‹ Le Cardinal Lavigerie (volume 2)Chapitre 32 sur 35 · L'AFRIQUE D'AU DELA · texte numérisé non relu

L'AFRIQUE D'AU DELA

l'âme de l'évêque s'échappait vers des régions plus libres. Elle se tournait vers des mondes nouveaux qui lui étaient promis. Elle s'en allait de plus en plus vers ces espaces sans bornes où du moins l'apostolat retrouve son indépendance dans la souffrance et sa toute-puissance dans la mort.

C'est ce qui lui faisait écrire dans la lettre déjà citée du Ier janvier 1878, au directeur de l'œuvre des Écoles d'Orient, ces lignes qui sont un regard de tristesse sur la France , mais un regard d'espoir vers ces terres nouvelles : <c Si ma lettre est triste, c'est qu'on ne voit pas sans angoisse sombrer le passé, la fortune, l'honneur d'un grand pays chrétien. Et ces ombres qui pèsent sur la mère-patrie se reflètent hélas! sur notre colonie. Néanmoins, nous ici, nous avons, plus que la mèrepatrie, des sujets d'espérance. En France, tout semble finir. Ici, dans l'immense Afrique, au contraire tout commence ; et nos missions sont en même temps l'œuvre et le gage de l'avenir. »

Ici s'achève une première phase de la vie dont l'histoire fait l'objet de ce livre.

Jusqu'à présent l'apostolat de Mgp Lavigerie s'est exercé sur la zone septentrionale de l'Afrique, l'Algérie et le désert , les deux versants de l'Atlas , et c'est déjà un champ immense que celui-là; mais il ne dépasse guère la sphère de domination ou d'influence française. Un second champ va s'ouvrir devant l'infatigable ouvrier de l'Évangile. Il ne s'agit plus seulement de l'Algérie, de la Kabylie, ni même du Sahara et du Soudan : l'Afrique équatoriale, celle des grands lacs, d'une part; et, de l'autre, la Tunisie bientôt devenue française, vont se disputer la première place dans la vie du missionnaire , plus missionnaire que jamais. Sa petite armée organisée, exercée, accrue, aguerrie, est prête maintenant pour ces

expéditions lointaines. Lui-même, un peu plus tard, va partir en campagne, par l'Europe tout entière, contre l'esclavagisme et la barbarie musulmane. Enfin son intervention dans la politique française marquera ses dernières années du sceau du sacrifice de lui-même à la patrie , qu'il aima jusqu'à la fin.

C'est parmi ces travaux, ces combats, ces souffrances, que s'écoulent les quinze années — et quelles années! — qui nous restent à raconter dans notre second volume.

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