nécessité pour remplir sa mission providentielle et conserver l'uniformité de sa doctrine (2).
(1) Epilre de saint Paul auï Romains, ehap. mi, (9) Je me plais a reproduire ici un morceau admirable do ÏHitlaire du Consulat et de T Empire, par M. Thiers, liv. XII, où il parle du Christ réformateur sublime : — t Réformateur commente, i- pendant dii-huil siècles par les Conciles, vastes assemblas des
< espriis Oniirients de chaque époque, oiviipOs i discuter, sous le ■ litre iThéréMM, tous les systèmes de philosophie, adoptant « successivemeni, sur chacun des grands problèmes de la destinfo
< de l'homme, les opinions les plus plausibles, les plus s i-Lilr-, ' les adoptant, pour ainsi dire, i la majorité du genre humain,
arrivant enûn i produire ce corps de doctrine invariable, soui venl attaqué, toujours triomphant, qu'on appelle unité catholique, « el au pied duquel sontvenus se soumettre les plus tieanl génies. »
Tbiers, Histoire du Consulat et de (Empire, liv. XII, t. III, p. 507.
Puisque nous parlons des protcslanls qui en général font peu de cas des Conciles, on ne doit point oublier non plas quelques cireplions très-remarquables, et entre toules l'opinion de Leihnii. I.a correspondance entretenue par ce grand homme avec Bonnet,
Nous niions suivre Mnronc dans le cours de sa présidence du Concile de Trente, el rac ou 1er après les travaux extraordinaires ijui illustrèrent les dernières années de sa vie.
On devait reprendre les travaux du Concile, après une interruption riunplele de près île dix uns. On Mutait le besoin d'en finir; mais l'Assemblée ne pouvait se séparer avant de s'être prononcée sur plusieurs questions a l'yard desquelles les puissances laïques :c montraient d'autant plus exigeantes
Deux partis politiques se Irtiiivaieiil eu présence, celui do la France et celui de l'Empereur: le ]ircmier plus chaleureux, louchant presque à l'agitation, le second plus ferme dans ses vues et plus insistant dans ses dé ma relief ; le Saiiil-Siésc devait les ménager tous les deux, niais les plus grandes difficultés venaient du coté de l 'M m pire. Eu effet, l'Atleuuigue avait été le foyer de la réforme, beaucoup de princes avaient profilé de celle einancipaliuii |iour s'enrichir : les petites souverainetés ecclésiastiques avaient tout à craindre, si les
Pellisson, et U" de llrinon, nous prouve tout l'intérêt que Leibnix attachait a parvenir par le moyen d'an Concile k réconcilier les protestants avec l'Eglise catholique. Csllo correspondance îe trouve dans le preoiier volume ilcj ouvres complètes u"e Leihnii publiée! par Dntcns, Dans une lettre adressée par Leibnii à M" de Brinon, datée de Hanovre, le 19 juillet 1690, on lit: • Il semble que (ie destin à pari] le meilleur remède pour ■ guérir la pluie de l'Église sérail un Concile bien autorisé; et < nus théologiens ont cru que mîme on pourrait rétablir préala- « blement la communion e col ési asti que en convenant de certains • points cl reinultant d'aulros a la décision de ce Concile. >
reformés venaient encore !i gagner du lerrain; l'Empereur avait à compter avec les diètes où le pari: protestant était nombreux et compact (1).
Le pape dev;iil = i:r1niii Hir relier :i éviter que. r I ■" ■ •= h reprise de la session, le Concile se montrât faible et divisé. Il fallait s'entendre avec l'Empereur dont l'influence était, sinon la plus étendue, du moins la plus immédiate. Le chois d'un PivMiiou! dirigeant, puisque l'usage portait qu'il y en eût plusieurs, était de la plus grande importance.
Le premier entre les légats ou présidents était l'homme à qui le secret de.' ui'rrie.iaMniis devait être confié ; c'était à lui à exercer de l'ascendant sur l'assemblée tout entière, li lui fallait tenir Icte aux sourerains sans leur devenir désagréable; et, sans brusquer les affaires, les couduire de façon à en venir le plus tût possible à la clôture du Concile.
Le pape n'hésite point dans la désignation du premier légat ; il choisit Morone. Pie IV était son compatriote et i! avait eu tous les moyens de le bien connaître. Ainsi que nous l'avons vu, l'ouverture du Conclave d'où il sortit Souverain Pontife, avait marqué la fin de la détention du cardinal persécuté par Paul IV. Morone en effet était l'homme le plus propre à la situation. Des sa première entrée aux affaires, il avait eu à s'occuper de ce qui se passait en Allemagne.
Ses fréquentes missions auprès des empereurs et des diètes do ce pajs lui -avaient procuré la connaissance personnelle des princes et des personnages les plus influents; avantage incontestable pour quiconque doit traiter avec eux. On l'estimait, ou croyait à sa parole, on se fiait a son habileté.
(1] C'est ca qui eiplique l'insistance misa par l'Empereur & solli'i'.er ! usage ilu ralif.j, ei la permission du mariage aui prêtres.
- ns —
La persécution même qu'il avait soufferte do la part de Paul IV, ajoutait a son crédit; clic déposait on faTcur de la mndéralinn du ses principes. Los catholiques n'avaient rien Ironvé de répréliensiblc, ni danB sa doclrinc ni dans sa conduite. Les protestants n'avaient à lui reprocher ni emportement, ni tromperie a leur égard. Il était peut-être plus considéré et respecté qu'il n'était aimé des membres du Concile. Celte disposition des esprils est souvent plus favorable que nuisible aux personnes placées au premier rang; elle empêcha qu'on ne néglige de s'observer. La circonspection est la sauvegarde de la conduite.
En vain les partisans du cardinal de Lorraine essaycrenlils de détourner le pape de cette résolution. Pic IV se borna ii leur répondre que ce cardinal étant le chef du parti français dans l'Assemblée, ne pouvait être appelé a la Charge de Président, laquelle doit éloigner de cet office loul soupçon '!'■ ]iii:':i;i!iti'\ Li i!i'sliiir:1iiir: iln r;nlir:;Ll l.iirraiue a la préndenre aurait effectivement été aussi peu agréable aux autres puissances représentées au Concile, que peu propre a assurer la marche des affaires au sein du Concile même.
Au-îili'it nommé à la présidence, le cardinal Morone se hala de se rendre a 'Frcute. Il y fut reçu en grande solennité, mais il en partît presque aussitôt pour aller ii Innsprûck où était l'empereur Ferdinand. C'élait une nécessité absolue, pour celui qui allait prendre la direction du Concile, que de s'entendre, préalablement avec d'Empereur, le souverain le plus intéressé dans la direction des affaires de eetie assemblée, ainsi qu'il le montrait par le fait, en se rapprochant du lien des délibérations. Des instructions tresdétaillées avaient été données il Morone pour se diriger dans relie négociation. Il les suivit eu habile homme, s'attachanl au fond des choses, cl cherchant à détourner les difficultés
quand M désespi-rnit île les vaincre. L'esprit de ces instructions était, comme à l'ordinaire, d'accorder le moins possible nu* demandes des princes, et d'obtenir d'eux le plus que l'on pouvait de garanties en faveur 1c l'Église.
Il était naturel qu'à la reprise des travaux du Concile, après une si longue intcrrnpliuii nn allât recommencer sur nouveaux frais les discussions de tous les points sur lesquels
premier légal aven les ministres de l'Empereur, il y eut comme une récapitulation de toutes les négociations pendantes .Nous allons en rapporler la série avec les résolutions arrêtées on ?u.-pi'mlue= yur chaque question.
C'était d'abord de la lon^n'ur du t'.imcilc que l'Empereur se plaignait, il lui tenait h cœur d'en Unir avec les querelles des protestants et les inquiétudes du clergé. Le cardinal n'hésita point à entrer dans les mes de l'Empereur, en rassurant que le pape avait, autant que lui, hâte d'atteindre le but qu'on s'était proposé. Sans essayer de jiistiOrjr 1rs longueurs prolongées du passé, il les expliqua par la multitude ries difficultés qu'on avait introduites, malgré; l'am contraire du Siiinî-Siéiic, et pa;' l'intcinpéraiice de la luriïtic île plusieurs membres du Concile, (ko ordinaire des atsr mbu'cs nombreuses.
En proposant d'abréger les diseussions, le cardinal ne manqua pas de suggérer l'idée d'éliminer certains sujets qui ne pouvaient que se gâter en entrant dans le débat. Il indiqua d'avance tout l'avantage qu'il y aurait d'accepter Bans discussion le projet que le pape allait présenter louchant lu réforme de la cour de Home. Le légat s'étendit ensuite en protestations contre le dessein qu'on prétait au pape de vouloir encore suspendre les sessions du Concile.
On parla après des bruits qu'on faisait circuler touchant
le manque île liberté cIjci les membres du Concile dVaiettre leurs opinions dans les séanecs du Concile même; Morone si' ivo! i:i ■JuiiLro à: i-l-î [ t-.-ô iHiicuatioiis : jamais, (lisait-il, li' Saini-Sii'ïe n'a rais d'entraves à l'usage de la parole et à la liberté du Concile de régler l'ordre de ses travaux (I). Si
nile libert-: mail pu [ucl'iiis .'4n- gênée, ci' n'était venu que de la part des princes séculiers qui avaient fait pression sur ipiclques-uns de leurs sujets.
On passa de là à l'accusation portée contre le Saint-Siège d'exiger de ses légats qu'ils eussent à lui demander sur toutes choses son avis préalable, ce qui lit dire aux hommes malveillants que le Saint-Esprit arrivait au Concile dans la valise de Rome. Morone, tout en affirmant qu'il était du devoir de ceux qui représentaient le pape, de se tenir en relation habituelle avec lui, afin d'en connaître les intentions, n'admit pas que h: literie iks dé libérations en Tut
L'empereur aurait voulu qu'on se bornât a interroger le pape sur les faits nouveaux qui pouvaient se présenter, niais que sur le reste on s'en tint aux instructions générales que
(1) U Cour dû Rome comprenait si bien luute l'importance qu'il y avait d'affirmer la nécessité absolue d'une compléta liln'H.i rbei les rires du Concile, qu'elle n'hésite point à la proclamer dès les premiers wonii'uts où il fut question île réunir rcltc assemblée. On avait d'abord souci s la réunir 4 SlanLouo. Le duo do jlanlouii voulait tenir garnison dans celte ville pendant la durée du concile, et que les frais fussent h la ebargo du pape. Le papo Paul ttt refusa d'accepter ces conditions; il informa le duc de Savoie, Charles III, du parti qu'il venait de prendre par an bref du 23 avril 1537 dans lequel il est dit : « iVec œquum esit arma ibi eompici ubi libéra omnium suffragia eise dtbent. > (Archives d'État i Turin. )
les légats avaient reçues au commencement du Concile; Morone se contenta d'assurer que le pape n'avait jamais empêché la liberté des délibérations. Après une tille néwtion, il était aussi peu faille a l'empereur de répliquer, que de changer d'opinion.
La question si importante et si délicate de l'initiative des propositions si* présenta ensuite. Selon l'usage antérieur, les [iriipijftliiiiis des ijuef [htiis â traiter parlaient toutes des
de Rorce tenait beaucoup à celte méthode, puisque, si on eut autorisé tous les Pères ù user de celte initiative, la confusion se serait sans doute introduite dans l'ordre des travaux du Concile, et les discussions en seraient devenues beaucoup plus longues et beaucoup moins claires. L'empereur ne contesta point celte prérogative de la présidence; il v mit une seule condition. Il se réserva, pour le cas où ses ministres ne pussent l'aire accepter au* légats des propositions qui lui paraîtraient rccevables, de charger ses ministres de les présenter eux-mêmes comme venant de son chef. Le cardinal, en homme adroit, n'eut garde de s'opposer à celle demande qui louchait de si prés à lu personne de l'Empereur. Il oi]j;:i;ea sa promesse qu'il en serait ainsi, tout en demandant qu'on n'en fit pas l'objet d'une délibération expresse de l'Assemblée.
On aborda ensuite une des questions les plus ardculcs et les plus controversées, celle de la résidence des évéques. On s'était disputé longtemps, et on élait loin de s'entendre sur le point de savoir si l'obligation de la résidence était d'institution divine, ou simplement de droit
ecclésiastique (I j. On ne pouvait s'empêcher de reconnaître que, quelle que tut la source de cette obligation, il fallait la maintenir intacte. On s'utotsnoiT.it Jr !:i longueur et de la uiedtc lit 1 ces déliais, si en jj l- ioi^eail que la multiplicité îles evéebés cunferés à une seule personne, et la faculté lieu [tL'j cl i oit- les rftMûï sans en ju i il 1 1 1 i i~ pin-simni Ueuicnl les devoirs, étaient, parmi les abus, les plus flagrants de l'époque. Kul n'osait se plaindre ouvertement de la cessation de ces abus, mais trop de monde était intéressé à la retarder. La décision en principe ne s'était point fait attendre, mais l'exécution souiïrait de grands obstacles. De là l'insistance de tous ccui qui voulaient des réformes elticaccs, à revenir sur ce sujet pour que. lu il-./civl du Concile devint une véiiié. Outre l'obligation de la résidence, il y avait aussi bien il'iHitfi'.î réformes à opérer, qui ne rencontraient point de cu.ves eli-lacles quand il s'agissait du clergé en général. Il fallait pourtant faire encore un pas en avant et demander que le pape réformât son entourage, et Ikat des règles puur que les grands scandales qu'un y avait déplorés par le passe
(1) Celte question se rattachai! à celle de l'institution divine dus évi'ques, cl elle en cachait une autre qu'on n'usait pis soulever un- Nicolas Ps al m eus, évêquo île Verdun, dans son journal (insère au tome VII du ïîecuei'l de Le Plat ) iloa uni en lu ru m ai nislorioMi Concilii Tridetltini polissimum illuslrandtim specMnfflHn. — Studio et opéra Judoci Le Plat, Lovanii es lypograptiia Académies, 1787, parle des conférences sur cette question qui furent tenues dans les derniers jours de janvier 1&53 tant par le cardinal de Lorraine que par 11. de Lansac, alors amliassajluur de France.
ne vinssent plus à se reproduire dans l'avenir. L'Empereur n'hésite point à insister sur oc point avec tous les ménagements et tout le respect que la qualité du SooïwaiB-Pontife
ment hors de cause lu. personne du pap'.' régnant, qui par sos im-riles j-ucoriu-.j.- eli.it au-di ,-:n; de luuti: uilL-iut-:. Mil;-, poursuivait-il, tout le. monde voit que d'énormes abus se sont introduits dans la cour de Home ; on y prodigue les dispenses, tin y tolère l'impunité des délits, les exemptions y abondent, on y accumule les benétices, et un n'y vise nu a s'cnricliir (1). C'est cela, ajoutait l'Empereur, qui a priucipdlemcnl contribué à l'accroissement des hérésies du nus jours, et il invoquait sur la vérité des faits dénoncés le témoignage du pape lui-même. Ferdinand assurait du reste qu'il n'en voulait, ainsi que nous l'avons noté, ni à la personne du pape, ni à sa souveraineté temporelle (2); qu'il consentait à ce que le pape gardai le gouvernement de ses. États en s'entourant des conseils des cardinaux. Mais ce qui concerne le régime ecclésiastique paraissait a l'empereur devoir être réglé d'une fn/un diiléri'iite. Tout en déclarant ne vouloir point entrer en discussion arec le pape sur ces matières, Ferdinand suppliait I'ie IV de songer que la force des choses (3) et l'intérêt général de l'Eglise réclamaient impérieusement de foire cesser ces désordres; que le Concile, il l'aide de ses lumières et dans sa stricte Impartialité, él.iit bien plus dans le cas de réformer les abus de Rome, que
(1) Tontes ces accusations sont rapportées textuellement par la cardinal Pallavicino dans son Histoire dit concile de Trenle, livre XX, chap. oy, n. 7.
(2] Pallavicino. 1. c.
(3) La Mtmiti délia cose. Pallavicino.
cens qui vivaient dans l'atmosphère de «3 dérèglements ; qu'il lui reviendrait plus de gloire en acceptant ce contrôle qu'en cherchant a y résister.
On avait précédemment communiqué à l'Empereur, de la part du Pape, les corrections que l'on entendait ftiirc aux
du ces rél'unnes, un s'assurait (l'aiancti de l'appui des puissances séculières pour leur maintien, puisque les ministres de ces mêmes puissances, présents dans l'Assemblée, auraient pris part a ces délibérations (1),
Plus l'attaque était redoutable et directe, plus Morone mettait d'adresse et de douceur dans la défense. Après avoir obtenu que dans les demandes qu'on lui avait remises de la part do l'empereur, on supprimerait l'indication précise du rhef de l'Église en ce qui tenait aux besoins de réforme,
(1] Dans le journal tenu par i.-B. Ficler, secrétaire de l'archevêque de Saltliourg. prisent nu concile, publié ilans h seconde partie du VII' volume du Itecutil de Le Fiai, on lit. à la date du 17 mai 1563, un eiposé sommaire lia ce qui sélail passé dans la dernière iilmii du cardinal llorone ; • Quodad refarmationem unicersalii Eeetttia, il y est dit, de qui fit autiquis mt.n'l:,,' (uni frequens fil mentio, perlmtt , Catafi jjrntum fuisse in m «iuIIb tfi , 'rc;T, ;;ivïi>ur ijku i» «liisiii Jfuiiiruiif caria iifrjuiii, fiim in juptriort tonçOio sub Paufo cl Julio III, quam lue Pio IV, constituta futrint, alque rojasse, ut li quœ alfa ad
in ta parte çih'J.jiijm i.rj-Irj.iiur; n(r ( iir: .l/.u-.iiiinu ptr se polficittim este lui-vlitilrr : t'ir-.'iirriii itn/oii ortendisec wiiviics in ta tonciiio brai pTopmtnàm; Horonum Btcillim Optoma aposloticum comniopulr&îss. qwii refarmaliomni tundan-i pontificii COntintbat; raque cum honeste el pi» «UUliftttO essenl, impera-
— iô —
indication dont les hérétiques auraient profité punr ntlaqncr la personne même du pape, il s'efforça de persuader l'empereur que tout ce qu'il (luirait qu'on fil en matière tic réforme du clergé, Ctn.it déjà accompli, ou allait s'accomplir dans le Concile. Il posait flnix seules cM:r|iliims ; l'élection du pape, et la création des cardinaux.il complaît sur l'adhésion de
a ton
ajoutait qu'il en serait rie même quant au ctioîx des cardinaux composant le en! lèse qui rlnit élire le pape. Morone déclarait qu'on prendrait en grande considération toutes les observations de l'empereur sur In teneur de la huile du conclave, dont on espérait un grand Lien.
Suivant la taeli'|iic adoptée dans les ijucslions péerrientes, il ne manqua pas rie dire que in plus grande partie ries désordres qu'on avait eus à déplorer dans les conclaves passée, avaient été provoqués par les ministres ilrs puissances.
[,'Empereur avait proposé de restreindre le nombre des cardinaux, et d'augmenter les garanties de bons résultats dans le choix des rvèijui'S. i.e cardinal n'acceptait point la réduction du nombre des cardinaux, parce qu'il fallait au pape un assez grain] umiilir,- de place* dans le Sacre-flul lége pour y appeler les hommes de sa confiance, et complaire
tortia probant ne peUis-v ut j.'/ii.'i/V.r in Jr.s etiaiii iacuutUrrt. ni ta quis pTŒtmbertntvt in diplomate, ad cffictvm perdaeerrnlur, alque ni a diversis illis machinatinnibus, in puntificum ■•dationibui intervenir» solilis, non tanlum cardinales, et qui appeltaMur «itttrlavisltr, stJ rtinm ornlum firiiicipunl, qui per
aux princes quand ils sol I ici (aient l'honneur de la pourpre en faveur de quelqu'un de leurs sujets.
Quant à lu nomination cl a la rOsi:k'ricc des eveques, Moronc, tout en regrettant qu'on revint si souvent sur des questions qui avaient si fort agile les esprits, promettait néanmoins de donner pleine salisfadiuii à l 'Empereur.
Lorsque ces négociations touchèrent à leur terme, le légat voulut mettre le sceau a ce travail long et compliqué, en s'entre! e liant tete it tilo avec l'Em]jercur, dans une conférence où l'on aurait (hé d'accord des résolutions définitives. Ferdinand ne te refusa point à accorder au légat cet honneur et cette facilité. Il avait beaucoup connu Moione en Allemagne, et il se trouvait bien avec lui. La conférence
antérieures, et les conclusions furent telles que le légat les avail jiM>[!i;î rrJ. Ucnul I ■■ caiJinul ;iri; ciulv de l'empereur, les points sur lesquels on n'était point parfaitement d'aecord
[.'Empereur désirait qu'on procéda,! au \ nie en comptant par nations, tandis que le légat soutenait l'usage suivi jusqu'alors par le Concile, do compter le nombre des vois individuelles.
La faculté attribuée exclusivement aux présidents de proposer les matières qui devaient être mises en délibération, se présentait à Ferdinand comme une infraction aux ilroils des souverains ayant leurs représentants an Concile. Morone laissait entrevoir que, par le f.iit, on n'aurait pas empêché les ministres des princes de mettre en avant les propositions, tout en insistant pour que ce droit ne fût pas déclaré expressément, afin d'éviter une égale prétention de la part
Enfin on aurait voulu que la bulle qui devait régler l'élection du pape, fût examinée dons le Concile, ce qui répliquait
a la cour de Home, jalouse, avant tout, de slaluer seule sut ce qu'elle avait plus à cœur, l'élection du Souverain -Pontife.
Le succès (le lu négociation était tout du colé du pape, puisque de celui de l'Empereur on scluit borné, à exprimer plutôt des désir? prononcés, que des prétentions absolues; Uorone pouvait se féliciler surtout d'avoir obtenu de Ferdinand l'assurance que, dans le cas que le Saint-Siège vint a vaquer, l'eiujieir ur aui-iit soutenu de tout son pouvoir l'ancienne préri.'Siiiive du eolléee de.- eanliuatï, de procéder
plus préeieme au léau! que par le ps.isé il n'avait point été sans inquiétude " cet égard. Murons trouvait ensuite un autre sujet de contentement en ce qu'il espérait éviter toute espèce de changement dans la manière de compter les voix au Concile. Comme dans cette assemblée les prélots italiens élaicnl les plus nombreux cl les plus dévoues nu* intérêts de la Cour de Rome, il ne restait aucune incertitude sur le vote de la majorité.
Le cardinal Morone en rentrant au Concile comme cbef île la pnViileiice j appui lall tout l'éclat île fil rêpulal ion personnelle que nul n'osait contcslcr, et toute l'importance que venait d'y ajouter la récente conférence d'innsnrûeli. l'révoyan! et ferme dans ses opinions, et hâtai!.; comme un vieux diplomate dans le choix des moyens propres à les faire prévaloir, il résistait sans peine aux attaques et aux vivacités du cardinal de Lorraine, chef d'un grand parti qui aurait été plus puissanl s'il eut eu a sa létc un esprit moins versatile et plus calme.
Il est taon île faire remarquer iei quelle fiait la position de la France au Concile. Les intérêts de cette puissance y étaient soutenus par des hommes d'une grande importance, défenseurs zélés des liwrlés gainée nés.
La majorité des prf lais, appartenant presque lous h l'Italie, ne cachait point ses vives inquiétudes. Ou se souvenait de la protestation que le célèbre Amyot avait faite en 1551. On savait qu'il y avait a la Cour de Charles IX un parti puissant qui penchait plutôt vers un Concile national que vers un Concile œcuménique.
La Gourde Rome s'alarmait de cer laines opinions attribuées au chancelier de L'Hôpital. Il est vrai de dire que les termes d'une lettre par laquelle celui-ci e.-^ait de se justifier auprès du pape trahissaient bien plus l'aigreur du ressentiment qu'ils ne respiraient la douceur da la soumission. Aussi l'ic IV dans sa réponse se hornc-t-il à espérer que chei le chancelier l'avenir démentira les îoupçons que le passé avait fait concevoir (1).
Pibrae et du Ferricr inspiraient autant d'estime par leurs talents qu'ils causaient de gène par leurs doctrines. El c'était Lien par simple ligure de rhétorique que le cardinal de Lorraine dans le discours qu'il prononça ;i son entrée au Concile se félicitait d'avoir pour témoins les ambassadeurs des princes séculiers, tes appelant Icttti sattentîarum ttottrarwn (ÎJ.
Les occasions ne manquaient pas à Morone d'avoir à se servir de toutes les ressources de son talent et de son expérience. Il lui arriva d'en user même envers ses commettants; voici dans quelles circonstances.
La question de l'initiative des propositions n'était point tout à fait apaisée, l'Empereur avait paru se contenter de ce que Morone lui avait promis, mais d'autres puissances
(1] Les deui lettres se trouveal imprimées dans le t. V du recueil de Le Plat.
(2) Discours prononcé la 23 novembre 15G-2.
ctnicnl encore ardentes à la poursuivre. Le roi d'Espagne s'était adressé directement au pope, et il l'avait trouvé plus facile que le légat.
Pis IV obsédé liî-i iustimci'S il h'- -«IliL'iUiliini? di : s puissances, finît par céder. Le 9 mai et le 12 juin 1363 il écrivît bu\ légats que pour faire connaître comment il entendait la liberté du Concile, il consentait à ce que l'on supprimé! lu clause proponentibus legafis, qui avait été, disaitil, introduite à son insu.
Loin de se rendre à cette injonction, le cardinal Morone entreprit de convaincre le comlc de Lima, ambassadeur d'Espagne au Concile, que le changement dons cette matière aurait élé nuisible autant à la dignité du Concile qu'à la marche des affaires; qu'une fois le droit de proposition accordé explicitement, on en verrait surgir une confusion telle, un tel conflit d'e si pences, que les intérêts des princes en souffriraient autant que ceu\ du pape.
gemenl soudain de volonté dans le pape ; ils donnèrent tous leur démission, et .Morone déclara hautement qu'après cela il n'nurail plus osé paraître du Concile.
Le pape se montra aussi facile à révoquer l'acte de sa condescendance qu'il avait été prompt a l'accorder. Celle résistance l'ébranla du premier coup, et il se hùla de répondre qu'on se réglé! d'après ce qui avait été convenu entre Morone et l'Empereur.
Tout le monde Hait f.iii^:i': di'S discussions qui se prolongeaiaol .'ans aucun profil réel, des instances quiseépélaio nt a propos des choses les plus connues, et des tergiversations dont on se servait pour éluder U>s minllt'iircs intentions.
Le pape ne larda point a donner carte blanche aux légats pour tout ce qui lenait au* réformes en matière de disei-
pline; il s'en remît à In sacesso du Concile quant eux points île doctrine.
Pie IV était pressé d'en finir; mais il était plus facile de le dire que de le faire, et ili: iiinin-lk's rmnpliealions vinrent jirulmiïiT crieoie eitii.-i'li'iatili'iiiciil la durée du Concile. La sagesse des tols cul à se préoccuper de quelques faïls d'une cvtrome délicatesse, en égard à l'cspril du temps et n la composition do l'Assemblée. La reine Elisabeth d'Angleterre s'émit assez prononcée contre le catholicisme, pour que de justes inquiétudes pussent avoir lieu sur le sort réservé au petit nombre d'eveques anglais restés fidèles à l'ancienne religion. On parlait d'une démonstration éclatante préparée contre la reine ; mais du mini bientôt <k ces projets, conçus par un iclcontré, dont l'exécution pouvait produire bien plus de mal que de Lieu à l'endroit de ce? éiC'juep. et l'on se décida a conformer la conduite i!n Concile à tu politique que suivrait
prélats les plus renom maudab les n'étaient point à l'abri des poursuites et des vexations de ce pouvoir ombiageux et terrible, qui ne ménageait plus rien dès qu'il s'agissait d'affirmer son pouvoir, mémo par l'éclat de ses victimes. Moronr qui avait tant de raisons de se plaindre de l'inquisition, n'aurait pas usé l'allaqocr directement, tout présideiil du Concilo qu'il était. En vain cette Assemblée cherchait-elle Ji
sessions du Concile. r.aril;é!i'ini Ci.iyluiai Miramla, archevêque de Toi Me, celui qui avait joui de la confiance de Chorles-Quinl dans les affaires les plus secrètes, qui l'avait assisté à son lit de mort, était sous les verrous de l'inqui-
silioQ à Valladolid, et il ne son il de sa prison que pour aller à Rome, après la clôture du Concile, y Taire son abju-
Le Co icile eut encore à s'occuper, par commission du pnpe, d'un procès intente depuis longtemps pop l'inquisition au prélat Jean Grimani, patriarche d'Aquilce. L'accusation
(1) H. Miguel, dïns son livre si rempli d'intérêt sur Charhs- QuM, ton abdication, son séjour cl sa mort au monaslire de l'usft, nous fait connaîlre avec celle aiimiralile lucidité de style, qui est k cachet de ses œuvres, le personnage de Carrama et les
Vuyiî aussi L'W;.-'iviVt rjïs pr*t--il<itits «ijmj.iûi.'. p:,r .VlI-.i! jih n de Castro.
Cirrunii est in ciiiiipiînU'ur de b .S'iimii'd f'ipiniiorum cl Ponli/!c»ra B Pcfro UmjtM ad Pitm IV. Ljon, 1570. Dans le cinquième volume de la UitctiUsnta di Storia italiana
Mgr Prospcr Santa-Croce, envoyé par Pie' IV en qualité do nonce a Madrid. Dans quelques-unes de ces pièces, il est tait mention du procès de l'archevêque Carra nia. Le Pape attachait une grande importance à ce que ce procès ne lût pas jugé par l'Inquisition d'Espagne. Dans une dépêche du ô septembres 1560 adressée au
[ lriqui.<iliùi] de ce rny.iuu.c tût ;'l prnu orif lt l'urn't sur ce procès ; le nonce dit : Fu risposto che Sun SantitU non mrWcuo che VAtcwckovo di Toltdo fosse punito manca di quel che mtrïtnra, mu ben voleta proweiere conforme alli sacri CIHKinf, che non si rfrrrstt prr giicifo Ur.gnr, che fosse rouilfrtririM injiuslirnsntc. et dit giltiià sospetli , ci dt'cessrro poi che era marlire, corne lui mi aoeca dette che alcuni dicevano di quelii che [aromt jibsIl- Jiali i'anno pojsato /sagerando le cost delï bcrcsïa di qua.
portiie contre lui avait pour fondement une lettre adressée par le patriarche à son vicaire il l.'i.iino, tu uc liant certaines pri-posilieiis i-jiuEi'ji'fS par un prédicateur sur la matière 'iu In predes tinalioii, urilaljle pierre d'achoppement à culte
encore quelques esprits en suspens. G-rimuni donc, ainsi ■| tic Carranza, étaient suspects d'avoir -failli dans le cours de leurs recherchea.
Le potrrtfcG ilo Venise, sur ces questions ardues, fut reconnu innocent, quant au chef principal de l'accusation, par les juges que le Concile lui av:iït délégués. Il ne parvint pas cependant à détruire les niupçous que l'inquisition entretenait sur son compte, à cause de quelques rapports qu'il avait eus avec l'es pe'siuines uit'eelee; d lieréïie, ot de certains doutes que l'on conservait sur la sincérité de sa fui. Ainsi, malgré le jutcini-ul favorable des juges commis par le Concile, malt-ré le.- Ii-i] i ui,u-ua ilYMime et d'intérêt que Morone lui avait prodigués, malgré l'appui soutenu a lui prêté par la seigneurie de Venise, Grimani ne put jamais arriver ii une complète réhabilitation, l-a Cour de Home lui refusa toujours le chapeau de cardinal qu'on lui avait fait espérer, et la confirmation de sa nomination a l'archevêché d'Aquilée.
L'urgence d'eu venir ri de.- dérisions furmelles sur le chapitre des réformes croissait de jour en jour. Il aurait fallu se consacrer entièrement à un travail fécond pour atteindre
d'une question île céréumiiial et de préséance, la rivalité entre les Cours de France et d'Espagne se dévoile tout entière, et l'on n'a rien moins à craindre que l'apparition d'un schisme ou la suspension du Concile. Grûce à l'adresse cl à
l'habileté des li'rsals, cl nus ménagements (lu cardinal de Lorraine et do l'archevêque de Grenade, le calme se rétablit, mémo avant l'arrivée des dépJehes de Rome. Les affaires éprirent leur cours naturel et on en Ira en plein dans des discussions utiles cl des délibérations convenables. On rédigea les canons si fort conteste:- sur le sacrement lie l'Ordre
Morone avait représenté au pape qu'il riait nécessaire que le cardinal de Lorraine lui traité désormais comme un cinquième légat. Pic IV en agréent ce conseil, prescrivit aux légats de ne rien faire sans la participation de ce cardinal.
Si par cette marque de haute déférence ou gagnait des probabilités démarcher d'accord avec le parti f.ançois, on éprouvait du coté de l'Espagne de grandes contrariétés. Le comte de Luna s'efforçait d'amoindrir l'influence de la majorité acquise aux prélats italiens, et il réclamait la formation de comités composés il-.' prélat.; de ililli.'reiili-s nations qui seraient chargés de préparer les dispositions si souvent débattues et retardées louchant la réforme. M. de Loua se montrant bien plus pressé des réformes du clergé que de celles que le Concile entendait imposer aux princes, le cardinal Morone lui répondit qu'il aurait été fort inconvenant d'ordonner ries réformes aux gens d'église et de n'en point prescrire aux séculiers, comme si h; he.ioin de correclions se Taisail senlir seulement par rapport aux premiers. L'Espagne aurait voulu qu'on tranchât la question de la superioiité du pape que la France était parvenue à écarter, le cardinal Morone jugea ù propos de s'adresser à l'Empereur pour qu'il interposai ses lions oflices auprès du roi son neveu, afin de lui faire abandonner le sysléme dilatoire dont on avait tant de raisons de se plaindre. La réponso de Ferdinand fut
— Si —
ferme cl courtoise à la fois. En renouvelant les léin'jiL'nnïcF île sa bonne volonté envers le Concile, il ne dissimula point au légat la craiote où il élait que les populations fatiguées de trop attendre ne vinssent â faire de leur propre antorilé ce que lion leur semblerait, sans plus se soucier du Con-
tion sous to'is les rapports. Celte partie des tra Concile est celle qui mérite la plus grande a ttent: part des jurisconsultes rt des historiens. En H corn pies- rend us rie ces débats prolongés, on st transporté au milieu des chambres législatives < lemps. Les prélats français se signalèrent en prem tiative des grandes mesures pour rendre l'union c
matière. Il déclara ne point approuver i'analhcmc qu'on voulut prononcer contre ceux qui soutiendraient que les causes matrimoniales n'appartiennent point au juge ecclésiastique, et, quant il l'iiimuliitiui] di;s mariaL-rs clandestins, il exprima par écrit qu'il s'en rapportait à ce que le pape aurait décidé (2). Il ajouta encore quelques explication.» sur
(1) P«J lancine-, Islarii dtl Concilia di Trente, lib. XXII, cap. r, n. 7.
(2, Ibii., Iil>. SXIII, cap. ix, n. 1.
la manière dont il croyait que l'on devait entendra le IX" canon qui interdit le mariage au* ecclésiastiques.
Malgré la modéralion déployée par Morone en ce qui regardait les intéréls particuliers des princes, ce légal ne pu! parvenir à faire passer sans réclamations les reformes séculières. Voyant les difQcuUés presque insurmontables, craignant que l'appui de l'empereur ne vint à lui manquer, Morone laissa entendre qu'il allai! se retirer avec ses collègues. Il n'eut garde toutefois de quitter la partie, et il chercha à se fortifier par le contre-coup d'une autre négociation. Dca discutes s'étaient élevées entre la cour de Rome et la cour impériale, au sujet de la reconnaissance que le pape devait faire Je Maximilien comme roi des Romains. On voulait il Rome, des manifestations de suuniission qui n'étaient, ni du goût de Ferdinand, ni de celui de son fils.
l'empereur, et on parvint a arranger une formule remplie do périphrases, d'oi'i le mot J'ois im/imc , répugnait à
MjMmilii'ii. était exclu, ci i|in' li' papi', t'iccé par les eirennstauees, Unit par accepter.
A la suite de ce rapprochement qui avait coûté des peines infinies dont nous ne pouvons même plus nous faire une idée, habitués que nous sommes à passer outre pour tout ce qui tient à l'étiquette, on crut que les travaux du Concile pourraient marcher plus librement. Or, voici qu'il survint une aulre opposition moins calculée que celle de l'Espagne, mais qui eut pour un moment un plus grand retentissement. L'ambassade française présenta ses doléances au Concile : elles étaient vives et nombreuses. On choisit pour les exposer celui qui était de tous les envoyés le moins favorable aux idées de la cour do Rome, Arnaud du Ferrier, qui, quelques années plus tard, se déclara calviniste. Les doléances étaient
rédigées f 11 un sij'le plus que vigoureux, et le dise ours de Ferrier renchérit encore sur colon. L'agitation fut gronde après ce discours; on cria nu scandale, on compara l'orateur ii un tribun empresse à jeter du trouble dans l'assemblée. Les paroles Je du Ferrier piquaient au vif ia cour de Home, surtout lorsqu'il disait que le projet de réforme concernant tes princes ne visait qu'à déprimer la liberté de l'église callicanc, en y joignant la menace que le roi a sa majorité retiendrait il la discipline suivie anciennement par le clergé de France.
Après ([ne du Ferrier eut achevé sa harangue, Morone le piia de se retirer, afin que l'on pût s'entendre sur la réponse qu'on devait lui faire : ■ Je ne me soucie point d'en avoir, o réparti! Ferrier ■ et sur ce qu'il ajoute qu'if ne demandait qui- 'li- lionnes clntscs. lé ci.rdinal lui ïipl iijije : (■ an-pi [-,■ u Concile n'en veut-il faire que de bonnes, c Apres celle
S'il y a quelque chose de fatigant, c'est de suivre les derniers errements des aiïaires de cette assemblée, les contrastes des puissances se confondant avec les démêlé.' des particuliers; des subtilités sans fin, des réclamations sans mesure. Enfin l'Assemblée se trouvait engagée dans un tel réseau d'embarras, qu'il ne fallait rien moins que la prudence et la longanimité des légals pour acheminer l'œuvre vers son complément.
A mesure qu'en tournant dans un cercle vicieui od voyait se reproduire des difficultés qu'un désespérait de pouvoir
(1) Voir la lettre de BU. du Ferrier et filirac au roi, du S novi mlirc l'itei, au sujet de leur départ du Cumule, dans le recueil de Le Plat, I. VI, p. 2T7.
vaincre, on cherchait des expédients pour en sortir. C'e6t le sort ordinaire des combinaisons avortées cl des discussions outrées. Ainsi, après avoir dépensé tant de temps à discuter ce point: si le droit d'i uilii- livs îles jjrdjio-iliojif lUrvuit iippiirlenir exclusivement aux légats, ou bien être exercé par chacun des évéqacs et des ministres présents, le Concile déclara que, par l'udoplion de la clause propontntiliot Ugatis, qui avait en lieu auierietrcment. il n'était rien changé, oi dérogé aux usaftee IntroduiU sur la manière de traiter !<■& affaires am Coodltt générai;!, ni a ce qui aurait fté, ou serait élabli sur cela par les Canons et par les Conciles.
Après avoir joui du privilège d'initiative , les légats léguaient à l'avenir le droit du reprendre ces questions. La palicnec des uns, les inquiétudes des autres étaient h bout, on ne songeait plus qu'a en Unir : l'Espagne seule paraissait vouloir prolonger ta durée du Cuncile. Beaucoup de choses restaient encore a faire: il fallait prononcer des décisions formelles sur quelques points de dissidences spéciales entre les catholiques et tes protestants, telles que le dogme du l'iirgalrjiri', le» i.nl ilL'i.iici s, l'invocation des saints, les reliques et les images; enfin celte réforme des princes tant de fois sollicitée cl tant tic fois éludée.
Il no fallait point, non plus, négliger les détails de réforme touchant les évêques, les religieux et les religieuses ; et c'est à propos de la réforme des évéqnes, que l'archevêque de Braga, le célèbre Barlbélemi de Martyribus, tlt la proposition de (lier aux évêques ce dont ils pourraient disposer pour l'entretien de leur maison, en les obligeant à rendre compte de leurs dépenses au Concile provincial (I).
(1) Birlhélemi de liartyribui était un des prélats les plus pieux, et les plus décidés sur le chapitre des reformes. Voir dans le
Le cardinal Morone prononça un de ces discours qui ne manquent jamais leur effet quand ils s'adressent s des gens soumis au seniimmi ilu il: v-ijr, o' :■, la ? c ii.-ation de la lassitude. Il exhorta les pires du Concile à redoubler d'acliiiié pour mener a bonne fin l'œuvre prolongée du Concile; Il leur recommanda de ne regarder qu'a deu* eboses ; le service de Dieu, et Ja'pleine liberté de l'Assemblée. On se buta donc
avait été préparée pendant que ie Concile siégeai! ii Uu!o?nc ; aussi les dernières 'iiscus^iutis purent dire considérablement abrégées.
Pi; IV, sur ces entrefaites, était tombé malade; le cardinal Morone sut habilement tirer parti de celte circonstance, pour accroître le zèle des pères du Concile Qu'arriverait- il, si le pape venait il mourir? Rien moins, ajoutait le légat, que le risque de perdre le résultat si heurcuï pour l'ÉgHpe auquel nous louchons déjà.
Une prompte amélioration dans la santé du pape dissipa heureusement ces funestes prévisions, mais l'iriipubinii
se montra de nouveau dans la minorité. Il conseillai; de s'abstenir de statuer sur les indulgences (I), mais il eut contre lui la majorité des memhrcs du Concile, y cumpris deui cardinaux, cl tous les ministres des puissances. La réforme des princes, sujet et occasion de tant de ques-
t. V] dn recueil de Le l'ial les pftitiones qaas vmtrabiUt arma Dei BarlholomŒue !• Mvrtsribui in Concilia Tridtntino faeae
(1) Pallavicino, /noria ici Concilia âi Trente, lib. XXIV.
lions & la fuis délicates et brùlanles, donna lieu plulûl a des eiplications qu'à des décisions formelles. Quand les légats se virent dans la nécessité de prononcer sur celle réforme, ils recommandèrent au* Pères du Concile de se contenter en cela de ce qui élail possible, sans se lancer dans h ree lie relie de moyen d'un usage dangereux el difficile : i Xe tardons « pas, disait Moroue (I) , à faire le bien qui est en notre • pouvoir ; les circonstances qui permettent de le faire ne o se présentent pas souvent, el elles durent peu. Les légats o vous exposent les eboses, c'est à vous d'en juger. >
L'bistorien Pallavieino met à lo suite de ces mois une remarque que nous aimons o reproduire ici (2). C'est ainsi, dit-il, que les chefs finissent par présenter les propositions désagréables au> assemblée*. Celles-ci, j abuses au dernier point de leurs fr;mclii*es alïeclent il'auliinl plus d'être libres
sur la réforme des princes n'aurait abouti qu'à augmenter les longueurs cL les difficultés, et, peut-être encore, ù compromettre le résultat général du Concile, persuadèrent les pères de ne point trop insister sur cela. Ils remirent l'accomplissement de leurs vœux a des temps meilleurs (3). On s'accorda donc sur une forme de décret, transmise par
poste ipmcteoli ndle aitemblte; le quali gtlotUtimt di fur franchezza nllorn si VOgUottO mnsirnr più li'lart quando si lenfono
pià violentait.
(3) Le discours prononcé par Moronc dans celte occasion se trouve dans le recueil de Le Plat, tome VI, pig. S=8-S39. On voit que le cardinal cherchait à éviter un danger qui s'e-i reiirinluii ioiivfii". , celui signalé par Portalis, l'ancien, dans une mémorable