I.e lendemain, anniversaire de Marengo et de Fried
land, l'armée, qui compte plus de trente mille hommes, prend terre, à six lieues d'Alger, au point précis qu'avait marqué, un quarl de siècle par avance, un officier des armées de Napoléon. Le débarquement, contre toute attente, ne rencontre point d'obstacle. Le Dey a donné l'ordre de laisser aborder librement nos soldats, afin, disait-il dans son orgueil, qu'il n'en pût échapper un seul pour apprendre à la France la destruction de son armée.
11 comprendra bientôt sa folie.
Déjà tout se prépare pour l'attaque. La presqu'île de Sidi-Ferruch est occupée. Une redoute, qui s'appuie, de chaque côté, sur la mer, défend le camp français contre les surprises. L'ennemi se masse, à notre vue, sur les collines de Staouéli. Il réunit bientôt autour de ses drapeaux sans nombre cinquante mille combattants. Le lieutenant du Dey d'Alger, celui du Bey d'Oran, le Bey de Constantine en personne, commandent cette armée, où des nuées de cavaliers indigènes appuyent la milice turque. Les nôtres brûlent de se mesurer avec l'ennemi. Mais le sage comte de Bourmont ne veut rien laisser au hasard. Il retient l'impatience universelle. Lui-même, établi sur une élévation qui domine la mer, près des ruines d'une vieille tour bâtie par les Espagnols, à l'époque de leur domination passagère, procède aux premiers préparatifs.
C'est là que, sur un autel improvisé, seize prêtres de la France, qui ont accompagné l'armée, offrent solennellement le sacrifice et ressuscitent le culte chrétien sur la terre africaine. A cette même place s'élevait, dans les premiers siècles, une église épiscopale^